LES PREMIÈRES DÉVIATIONS
§ I. — Le catechuménat.
Nous avons décrit précédemment Tétat des Eglises dans la période de transition. En droit, la constitution ecclésiastique subsistait telle qu'elle était du temps de saint Jean* En fait, elle avait subi déjà plusieurs modifications qui se produisent spontanément k la faveur de la situation violente et sublime que crée la persécution.
Il n*en est plus de même dans la dernière période du second siècle ; les idées sacerdotales qui étaient comme un métal en fusion dans la fournaise du martyre, pren<» nent nne forme arrêtée, précise. Un progrès considé*
proiiTi que les interpolations sont tontes dans le sens sacerdotal et biérar* ehiqiw. Cttous encore les Constant fans de V Eglise dTAbyssinie qui ont oné date postérieure, puisque cette Eglise ne fui fontlée ({u'au qaatflème siècle>et les CmuiitutiMê de V Eglise d^Antioche, en syriaque^ non encore pobliées* Tous ces divers reooeils traiteni du catechuménat^ du ^onvernement de l'Eglise, de son calte, et contiennent des directions pour la vie rellgiêule. Ceti ime 0O)iree de premier ordre. La date des qoatre prindpaox recdelis des ComtUutioM apostoliqttes, sauf les interpoiationSj est antérienre atl eoneile de Ricée, comme le prouvent (es textes suivants t 1) Iréoéei Fragment de Pfaff. On est d'accord pour appliquer à nos CùnstittUions c« qu'il dit des deurépacç t£&v diico<7TéAO)v diaxi^sçt. 3) Eusèbe, H* B,f llf, Î5 î twFV àcKOOxàXiù^ 4Î XeY^lXîVflCt SiBa^af • 3) Athanase, in epistoia fifttalt', 99 (tome I, édît. Benedicf.) : ^tî^x^ %ako^xivri tÔv (J'TcoaTéXGiv. 4) Eplphane les cite positivement [Hxres,, 45, 5; 70, 10; 75, 6; 80, 1.) Nous trouvons également une citation des Constitutions apostoliques dans fOpus impeffectum attribué à Chrysosiôme. (Voir ad Matth,, 6, 8. 25, 18.) Le concile de Constanlinople les vise en l'an 3Û4. (Can. 74). A partir de cette époque Tes témoignages se multiplient. Nous ne citerons que PhotiuS qui les attribue à tort à Clément de Rome. (Bibliotheca, Gaii. 112, 11 3.) Il est donc prouvé que les Constitutions apostoliques remontent pour leur fond à l'époque antérieure à Nicée. La Réforme les a trop dédaignées, par suite de son opposition & tout ce qui rappelait la traditiofi. Si elles tt^ont aucune vaieuf à titre d'autorité apostolique, elles en ont une consldérablo comme document historique, à la condition que Ton if disticrgue avec soin Iw
i LES PREMIÈRES DËVUTiONS.
rable est accompli dans le sens de la hiérarchie, bien que celle-ci ne s* étende pas d'une Eglise à l'antre et que nous soyons encore très-loin de la centralisation qui seule constituera la catholicité yisible. Le grand souffle de ferveur et de liberté qui a inspiré Tépoque créatrice de FEglise n'est point refroidi ; il anime encore ses institutions et la préserve de Fexagération superstitieuse de r unité.
Nous nous occuperons d'abord de la période qui s'é* tend de Fan 220 au commencement du troisième siècle. L'organisation ecclésiastique ne subit point d'altération profonde jusqu'à cette date. Il n'en est plus de même dans la période suivante, qui assure le triomphe de
couches superposées de la tradition. Les Constitutions apostoliques se sont formées par voie d^alluvions en quelque sorte, sur un premier fond remontant réellement au premier siècle^ mais enrichi ou déformé peu à peu par cette tradition orale, dont les premiers Pères étaient si avides d'après le témoignage de Papias (Eusèbe, H, E,, IIl^ 39} et dlrénée [Hasres.^ III, 4). Ce premier fond des Constitutions apostoliques se retrouve dans nos écrits canoniques^ mais reproduit par la tradition orale, alors qu'elle était préférée même aux lettres des apôtres^ il a été promptement surchargé de gloses qui reflètent les transformations successives opérées dans Torganisation primitive. Les épttres des apôtres ne sont jamais citées dans les Constitutions apostoliques^ parce que celles-ci sont considérées comme les remplaçant et les développant. Néanmoins, nous retrouvons dans leurs portions essentielles comme un noyau résistant de textes apostoliques autour duquel se sont organisées des formations nouvelles. Les épltres pastorales sont évidemment la première trame et le canevas de nos Constitutions apostoliques. Celles-ci ont augmenté le type primitif à peu près comme le symbole des apôtres a développé la formule du baptême. Seulement les variations de l'Eglise ayant été plus nombreuses et plus rapides dans l'organisation que dans la doctrine^ la part des déformations de la tradition a été beaucoup plus grande dans ce domaine. Nous avons deux éditions récentes des Constitutions apostoliques : 1° celle d'Ultzen (Rostock^ 1853); 2* celle que Bunsen a donnée dans le deuxième volume de ses Analecta Àntenicxna, C'est ce texte que nous citons, parce que les interpolations y sont marquées avec soio.
LS CATtCHUllÊIIAT. 3
U loidaBee Uteiehiqne. Noos aurons à indiquer les eames qù Font prépaie et les luttes bien plus ardentes qn*on ne le eroit généralement qui Font pré* cédé.
Le trait essentiel des institotions de FEglise du se* eond siècle, e^est de rédamer de ses membres nne adhésion sérieose à sa croyance, et de TeiUer à ce qu'ils ne la démentent pas par leur conduite. Il semble que la persécution suffisait à elle seule pour séparer riTraie du bon grain, et que l'entraînement irréfléchi était peu à craindre dans une époque où le nom de chrétien était un titre d*opprobre et un péril. Cependant la chrétienté primitiTe ne se contente pas de cette barrière que ses ennemis élèvent entre elle et le monde païen; elle Teut que ses institutions dles-mémes, en dehors des circonstances qui peuvent changer, la présery^it de Tinyasion des indifférents ou des hypocrites. Elle sait qu'elle n'est point l'antique théocratie qui comprenait tous les fils d'Abraham et les marquait indistinctement d'un signe extérieur; ce n'est pas la naissance naturelle qui importe pour la société spirituelle, c'est ce que ses liyres saints appellent la nouvelle naissance, cette formation du nouveau cœur et de l'esprit nouveau qu'aucune cérémonie ne suffit à produire et qui ne se transmet pas avec le sang. « Non nascufUur^ sed fiunt christiani. On ne naît pas chrétien, on le devient. » Cette grande parole de TertuUien est l'âme de l'organisation ecclésiastique au second siècle. L'Église ne plante pas une haie autour d'elle à la façon
6 LE CATECHUMENAT.
da rabbia qui cherche à présenrer an tradition et ne se défend que coatre le libre eiamen^ elle se borne, selon la belle image du prophète Esaïe, à défendre la Ti^ne mystique de tout ce qui la profanerait.. C'est là la vraie signification de sa sévère discipline et de la lente et laborieuse initiation qu'elle lait subif à ses prosélytes. Nous reconnaîtrons que ce qui semble au premier abord nne restriction de la liberté en est la meilleure sauvegarde ; le despotisme clérical ne peut s'établir que quand les portes de TEglise ont été forcées par les multitudes mondâmes ; celles-ci, peu soucieuses des intérêts de la vie chrétienne, sont incapables de participer an gouvernement de la société religieuse ; aussi se laissent^Ues conduire par les chefs dont elles ont accepté le pouvoir pour se débarrasser du pesant fardeau de leur respon» sabilité. La hiérarchie se fortifie de tout ce que perd la piété vivante. Au contraire, une Eglise composée de chrétiens sj^rieux, actifs, instruits dans la science sacrée, se gouverne elle-même ; elle n'abandonne à personne la direction de ses premiers intérêts qui sont aussi des obligations saintes; les droits correspondent à des devoirs^ et les premiers ne s'aliènent que dans la mesure où les seconds sont négligés. La saiïiteté bannit la servilité. La chrétienté primitive a conservé sa liberté intérieure tant qu'elle s'est défendue contre l'invasion des éléments étrangers et sa forte discipline a été la meilleure protectrice de son indépendance. Aussi longtemps que chaque chrétien a été un prêtre du Christ, le sacerdoce spécial n'a pu s'interposer entre lui et le ciel. Le véritable adorateur dn Dieu
LE GATÉCHUmiÉNAT. 7
vivant demeure debout devant les pouvoirs humaina, et il tolère d'autant moins leurs usurpations qu*il s'est davantage courbé devant l'autorité divine.
De toutes les institutions de Tancienne Eglise, la plus importante est celle du catéchuménat, parce qu'elle détermine les conditions exigées de quiconque voulait se rattacher à elle. Dans cette période de formation où la première nécessité est de combattre et de conquérir, elle ne connaît pas les tentations des temps paisibles et réguliers où elle est amenée à se confondre avec la so«ciété générale. Elle ne peut se recruter que par la propagande, les âmes doivent être gagnées une à une et détachées de leur sphère naturelle pour être façonnées à la vie nouvelle. L'Eglise n'est pas, comme plus tard, en face d'une jeune génération qu'elle n'a qu'à former par une éducation qui la prend dès le berceau. Ses prosélytes lui arrivent de tous les points de la vie païenne^ des rangs d'une armée où le service militaire est tout impré«gné d'idolâtrie, des fonds obscurs où l'esclavage vit dans la dégradation, des boutiques où se débitent des idoles, des mille métiers qui pourvoient aux plaisirs d'une grande cité, parfois aussi des palais ou des villas d'une aristocratie corrompue. Ce sont là les pierres grossières, mal équarries, souillées de fange qu'elle doit tailler, polir et marquer de son empreinte avant de les faire entrer dans le temple vivant qu'elle élève à Dieu. Cette belle image, empruntée aux visions du Pastor HermaSj est la plus fidèle définition du catéchuménat. Les Constitutions apostoliques ^ confirmées par les Pères de cette époque, nous donnent un tableau complet de