IL EST CONDAMNÉ AU GONCILB DE ROME EN «I
de TEglise. « Nous reconnaissons, dirent-ils, qae Corneille a été choisi par le Diea tout- paissant et par Jésus-Christ comme évêque de la très-sainte Eglise catholique. Nous confessons notre erreur. Nons avons été les victimes d'une imposture, et nous nous sommes laissé prendre à un langage artificiel. Car lors même que nous semblion^ entrer dans la communion d'un schismatique, notre âme a toujours été sincèrement attachée à FEglise. Nous n'ignorons pas qu'il n'y a qu'un seul Dieu, un seul Christ, un seul Esprit-Saint, et qu'il doit y avoir un seul éyéque de l'Eglise catholique. » Ces paroles qui nous montrent & quel point le schisme fortifiait par réaction la tendance hiérarchique, furent accueillies ayec enthousiasme par les assistants; on couvrit les confesseurs de larmes et d'embrassements, et une grande acclamation du peuple chrétien approuva et célébra leur réintégration \ Corneille avait en même temps réuni un nombreux synode à Borne où siégeaient soixante évèques, un grand nombre de prêtres et de diacres; Texcommunication formelle de Novatien et des siens y fut décidée à 1* unanimité ^ Corneille n'avait pas attendu jusqu'à ce moment pour condamner Fëlicissimus. Quand il fut jeté en prison dans le cours de l'année 252, il pouvait se considérer comme victorieux du schisme. Ses adversaires avaient beau ne pas désarmer devant sa glorieuse captivité promptement terminée par le martyre, il n'en léguait pas moins à son successeur un pouvoir intact et même agrandi.
1 « Una vox erat omnium gratias Deo agentium. » (Gyprien, Ep,, 49, 1) > Eusèbe, H. £., VI, 43.
LE SCBISME EST TAINCU EN OWEOT ET EN <5AULE. 487
En Orient, la cause de NoTatien fut promptement compromise. Le plus grand éyéqae de TOrient chrétien s'était déclaré contre lui. Denys d'Alexandrie lui avait écrit une lettre très-noble pour le supplier de sacrifier ses yues schismatiqnes. Il lui avait représenté qu'il était aussi beau de souffrir pour maintenir Tunité de l'Eglise, que de subir le martyre pour la foi de la part des païens * . Le synode qui devait se tenir à Gésarée avec quelque chance de tourner en faveur des novatiens, fut suspendu à peine commencé par la mort de Tévèque Fabien ^. La Gaule leur avait donné de sérieuses espérances. Plusieurs évoques s'étaient rattachés à eux, mais ceux-ci ne paraissent pas avoir persévéré longtemps dans le schisme, car il n'est plus fait mention d'eux après la lettre de Cyprien à Etienne '.
Le novatianisme fut ainsi vaincu sur tous les points ; il ne put désormais espérer se maintenir dans F Eglise. C'est du dehors que ses adhérents continuèrent sous le nom de cathares ou de purs à faire opposition à la hiérarchie triomphante. Pourtant ils ne furent jamais assimilés aux hérétiques proprement dits, car à Nicée on les traita avec de grands ménagements. Leurs évégnes purent, en abjurant le schisme, se faire reconnaître comme prêtres, et Constantin leur laissa leurs lienx de culte. Us se confondirent en Orient avec les débris du montanisme et les quatordécimaniens *. Leur
i Eoaèbe, H. E., VI, 45.
« /rf., VI, 46.
* Cyprien, £p., 68, i, S.
* Cod, Theodos., Ub. XVI, lit. V, «. Can. Nie, 8. Socrate, H. E., IV, «8.
4 sa ERREUR COMMUNE DES DEUX TENDANCES EN LUTTE.
défaite ne doit pas nous foire oublier rimportuice du mouyement qu'ils avaieut suscité ; ils avaient réawi un moment à diviser profondément TEglise et ils s'étaient vus à la veille d*étre reconnus par un synode important de TOrient chrétien. C'est qu'en réalité le schisme de Novatien plongeait par ses racines dans un grand passé et qu'il était la dernière et puissante manifestation de ce parti de la discipline rigoureuse et de la liberté chrétienne qui, depuis les temps du Pasteur Eermas^ avait livré tant de combats au parti de la hiérarchie.
Convenons du reste que les deux tendances, malgré tout ce qui les divisait, se rencontraient dans une même erreur; elles ne savaient ni Tune ni Tautre distinguer entre TEglise visible et TËglise invisible. Les rigides voulaient réaliser sur la terre la pureté du ciel et rimposer par une discipline de fer, comme si au travers même de ses prescriptions les plus dures T esprit du mal ne pouvait toujours se glisser, comme si la perfection absolue n'était pas une chimère ici-bas, comme s'il ne fallait pas se contenter des signes appréciables et jamais absolument certains d'un repentir sincère pour rouvrir les portes de l'Eglise aux chrétiens tombés. Ce qu'ils faisaient pour la sainteté, leurs adversaires le faisaient pour l'unité de la société religieuse. Ils voulaient réaliser cette unité d'une manière extérieure , et c'est pourquoi ils frappaient d'excommunication les divergences qui ne portaient que sur la discipline et l'organisation, oubliant qu'il y a une unité plus haute, plus vraie, celle de la foi, l'unité dans les choses nécessaires
DISCUSSION DE GTPRIEN AVEC ÉTIENMC. 48$
qui permet les diyersités et les regarde comme la consé« qnence natorelle de nos conceptions imparfaites, sans ▼oaloir ponr cela les transformer en barrières insurmontables. Lorsque Gyprien envoyait à Bome an plus fort de la lutte contre les novatiens son traité sur Tunité de rSglise dont nous ayons déjà caractérisé la portée dogmatique, il ne se doutait pas que lui, Tapôtre de la catholicité, fondait le plus grand des schismes en identifiant Tune des formes yisibles de la chrétienté avec cette chrétienté elle-même, et en rejetant hors d*elle d'autres formes plus ou moins imparfaites comme la sienne propre, mais méritant à titre égal leur place à Tombre de la croix, au nom de cette parole du diyin maître : « Celui qui n'est pas contre moi est pour moil »
S III. — Lutte de Cyprien avec le siège de Rome sur la question du baptême des hérétiques.
Le noyatianisme une fois yaiucu, il semblait que Gyprien pût se reposer des débats ecclésiastiques et se consacrer tout entier au relèyement de son Eglise, tâche d'autant plus nécessaire qu'une nouyelle perseention s'annonçait déjà. Il n'en fut rien. Une autre lutte eommença pour lui, non plus contre la tendance schismatique, mais contre la tendance autoritaire qu'il ayait seryie avec tant de puissance. L'épiscopat tel qu'il rayait entendu ne deyait connaître ni résistance audessous de lui ni domination au-dessus de lui. Aussi quand réyéque de Bome tenta d'imposer son opinion Am «litres éyèques sur un point eontesté, comme l'on
490 LE DÉBAT PORTE SUa LE BAPTÊME DES HÉRÉTIQUES.
de ses prédécesseurs a^ait Toola le faire au siècle précédent, il rencontra dans Cjprien la même opposition que Victor a^ait soulevée chez Irénée. Ces grands évÊques étaient aussi jaloux de leur indépendance que de leur autorité. Nous ne nous étendrons pas snr le sujet spécial du dissentimeut entre Gyprien et Tévéque de Borne, parce que ce serait rentrer dans Texposition des luttes dogmatiques à laquelle nous n'avons pas & revenir. Le point principal sur lequel FEglise d'Afrique se séparait de T Eglise de Home était le baptême des hérétiques. A Garthage on déclarait qu'il n'avait aucune valeur parce qu'il avait été administré en dehors de l'Eglise véritable. A Rome, au coutraire, on croyait inutile de le renouveler parce qu'on pensait que le nom de Jésus -Christ au nom duquel il avait été administré le rendait valable. L'imposition des mains paraissait suffisante pour l'admission dans l'Eglise de l'hérétique qui répudiait sies erreurs passées. La question était compUquée. D'une part l'évêque de Borne montrait plus de largeur que Cjprien en admettant un élément chrétien fondamental chez des schismatiques comme les no va tiens. D'une autre part Gyprien donnait au côté moral du sacrement une importance plus grande que son adversaire qui semblait se contenter de la vertu sacramentelle. Au reste, l'opinion d'Etienne ne doit pas être forcée. Le seul baptême admissible pour lui était celui qui avait été célébré au nom de Jésus» Christ; il exigeait même dans sa totalité l'antique formule qui unissait au nom du Fils ceux du Père et du Saint-Esprit. A l'en croire, tous les hérétiques se^
ETIENNB L'ACCEPTE MALGRE CYPRIEN. Ht
seraient entendas sur ce point ^ Il se trompe en fait, mais sa Traie pensée est ainsi déterminée an point de lue doctrinal.
Les deux adversaires, dans le feu du débat, ont donné à leur pensée la forme la plus tranchée. Gjprien posait comme principe absolu que Ton ne peut être baptisé hors de TEglise, puisqu*il n'y a qu'un seul baptême eonstitué pour elle ^. L'évêque Etienne formulait en ces mots le principe directement contraire : « Si quelqu'un vient à vous d'une hérésie quelconque, suivez Tantique tradition, imposez-lui les mains en signe de sa pénitence ^. » Ou le voit, Topposition était absolue. Elle aurait pu ne pas provoquer de conflit si on avait Boiyi les sages pratiques du christianisme primitif qui tolérait la diversité dans Funité, si Ton avait obéi aux conseils d'Irénée qui avait admis la légitimité d'une )ratique différente en Orient et en Occident pour la ^élébration de la Pâque. L'évêque de Bome ne l'entenlait pas ainsi. U voulait non-seulement persuader, mais contraindre; il entendait plier l'Eglise entière au joug le l'uniformité pourvu qu'il fût forgé à Rome.
^ Voir sur ce point la sayante dissertation de Hsefele : Concilien QeMchiehtey yoI. L Etienne disait que les hérétiques ne rebaptisaient pas leurs adhérents qui leur venaient de TEglise : Cum ipsi hesretici proprie iHerutrtsm ad se venientes non haptizent. (Cyprien, Ep,, Ik, 1.) Donc^ l'après Etienne^ ils retrouvaient leur propre formule de baptôtne dans celle le l'Eglise et ainsi pour Tévéque de Rome l'identité des deux formules ^tait prouvée pour tous les hérétiques : ce qui était une erreur historique.
* « Pro certo tenentes neminem foris baptizari extra ecclesiam posse, mm sit baptisma unum in sancta ecclesia constitutum. » (Cyprien^ Ep,^ 70, 1.)
* « Si qnîB ergo a qûacunqae hseresi venerit ad vos, nihil innovetur nisi qaod traditam est, ut manus illi impraatar in posnitentiam. » (/</., 74, 1.)
191 CTPRIEN OPPOSE LA RAISON ET L'ÉCRITimE A LATRADITICK.
Gyprien porta dans sa polémique nne YigQeer et âne àpreté pour le moins égales à celles qu'il avait déployées contre les novatiens. Son argumentation dans les lettres qu'il consacra à ce sujet en reyient perpétuellement à riuYOcation de Tunité de TEglise en dehors de laquelle le Saint-Esprit ne saurait agir ^ H en résulte que le baptême au nom du Fils est tout & fait insuflBsant ', Le martyre lui-même perd tous ses fruits quand il est subi au sein de Thérésie, et le glorieux baptême do sang est frappé de stérilité en dehors de Tanité. Il n'y a de salut que dans l'Eglise '• Quand Etienne s'appuie sur la tradition, il lui oppose énergiquement les droits de la yérité contre lesquels la coutume ne peut prescrire. « Ce n'est pas, dit-il, à la coutume qu'il appartient de commander, c'est à la raison de l'emporter/ Ce n'est pas être vaincu que d'accepter une opinion meilleure, c'est être instruit *. La yérité est plus grande que la coutume ^. De ce qu'une erreur est ancienne, il ne faut pas conclure qu'il faut la perpétuer, il convient aux yrais sages qui craignent Dieu de suivre joyeusement la vérité plutôt que de prendre le parti des hérétiques contre leur propre sens. La coutume sans la vérité n'estqu'uneerreurvieillie^. » Cyprien proclame l'autorité
* Gyprien, Ep.^ 69 à 74.
« Jd., 69, H. /cf., 73, 19. Id,, 74, 5.
9 « Haeretico nec baptisma sanguinis proficere ad salatem potest, qoia salas extra ecclesiam non est. » (Id,, 73, 21.)
* a Non enim vincimor, quando nobis afferuntur meliora, sed instniimur. » {Id,, 71, 3.)
* « Quasi consaetado major sit ventate. » (/cf., 73, 13.)
* « Non taroen quia aliquando erratam est, ideo semper errandam ^t. » (/</., 73, 38.) o Gonsuetado sine veritate ^etostas errorii ait. t
{Id.. 74, 9.).