‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 71 sur 236 · GYPRIEN NIE LA SUPRÉMATIE DE PIERRE · texte numérisé non relu

GYPRIEN NIE LA SUPRÉMATIE DE PIERRE

«apérieure de TEcritare sainte dont il invoque sans cesse le témoignage et qu'il pose comme la règle décisive *. € On nons dit, écrit-il à Etienne, qu'il ne faut rien innover contre la tradition. D'où vient cette tradition? Tient-elle de l'autorité divine, des évangiles ou des écrits des apôtres? Alors il faut lui obéir pour se conformer à cette prescription de Josué : « Que le livre « de la loi ne s'éloigne pas de ta bouche ! » Si donc TOUS invoquez ce qui est commandé dans l'Evangile on contenu dans les lettres ou les Actes des apôtres, «'est cette tradition sainte et divine qu'il faut observer ^. » Gjprien ne reconnaît donc aucun pouvoir ecclésiastique souverain et infaillible» pas plus à Borne qu'ailleurs. Il admet bien que l'unité de TEglise, qui est son idole, a eu une représentation idéale au sein du collège apostolique dans la personne de saint Pierre, et à travers tous les temps dans 4a chaire épiscopale de Borne ', mais il nie formellement que Pierre ait eu la moindre primauté sur Paul et ses collègues dans Fapostolaty comme il conteste formellement à l'éTéque actuel de Bome toute supériorité sur ses collègues dans répiscopat. < Pierre, dit-il, que le Seigneur avait choisi le premier et sur lequel il avait édifié son Eglise, n'exprima, quand il discutait avec Paul sur la circoncision, aucune insolente prétention, il n'eut pas l'arrogance

^ c Nec hoc sine scripturse diyinsB aactorittte proponimns. » (Cyprien^ Xp., 78« 8.)

s a Si ergo aat in evangelio prsecipitar aat in apostolorum e^tolis aat actibiiB oopUnetur^ observetur divina haec et aancta traditio. » [Id., Ik, 2.)

s « Una ecclesia a Cbriato domino soper Petraoi origine unitaiis et ratione fundata. » (/(/., 70, 8.)

49i VIOLENTS REPROCHES DE CYPRIEN A ETIENNE.

de dire qu*il avait la primauté et que ceux qui viendraient plus tard devraient lui obéir de préférence *. f

Gyprien prouve en fait ses assertions par sa fière résistance à Etienne lorsque celui-ei Feut coodanmé et Faut traité de faux évoque ^. Etienne alla plus loin, il lança un vrai décret d'excommunication contre son collègue, se refusant à entendre les opposants et inter* disant même à ses fidèles de les recevoir sous leur toit^

Gyprien indigné de cette conduite fit la plus mordante critique de la conduite d*Etienne. U ne se borna pas à résister à ses prétentions, il lui reprocha encore d'écrire des lettres pleines d'orgueil et de contradiction qui n'allaient point au fait. U Taccasa même d'impéritie et d'inintelligence *. « Considérons» dit4], comment un prêtre soutiendrait le jugement de Dieo s'il accepte le baptême des hérétiques, après que le Seigneur a dit avec menaces : « 0 prêtres, si voos « n'écoutez pas et ne gravez dans vos cœurs mes com- « mandements, de telle sorte que vous donniez bon* « neur à mon nom, j'enverrai sur vous ma malédiction « et je changerai votre bénédiction en malédiction. » Honore-t-il Dieu celui qui accepte le baptême de Harcion? Honore-t-il Dieu celui qui a£Srme qu'il lui naît

1 « Nam nec Petrus qaem primum DomiDus elegit et super qaem œdificavit ecclesiam saam^ cum secum Pauias de circumcisioae poeUnodoD disceptaret^ vindicavit sibi aliquid insolenter aut arroganter assomsit^ot diceret se primatum tenere et obtemperari a noveliis et posteris sibi potios oportere. » (Gyprien, Ep., 71, 3.)

> « Non pudet Stephanum Cyprianum pseudochristam et peeaâoapot* tolam dicere. » {Id,, li, 26.)

* Cl XJt yenientibus non solom pax et communio, sed et tectnm d hospitium negaretur. » {Id., 75, 25.)

^ « Imperite atque improvide scripsit. » (/(/., 74, 1.)

imJX CONCILES AFRICAINS LUI DONNENT RAISON. 495

les fils de la femme étrangère et adultère ? Honore-t-il Keo celai qui, méprisant Tunité et la mérité qui iiocèdent de la loi divine^ se fait le vengeur de Thé- ■àûe contre TEglise? Honore-t-il Dieu celui qui, se déclarant Fami des hérétiques et Tennemi des chrétiens, ;»Tononce rexcommunication sur les prêtres de Dieu ]ni gardent la vérité du Christ et Tunité de TEglise? Si on donne vraiment honneur à Dieu de cette manière, jetons nos armes, livrons nos mains à la captivité, livrons au diable Tordination évangélique, la majesté de Dieu, les sacrements de la divine milice, Fétendard de Tarmée céleste. L'Eglise n'a plus qu'à céder à l'hérésie, la lumière aux ténèbres, la vérité au mensonge. Christ à l'antechrist. La foi, la vérité sont trahies, et ions voyons légitimé dans l'Eglise ce qui est dirigé par leax du dehors * . Saint Paul a dit que l'évéque devait tre docjle. Celui-là est docile qui est doux à se laisser Qstruire. Car il ne faut pas seulement que l'évéque Bseigne, mais encore qu'il apprenne. Celui-là enseigne e mieux qui fait tous les jours des progrès dans la 'érité ^. » Il n'était pas possible de protester avec plus Ténergie contre le pouvoir arrogant qui prétendait ré- . ^er souverainement la doctrine.

Cyprien tint deux grands conciles provinciaux à, ^occasion de ce grave débat, et il en communiqua es décisions à Etienne '. Quand la lutte se fut enrenimée et que l'évéque de Rome eut lancé contre lui

i Cyprien^ Ep,, 74^ S.

* « Oportet episcopum non tantum docere sed et dlscere. » (Id., 74^ 10.)

» /cf., 70 et 7«.

496 PROTESTATION DE FIRMILIANUS CONTRE ÉTIEimS.

reicomniunication , il chercha Tappni des grandes Eglises d*Orient, aaïquelles le décret d*excommiiiiication ayait été communiqué. Denys d^Àlexandrie re* poussa la prétention d'Etienne et se rangea à l'aTls de Gyprien * . Firmilianus, évéque de Gésarée, suivit son exemple et protesta avec la plus grande énergie, nonseulement contre Topinion d* Etienne qu'il réfute par des raisons analogues à celles exposées par Gyprien, mais encore contre toute sa tendance dominatrice. H rappelle que malgré la tentatiye de Victor de contraindre toutes les Eglises à observer la Pàque de la même manière, rOrient chrétien a gardé sa coutume sans que Tanité ait été rompue. S'il est vrai que Jésus-Gbrist a fondé son Eglise sur Fapôtre Pierre, ce n'est pas sur sa personne, c'est sur son témoignage fidèle. Etienne se Tante en vain d'être son successeur, lui qui apporte à Tédifice des pierres qui ne lui sont pas appropriées : « Joignons, dit-il, la yérité à la coutume, et à la coutume ^ des Bomains opposons celle de la yérité, en consenrant P la tradition du Christ et des apôtres ^. » Firmilianus se f laisse entraîner à un yéritable emportement quand il p dit à Etienne : « Le faux témoin ne sera pas impuni! Tu es pire que tous les hérétiques. Tu oses f indigner! Vois quelle est ta folie, ô toi qui ne crains pas de blâmer ceux qui combattent pour la yérité contre le mensonge.

1 « Dionysius in Cypriani et Africanse synodi dogma consentieni de haereticiii rebaptizandis. » (Hyeron. De vins mustrib.,c. 69. Dionyi.f Ep. ad Xyst,, Eusèbe, VII, 6.)

* « CoDsuetudini Romanorum consuetudinem sed veritatis opponinrai, ab initio hoc tenentes qaod a Christo et ab apostolis traditom ot » (Cyprien, Ep., 76, 19. /rf., 6, 16, 17.)

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