‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 74 sur 236 · PROGRÈS ACCOMPLIS PAR LA TENDANCE HIÉRARCHIQUE · texte numérisé non relu

PROGRÈS ACCOMPLIS PAR LA TENDANCE HIÉRARCHIQUE

raine des conciles œcnmédiqaes. Sar ces deux points seulement elle est encore imparfaite, car Fépiscopat s'est élevé à la plus grande hauteur qu'il puisse attein* dre; il sera même obligé de restreindre son pouvoir à répoque suivante pour s'encadrer dans la catholicité centralisée. Tout a contribué à ces progrès de l'idée hiérarchique. L'affaiblissement de la pure doctrine évangélique de la grâce, principe et garantie de l'éga^ lité chrétienne et du sacerdoce universel, a ramené le régime légal et la prêtrise spéciale. La superstition sacramentaire qui profite des effusions et des imprudences du mysticisme, et qui transforme l'eucharistie en un sacrifice, tend à refaire du prêtre un sacrificateur sur le type de l'ancienne alliance ^ La passion de Fanité surexcitée par le schisme transforme la notion de l'Eglise ; celle-ci est de moins en moins une société morale quf se contente de l'accord dans les choses essentielles, tout en laissant la liberté de la pensée et des pratiques sur les points secondaires. Elle devient une institution, une mère Eglise identifiée à une organisation qui perd toujours plus de sa souplesse ^. Le traité de Gyprien sur l'unité de l'Eglise que nous avons rattaché à l'ensemble de ses idées théologiques, nous donne la formule la plus nette de cette conception ecclésiastique qui substitue l'uniformité à l'unité, et rejette hora d'une catholicité pétrifiée bien des diveraités qae la chrétienté du second siècle admettait sans

* La sainte cène est désignée par Gyprien comme sacri/léium domini' eum {Bp,, 68^ 9) on comme une oflirande, Motio. (Ep,^ 1, 2. Ep., i%, 1. Voir Ritschl^ Altcathoi. Kirche, p. 561.)

* Voir Ritsdil^ AiteathoL Kirehe, p. 569.

SOP PROGRÈS ACCOMPLIS PAR LA TEEn)AMGB H1ËRARCBI0OE.

hésitation. Le pouvoir épiscopal est sorti agrandi de chaque lutte soulevée contre lui, bien qu'il ait eu affaire à forte partie et qu'il ait eu à combattre les plus illustres docteurs et les plus grands saints. A Alexandrie il a conquis avec Démétrius la souveraineté diocésaine. A Borne* à la suite des orageux débats provoqués d'abord par les montanistes , puis repris avec beaucoup plus de modération par saint Hippolyte, il s'est emparé du pouvoir des clefs, de ce droit énorme de pardonner tous les péchés en sa qualité sacerdotale. Le développement de la question disciplinaire sous Gyprien, sa double lotte contre les confesseurs qid exagéraient l'indulgence et les novatiens qui poossaient à outrance la sévérité, tontes les péripéties de ce grand épiscopat confirment la victoire remportée à Borne quelques années plus tôt par le parti hiérarchique, en le dégageant des misérables passions par lesquelles elle avait été déshonorée. Cyprien, en triomphant des confesseurs imprudents qui voulaient que leur témoi' gnage l'emportât sur l'autorité épiscopale, raffermit celle-ci, la met hors de toute contestation, et établit en fait qu'à la charge ecclésiastique appartient le dernier recours, et que la vertu la plus haute ne saurait prévaloir sur elle. Reconnaissons cependant qu'il évite l'excès où était tombé Galliste par son fameux décret sur le caractère irrémissible de l'épiscopat, même à la suite de péchés mortels. Nous avons vu, en effet, que Gyprien, dans sa polémique contre les évéques apostats d'Espagne , a maintenu que les qualités morales étaient nécessaires à l'exercice de ^a charge, qui ne possède

GTPRIEN FAIT DE LA PBÈTRISE UNE SACRIFIGATURB. SOI

pas h elle seule une yalenr SDflSsante. II sacrifiait ainsi la logique extrême du système hiérarchique aux exigeuces de la conscience chrétienne.

Contre les schismatiques et les novatiens Gyprien établit ce qu'on peut appeler le monarchisme épiscopal si TÎTement contesté par ses premiers adTersaires,NoTatus et Félicissimus. Pour lui TéTéque est le successeur et rhéritier de Tapostolat ^ De même que Tapostolat ayait ion centre d*unité en Pierre, sans que celui-ci exerçât aucune suprématie personnelle, de même Tépiscopat a le sien dans la chaire des successeurs de Géphas, sans se soumettre dayantage à sa suprématie. « L^épiscopat est un; les éyêques sont égaux ^. » Us sont maîtres ehez eux. Pontifes présidant au sacrifice eucharistique, ils sont les juges suprêmes de TEglise, et tiennent dans leur main les clefs des pardons diyins. Néanmoins ils ne doiyent rien faire sans leur clergé et sans F assentiment du peuple chrétien dont ils sont les élus '• Par ce cdté le sacerdoce uniyersel subsiste en quelque mesure. Toutefois Tordre ecclésiastique est bien décidément constitué, et la ligne de démarcation entre les laïques et le clergé est délimitée ayec un soin rigoureux. Déjà la hiérarchie se déroule en nombreux anneaux. Le clergé romain, dès le milieu du troisième siècle, est un corps considérable ob les charges se sont multipliées.

1 « Episcopos^ id est apostolos. » (Cyprlen^ Ep,, 8, 8.)

* « Item episcopatus anus episcoporum maltoram concordi nnmerolitate diffusus. » (Cyprien, Ep., 55^ 20.) « Episcopatus anus est cujas ringalls in solidom pars tenetnr. » (De unit, cat,, 5.)

* « A primordio episcopatus mei stataerim nihil sine consilio yestro et •iœ consensn plebis, mea privatim sententia gerere. » (Cyprien^ Ep., 14, 4. Freibyteris et diaeonii,)

idt ÉPISCOPALISME DES CONSTITUTIONS APOST. DU ni« SitCLE.

Il comprend, à part les éyéqaes, les prêtres et les diacres au nombre de sept, des sons-diacres^ des acolytes, des exorcistes, des lecteurs et des gardiens des portes *• On peut voir par les fragments des Constitutions apostoliques qui dépassent la première moitié du troisième siècle, à quel point cette notion de Tépiscopat s*est répandue dans TEglise. L*éTéque du livre II des Constitutions apostoliques n'est pins celui que nous présentait la Constitution copte^ ou le YIIP livre, dépourvu de tout caractère sacerdotal proprement dit. Il est tout ensemble le juge qui distribue les grâces divines, et qui possède directement le pouvoir des clefs ^ le prophète qui est la voix de Dieu ^, et le pontife qui lui offre les saints sacrifices *. L*évéque doit toujours être versé dans la science religieuse. Il faut qu'il puisse su£Bre à ses besoins pour n'avoir pas à se livrer à des occupations séculières ^. C'est un être divin, un médiateur entre Dieu et les hommes •. Il n'est jugé par personne ^ Son clergé uni à lui forme le sénat de l'Eglise *. Le livre II des Constitutions apostoliques semble lui accorder une sorte d'inspiration continue, liée à son ordination. Gyprien n'admet rien de semblable, puisqu'il parle sans

1 Eusèbe, H. E,, VI, 43.

• OSto); èv èxxXr^aCa xa6éÇou Tbv X6yov xotouii.6voç, &ç èÇoua{«v l^wv xp(v£tv Tobç fjiJLapTYixéTaç. {Const. apost., l\, il.)

' 06(5YYOt 8£ou. {Id., II, 6.)

• 'lepsïç xapearÛTêç t$ 6uatOŒTiQpÊ<^. (/rf., H, 45.)

• 'Ûç b 66(5(;. (/rf., II, it.) MeorÏTat 6eou mi tûv maxCdV oitou. (/rf., II, 25.)

T Id., n, 35.

• SuvéSptov xat ^ouX-î) vf^^ èxxXYjaCaç. {Id., U, W.)

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