RÉJEGTION UNIVERSELLE DE LA PRIMAUTÉ ROMAINE. S
cesse des communicatioiis sarnaturelles qu'il a reçues par des Tisions et non en vertu de sa charge. La partie interpolée des lettres dlgnace, qui est de la même époque, présente Tépiscopat comme un vrai vicariat du Christ en dehors duquel il n'y a pas de salut.
Les Constitutions apostoliques -de cette date admettent comme Gjprien Tégalité des évéques et ignorent la primauté de saint Pierre. Il n'est pas nécessaire de multiplier les textes pour établir cette indépendance des grandes Eglises vis-à-vis les unes des autres. Sans revenir à la polémique de Gjprien contre Etienne, il suffit de lire ses lettres, de le suivre dans son gouver- ■sement ecclésiastique pour reconnattre l'absence d'un moteur central dans l'Eglise du troisième siècle. Chaque évéque est un pape chez lui; il en porte le nom, il en exerce les prérogatives dans la mesure où flia famille spirituelle accepte la paternité. On dit le pape d'Alexandrie , le pape de Garthage comme le pape de Bome ^ Gyprien écrit à Borne comme il écrit aux Eglises de Gappadoce on à ses collègues d'Afrique, c Ces lettres, dit-il, je les ai envoyées à bon nombre de nos collègues et elles leur ont agréé , et ils m'ont répondu qu'ils persévéraient dans la même opinion que nous conformément à la foi catholique \ »
Les relations entre les Eglises n'ont encore aucun caractère officiel. Cette indépendance réciproque est
1 « Papam CypriaDam. » (Cyprien^ Ep,, S, 1.)
s c QnsB epistot» jam plarimis collegis DostriB missœ placuerant^ et rescripserant se quoque nobiiouin ia eodem eonsilio secandum catholicam fidem «tare. » {Id,y 15.)
)0i mDÉPENOANCB DES CONCILES
reconnue explicitement dans la lettre écrite à Cyprien an nom de FEglise de Borne, an snjet de son dissentiment avec les confesseurs d'Afrique. H est vrai qu'elle est de NoTatien, mais c'est avant son schisme et ators qu'il parle comme prêtre et représentant de l'Eglise de la capitale de l'Empire : « 0 frère Cyprien, lui écrit-il, tu as bien plutôt notre approbation que notre jugement pour qu'en louant les actes nous participions à rhonneur qu'ils méritent, car il nous semble aToir bien accompli ce qui a eu notre plein consentement pour U censure et la discipline ecclésiastique ^ » Plus tard Gyprien déclare qu'il n'a eu recours à l'avis de Corneille que parce qu'il n'a pu recueillir un nombre snfir sant de suffrages parmi les évéques d'Afrique *. Il traite Etienne comme son collègue \ Il ne lui reconnaît pas d'autre pouvoir qu'à lui, et c'est au même titre qu'il tient le gouvernail de TEglise. Gjprien s'occupe des affaires de Rome comme Etienne de celles de Carthage. Le premier n'hésite pas à faire une enquête sur l'élection du second. Nous avons vu avec quelle vigueur il repousse toute prétention à la primauté de la part de son collègue de Rome. Ces résultats sont incontestables. Il n'y a pas de texte frauduleux capable de les ébranler.
Le droit conciliaire est encore très-simple; on voit siéger dans les synodes du troisième siècle les évéques,
1 « Nos non tam judices voluisti quam participes inveniri. » (Gyprien^ Ep., 30, 1.)
s a Ac si minus suffîciens eplscoporam io Africa nnmerus videkâtor, etiam Romam super bac re scripsimus. » (Id», 65^ 6.)
» Id., 55, 7.
NULLE INFAILLIBILITÉ OONCILIAmE. 205
les prêtres, les diacres et les confesseurs. La présence des lafqnes est presque toujours constatée ^ Les conciles sont toujours de libres assemblées convoquées partout où le besoin s*en fait sentir, sans date fixe, sans subordination des unes aux autres. Dans la vacance du siège de Rome ils se tiennent comme lorsqu*il est occupé, car ils ne lui reconnaissent aucune prérogative. Us ne réclament ni Tinspiration exceptionnelle, ni Tautorité indiscutable *•
La lettre qui communique à Etienne les délibérations du concile de Garthage, tenu à Toccasion de la réintégration irrégulière des évéques d'Espagne, débute ainsi : « Nous avons cru nécessaire de réunir en concile un bon nombre de prêtres pour prendre certaines dispositions et les examiner dans une délibération commune. Nous 7 avons discuté et réglé bien des questions, mais nous avons tenu principalement à décrire sur ce qui concerne Tautorité sacerdotale^ afin d*en conférer avec ta haute sagesse '. » La conclusion de cette lettre conciliaire n*est pas moins remarquable. « Dans cette affaire nous ne voulons faire violence et donner des ordres à personne, car chaque évêque a son libre arbitre
^ « CoUatione consilionim cum episcopis, presbyteris^diaconibns, confessoribus, pariter ac stantibus laicis. » (Gyprien, Ep,, 55^ 4.)
* c Sancto spirita saggrerente et Domiao per Tisiones maltas et manifestas admonente. » {!d,, 57, 6.]
* « Ad qusedam disponenda et consilii commanis examinatione limanda necesse habaimus, frater carissime, convenientibas in unnm pioribos sacerdotibas cogère et celebrare conciliam. In qno mnita qnidem prolata atque transacta sunt, sed de eo Tel maxime tibi scribendam et corn toa graTitate ac sapientia conferendom fuit, qnod magis pertineat et ad sacerdotaiem auctoritatem et ad ecclesiœ catholicœ unitatem pariter ac digaitatem. • (Id,, 1%, 1.)
206 LES GONGILES SOUMIS A L'ECaiTORE SAINTE.
dans radministration de TEglise et en rendra compte S » Bien ne ressemble moins qu'une telle déclaration aux résolutions autoritaires d'un concile qui croit à son infaillibilité. On retrouTe ce libéralisme plus marqué encore dans les actes du septième concile de Carthage. Gyprien s'y exprime en ces termes : « Il nous reste i exprimer chacun notre opinion sur cette affaire (le bap* téme des hérétiques), sans user de contrainte, sans proposer aucune excommunication contre ceux qui penseraient autrement que nous. Nul de nous ne se considère comme Tévéque des évéques, ni ne Teut forcer ses collègues à Tobéissance par une terreur tyrannique. Chaque éyéque, en effet, dans la latitude de sa liberté et de son pouvoir, a son libre arbitre; il ne peut pas plus juger son frère qu'il ne peut être jugé par lui. Attendons tous le jugement de notre Seigneur Jésus-Christ qui seul a le pouvoir de nous confier le gouvernement de son Eglise et de nous juger ^. »
L'autorité souveraine dans les conciles du troisième siècle appartient à la sainte Ecriture. Elle est constamment invoquée et son pouvoir est explicitement reconnu: « Selon notre dessein, dit Cyprien, lorsque la persécution se fut apaisée et qu'il y eut possibilité de rassembler un nombre considérable d'évêques qui avaient été gardés par leur foi et par la protection de Dieu contre toute défection, nous nous réunîmes avec eux en concile.
^ « Qua in re iiec nos \im cuiquam facimus aut legem damus^ qaando habeat in ecclesiae administratione voluDtatis su^e arbitrium liberom unusquique praepositus rationem actus sui Domino redditurus. a (GyprieD» Ep., 72, 4.)
» Concii. Carthag,y VII. Routh, Heliq, sacrx, t. III, p. 116.