CARACTERE DU CULTE JUIF
la sainteté, d'une sainteté redoutable qui doit terrifier et courber la créature humaine avant de la relcTer. Le judaïsme est une loi qui foudroie et une promesse qui console. Le culte 7 est destiné à imprimer profondément dans Tàme la tristesse amère d'un passé coupable et Fespoir d'un grand avenir. Cette tristesse, qui doit aboutir à un immense besoin d'expiation, est entretenue par les rites innombrables qui, en commandant la purification, rappellent la souillure invétérée, et par les sanglants sacrifices toujours renouvelés parce qu'ils sont toujours ineomplets. L'espoir, conservé et nourri comme une flamme sainte par la prophétie, est développé dans le culte par tous les grands types qui ont ttait au Messie. Le sacerdoce juif résume ce double caractère du culte du Vieux Testament. Il rappelle d'abord, par ce qu'il a d'exclusif, la corruption géiftrale d'une race qui ne peut s'approcher directement de Dieu tant que la rédemption n'est pas accomplie, et qui a besoin de médiateurs séparés d'elle pour porter ses offrandes à Dieu. C'est par le même motif qu'elle met à part le jour et le lieu de l'adoration, afin de les séparer de l'universelle souillure.
Le sacerdoce est, en outre, une vivante prophétie de la réconciliation future par le sacrifice parfait. Ainsi, le culte juif est à la fois particuiariste et figuratif, ou typique : particuiariste, en traçant de la façon la plus tranchée et la plus absolue la ligne de démarcation entre le profane et le sacré ; figuratif, en portant incessamment le regard de l'homme, par tous ses types, vers les grands accomplissements de l'avenir.
^S LE CDLTE CHUfiTIEN.
n est facile de comprendre à qnel point hi enlta ohré* tien diffère dans son essence des cnltes ptleiiB et du cnlte juif. Le Dien de la religion de Tesprit est an* dessus da monde ; il ne s*y enferme jamais, Son histoire, on pour mieux dire Tliistoire des manifestationB aonve* raines de son activité, est ayant tout morale, il n'eit pas possible de la reproduire par une sorte de mise en scène, comme on reproduisait symboliquement les &it8 naturels dans les mystères dlsis ou de Cérès. Bn oqtre» le christianisme, qui croit à la liberté et à la puissanao du Dieu qui est esprit, ne met pas sa confiance ^ans les forces secrètes de la nature, et rien ne lui est plP0 contraire que la magie et ses sortilèges trompeurs. Le rituel compliqué du paganisme tout natlop^ i$ Bome, qui met la religion dans des pratiques niont tieusçs, ne lui est pas moins étrangerr puisqu'il ne cherche que Tunion Tiyante et morale de Tàme avec h DiTinité.
Plus rapproché du judaïsme, qui Fa préparé directement, le culte chrétien s* en distingue néanmoins profondément. Il ne saurait maintenir son caractère particulariste sans se renier lui-même. Religion de la rédemption non plus simplement annoncée, pressentie, mais accomplie, il ne peut maintenir les institutions qoi étaient destinées à réyeiller dans Thomme le sentiment de sa condamnation et de sa séparation d^aTCc Dieu. Le particularisme, qui accusait fortement la souillnre de Texistence humaine en mettant à part pour Tadoration un lieu saint, des jours sacrés et des prêtre^, doit disparaître après les consommations de la croix, depnia que
us GUI.TE CHRÉTIEN. tft
la grande réconoUiatioB n'est plna une pfomeste m&ii nne réalité» L'aniversalisme, qni abolit la distinctioii dn profane et da sacré, est dono inhérent au culte chré« tien, n échappe de mâme au second caractère du culte juif, qui est efisentieUementfiguratif et typiqiie, «Fombr? des biens à tenir, »
n ne préfigure pas la rédemption par une prodigalité de rit9S syuiboUquefi| il la rappelle et la rend présente, d*abord par renseignement, qui y Joue un rôle d'autant plus grand qu'une part plus large est faite à F esprit, et ensuite par Tacte même de radoration. Le sacrifia^ matériel, toujours imparfait, n*a plus de place dans le culte chrétien ; le sang des taureaux et des génisses, qui prophétisait l'effusion d'un sang plus pur, n^a plus à couler pour rayiyer le besoin de la purification et le rendre plus ardent en ne lui donnant qu'une satisfacr tion incomplète depuis que le sacrifice définitif a été accompli* U ne s'agit plus désormais pour l'Ame croyante que de se l'assimiler ou plutôt de s' j identifier en s'im^ molant eUennéme par son union yolontaire et morale avec )a saipte victime,
Il résulte de ces considératiops que le culte chrétien ne saurait être ni la célébr^tioni d'un myi^térOi ni un pFPOédé magique comme dans les religions de ta ni^ture, ni un rituel formaliste oomme h %ome. Il nf peut être datantagCf comme dans le judaïsme» ni un acte isolé de la vie, une exception absolue, ni un sacrifice qui serait tout ensemble matériel et figuratif, Expression de
la foi à la rédemption acqpmpUet il manifeste cette fpi
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