‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 84 sur 236 · LE CULTE CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

LE CULTE CHRÉTIEN

de près la réalité spirituelle ; il a pour point de départ renseignement, et poar couronnement la prière, qui est aussi bien un sacrifice spirituel qo'an acte d'adoration, et qui est tour à tour un chant et une parole. La prière est TAme du sacrement qui donne une forme sensible et une consécration au fait spirituel et moral et l'élève au plus haut degré d'intensité.

Le culte, ainsi compris, n'est que la concentration de la vie religieuse habituelle, il en est l'efOorescence, il la résume, mais il s*y alimente sans cesse, il ne pourrait s'en séparer sans retomber dans le particolarisme judaïque. Ses formes n'ont rien d*arrèté ; peu importent les diversités et les variétés quereyéten le symbolisme chrétien, selon les temps, les degrés de culture ou les nationalités, pourvu que les principes essentiels demeurent intacts. Libre à lui de s'enfermer dans une modeste chambre ou bien au sein d'une civilisation brillante et avancée, d'enrôler à son service le grand art, pourvu qu'il ne devienne pas une divine comédie^ une sorte de théâtre sacré où il jouerait le drame évangélique; pourvu qu'il repousse le magisme sacramentel, triste legs du paganisme de la décadence ; qu'il ne s'assimile jamais à un ritualisme matérialiste et qu'évitant de relever la barrière entre le profane et le sacré, comme si la piété d'un jour pouvait dispenser de la piété continue, il ne rétablisse pas le sacerdoce et le sacrifice matériel, vaines ombres pour ceux qui possèdent la réalité divine — pourvu en un mot que le culte ne soit ni païen, ni juif, mais chrétien.

Nous avons vu qu'il conserva ce caractère de haute

SA SPIRITUALITÉ PRIMITIVE. n4

spiritualité pendant toat le cours du siècle apo stolique. Ce qui contribua sans doute à le maintenir, c'est que les Eglises issues du judaïsme ne se détachèrent pas du temple jusqu'à son renversement lors de la prise de Jérusalem et continuèrent à suivre les coutumes et les pratiques de la religion de leurs pères avec ses formes solennelles. Le besoin d*un symbolisme artistique qui joue un rôle important dans le culte, surtout dans les races orientales, 'trouvait ainsi une satisfaction suffisante et la création de formes nouvelles en harmonie avec la religion du Christ était par là même retardée. Quant aux Eglises issues du paganisme, elles étaient en réaction ouverte contre TidolAtrie dont elles sortaient et elles étaient plutôt disposées à se passer de rites qu'à les prodiguer. Ce serait donc à tort que l'on voudrait demander à la chrétienté du premier siècle un type achevé du culte^ dont TEglise n'aurait pas le droit de s'écarter. Nous reconnaissons qu'il faut tenir compte des circonstances exceptionnelles qui empêchaient tout développement du rituel. l^'Eglise des Ages ultérieurs était libre de le modifier et de Tenrichir, pourvu qu'elle n'en altérât pas l'esprit.

Ce qui frappe dans le culte primitif, c'est la hardiesse incomparable de sa spiritualité. Il ne se lie à aucune condition extérieure, ni de jour, ni de lieu, ni de formes. Il est l'expression spontanée de la vie reli- .gieuse dans sa continuité. Luc nous le peint en quelques traits, quand il dit des chrétiens de Jérusalem qu'ils persévéraient dans la doctrine des apôtres, dans la communion mutuelle, dans la fraction du pain et

«tt SA ikPmmjALttÉ t>RM<TlVË.

datid les prières*. L^etiseignemeiit a{K)dtoIiquë i^tenti&salt à toute hdure, sûr les places publiqiieé, en temple comme dans la chambre haute, humble sanctoaire de la jeune Eglise. La prière s'y élevait libre et fertenl^ comme la Toii de rassemblée entière aui hêureii de péril) de tristesse ou de délivrance. La fratëlikité se manifestait par la vie en commun et par les offrandes apportées mt pieds des apétres pour que TtibôtidaniSë des riches rejaillit sur le dépouillement dés pauTres. Chaque maison chrétienne était un lieu de culte, du*que repas s^éleyait à la hauteur du sacrement chrétien. Toutes les fois qu*on rompait le pain^ oià se sooTeiiiit du corps rompu de la grande tictime et on chantait k cantique d'action de grAcé. Où le voit, le enlte ehi^êii se confondait avec Feiistence entière; celle^si était transformée, purifiée. Le sublime était la règle et TEglise avait dressé sa tente sur la cime dé la transfiguration. La chrétienté issue du paganisme reprodoit les grands traits du culte de la chambre hante « mais comme elle est complètement aiFranchie du rituel juif, et par conséquent obligée de se contenter de soà propre culte, elle lui donne une organisation mieux déterminée. C'est ce qui ressort des lettres de Paul aux chrétiens de Corinthe et de Thessalonique qui eussent volontiers vécu d'extase. Le principe fondamental est toujours la liberté. « Là où est rest)rit da Seigneur, là est la liberté ^. » Toutefois cette liberté n'est point la licence. Toutes choses doivent être faites

« Actes 11^ 42.

« t Cor. m» It.

SA SPmmJAUTÉ PBltflTIYE. t«3

avec bienséance^ arec ordre ' . • L'Apôtre ne vent pas tpiû sons prétexte d'affiranchiBsement les fantaisies indiTidnelles même décorée^ du nom d^inspiration , se donnent carrière. La liberté n'en demeure pas moins pour lui| le principe fondamental. Nulle prescription restrictiTe n'exclut du seryice de Dieu, ni un jouri ni nu acte de la vie quotidienne. Personne ne peut être Condamné pour la distinction d'un jour de fête ou de sabbat °. Les actes les plus simples de l'existence peuvent être empreints d'un caractère sacré. Soit que Ton aiange^ soit que Vwï boive ^ on peut tout faire pour la gloire de Dieu avec action de gràce^ transformant ainsi le^moindre l^pAs en eucharistie '. Le culte se célèbre tantôt an bord d'un fleuve comme à Philippes^ tantôt sur la grève de la mer comme à Milet^ dans la maison des chrétiens, on dans une école de rhétorique comme fc CfMrinthek Le nom d'Eglise n'est jamais donné à un édifice ; il désigne toujours une société d*àmes chrétiennes qui édifient le temple spirituel dont elles sont les pierres vivantes^ Chaque croyant est luinoième un sanc^ toaire de l'Esprit» YoUi là vraie maison de Dieu ; nulle cathédrale ne l'égule en beauté ^. Libre est renseignement, éar chacun a le droit d'élever la voix pour glorifier Dieu en prenant soin de ne pas troubler le bon ordre et dô respecter sa Volonté dans les dons qu'il a répartis '• Libre est l'oraison et le chant sacré» car si

i 1 Cor. XIV, 40.

s Goloss. II, 16.

* i Cor. X, SI.

* ^)h66. II, SO^n; i CSor« III, ie\ \ Pierre II, 8. » I Cor. XIV, 3i.

2S4 SA SPIRITUAUTE PRIMITIVE.

quelqa*un a ane prière ou un psaume à faire monta? vers le ciel, il n'a qu*à ouvrir la bouche '• Le président de rassemblée doit prendre grand soin de ne pas éteindre Tesprit '• IaVl célébration de la sainte Cène a subi une certaine transformation. Elle n'est plus Faecompagnement nécessaire de chaque repas. Elle est rattachée plus spécialement à Tagape qui réunit le soir tous les chrétiens pauvres et riches autour d*ane table commune fournie par les dons volontaires de TEglise. Le souper du Seigneur termine ce repas de la firatemiCé en rappelant la grande immolation duquel procède toute charité '• L'Eglise s'offire elle-même à Dieu dans sa prière comme une victime vivante. Tout est spirituel et réel dans cet acte suprême de la vie religieuse qui n'a aucun rapport avec les expiations imparfaites de Tancienne alliance. Ce n'est point un renouvellement de ce qui a été consommé sur la croix. Un sacrifice parfait ne se répète pas, selon les fortes expressions de la lettre aux Hébreux ou soufSe le plus pur esprit de la chré' tienté primitive *. L'âme chrétienne est tout ensemble le temple, l'autel et la victime ^ : elle s'offre à Dieu à toute heure, en tout lieu, et le culte célébré avec la liberté etla spiritualité que nous avons dépeintes n'est que l'expression résumée et solennelle de la piété de tous les jours, f Nous avons constaté dans la première partie de cette

i 1 Cor. XIV, 26.

« i Thess. V, 19.

3 1 Cor. XI, 20, 23.

* Hébr. X, 11, 15.

^ Rom. XV, 16; 1 Pierre II, 6. Voir le tableau développé da culte aa siècle apostolique dans les ^rolumes I et II de cette Histoire (?olame 1, page 878; Yolume II, page 241 et suIt., p. 367.)

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