LA GÊNE SÉPABËE DE L'AGAPE. SÎ
histoire qa*an changement important fut introduit dans le culte au commencement du second siècle. Ce changement fut dû principalement au décret par lequel nine le Jeune, pendant son proconsulat de Bithynie^ interdit aux chrétiens tout ce qui ressemblait à ces associations secrètes que les autorités romaines poursui- Talent partout avec acharnement comme un danger public * . L'Eglise fut amenée par cette interdiction à ne plus célébrer la sainte Gène à la suite du repas du soir et à la détacher de Tagape dont jusqu'alors elle était le complément. L'eucharistie fut reportée au service du matin; elle en devint une partie intégrante, le centre et le couronnement. Elle perdit quelque peu de sa simplicité première, car elle rappelait désormais moins directement le souper du Seigneur et devenait le vrai mystère chrétien dans le sens élevé et profond du mot. Le culte avait aussi pris, d'après la lettre de Pline, un earactère plus solennel qui tranchait davantage sur la piété domestique, il était réglé avec plus de soin dans la succession de ses actes constitutifs qui comprenaient la lectnre des saints livres, l'enseignement, les chants alternés et enfin la sainte Gène. Bien que célébré tous les jours aux premières heures du matin, il parait avoir ea le dimanche une solennité particulière. Il n*en conserva pas moins longtemps les traits essentiels auxquels il devait sa haute spiritualité; ils ne s'altérèrent profondément qu*à la fin du siècle suivant.
Tout d'abord il demeure fidèle, pendant toute cette
^ « Secandoin mandata tua HsBterias esse vetueram. » (Pline^ Ep., ttb. X, c. 98.)
296 NULLE DÉROOATIOll ESSBNTOUf AU TYPE PRIMITIF.
pôriode^ à ce gvànd principe d« runiyerialiiiiie chrëtUa qui abolit partout le particularisme juif et qui, aprèi avoir fait de TEglise un peuple de prêtres et de ro^ fait de la vie entière un seryice divin. De même que no« avons vu dans Torganisation ecclésiastiqiie réyèqne ov le prôtre se contenter de représenter la communauté sans aucun caractère dérical qui Ten sépare, de mèmft le culte n*est encore qu^une simple concentration de k piété quotidienne et privée. Le dimanche est le premier jour de la semaine, il Tinaugure et la réaume^ sws prAtendre à une sainteté particulière qui lui soit inhérent^. La maison de prière n'est que le sanctuaire domestique agrandi pour contenir rassemblée chrétienne. L'éliment symbolique prend un développement pins laqe et s'élève jusqu'à une véritable beauté poétique eomme dans la cérémonie du baptême» mais jamais le signa ae recouvre l'idée ni ne la remplace ; il conserve sa pare transparence pour la laisser rayonner. Surtout il se garde avec soin de se transformer en une sorte de mr gisme qui ne serait plus que le matérialisme de la piété. L'ordre surnaturel qui a sa plus haute manifestatii» dans le sacrement de la cène est étroitement rattaché à Tordre naturel ; la grâce et la nature semblent fi] [ rejoindre et s'y fondre. Le pain et le vin de Teucharistie sont à la fois les prémisses de la création, les gages de l'amour créateur qui fait croître les biens de la terre et les types sacrés de l'amour rédempteur, It représentation du corps meurtri et crucifié du Christ C'est ainsi que dans la sainte Cène les éléments de la création nous apparaissent sanctifiés et purifiés comme
4ftiM lu piété normale la yîe mlur^Ue ei^t r^Wvé^ 4e m a^nillore ot 4e 0a fioii4amaatioii. l<e 4oali^iQ^ qpi csûn^iénm toutes les fapa9e# religiom» par mits; de rîMapacité où ellfs sout 4e vaincre le mal 4aiis Ifi natare et d# pénétrer celle-qi 4'uii aooffle diTiPi mft mm bien bauni 4e reocbaristie par rSgUae qu^ des autres partieâ 4e son culte» ]!falle part uoui ne rebronTons Toppi^sitioii b'anehée entre le profaue et le s««ré| wtre la nature et la gréce» pas même k Theure fUlennelle 4e radoration, Yoilà pou^rquoi la prjL^re ^u- ^uoietiqne ne manqw jamais, comme nous rétablironsi tf 'pnir dans um même action 4e g^âce les dons 4e ror4re Mtur^l Ji ceux 4e ror4re surnatnreli la munificence da Oieit qui fait mûrir les moîsspns k la miséricorde §B Père 4e reniant pro4îgue qui nous ai^corde son f«vdon. Plus les barrières s^abaissent entre la mWv^ purifiée et Tordre aur^turel, plus baut elles s'élèvent mlm la nature demeurée vi^jiéi^ et rSglise. Tant que «rile-ci mt restât IKd^le & ses principes constitutifs, •Ile a n^eté de son f^'m par une f^me discipline Jm îiaSiétes qui n'acoeptai^nt ni sa (doctrine ui sa monk. Le système commode qui onirre ses portes ^ans mndition ara multitudes mondaines et impéniteptes liD est aussi contraire que 1^ particularisme qui fait de U vie religieuse une ei^ceplmif un privilège pour uujs awtn» Bile ne s'est pas feulement délenduiç contre ce faux «niversalisme par la aévérité de la discipline qui TeîUait à son recrutement et rqetaii^ de son sein les piéte«4w prosélytes qui ravaient trompée ou 3' étaient abuséa Qua^mémes, maî# :fn^re en priser vjtnt avoç
t28 NULLE DEROGATION ESSENTIELLE AU TYPE PRIMITIF.
soin son culte de tout contact profone. Même à Tépoqnc où reacharistie se célébrait encore en public, FEglise écartait rigoureusement de la participation au sacrement tous ceux qui ne lui avaient pas donné les gages les pins sérieux. Elle ne se contenta pas longtemps de ces précautions et dès la fin du second siècle nous la Terrons bannir du sanctuaire, après la première partie da service religieux I non pas uniquement les indignes et les impénitents, mais encore les catéchumènes nourris de sa doctrine. « Les choses saintes aux saints; » — telle est la règle inflexible qui domine le culte chrélien dans sa grande époque de f erreur et de spiritualité. Bien loin qu'il j ait aucune contradiction entre la largeur que nous y avons relevée et ces restrictions sévères, cette apparente étroitesse est la condition même de la spiritualité hardie qui en fait la concentration de la vie entière aa lieu de le réduire à n'être plus qu'un acte exceptionnel etisolé. Le christianisme ne saurait abolir la distinction entre le profane et le sacré qu'après avoir aboli le profane dans la vie. Le culte ne la résume que si elle est sainte elle-même. Du jour où TËglise s'ouvre indifféremment aux multitudes inconverties, le culte doit deplas en plus trancher sur l'existence ordinaire et revêtir un caractère d'exception en ressuscitant les jours sacrés, les sanctuaires et les solennités grandioses. C'est ainsi qu'il ne peut conserver sa spiritualité qu'en étant sévèrement exclusif de tout ce qui lui est contraire.
Nous devons encore relever un dernier trait inhérent & sa grande époque, c'est la liberté de son ordonnance, l'absence d'un rituel compliqué et inflexible. Il n'est