‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 88 sur 236 · ELLE DOIT RÉ5UBIER LA VIE · texte numérisé non relu

ELLE DOIT RÉ5UBIER LA VIE

eoncentration de la pensée sur son objet. « Gomment Dieu f entendrait-il, si tu ne t^entends toi-même? » dit Gjprien. Le prêtre de la maison comme le prêtre de rSglise doit se dire à lui-même : Sursum corda. En haut les cœurs ^ La prière a participé à ce grand renouyellement qui caractérise toute la nouvelle alliance '• Elle a des ailes pour monter jusqu*au Dieu tout-puis* sant, portée qu*elle est par les paroles célestes que le maître nous a enseignées et qui enferment dans une brièyeté sublime les pensées les plus castes. Elle s'élève du sanctuaire caché qu^abrite le toit le plus humble, honoré de la divine présence'. La prière n'est pas un Thabor sur lequel on s'élève à certaines heures, en se erojant permis le reste du temps de croupir dans la vulgarité d'une vie mondaine. Non, elle n'a son prix que quand elle donne une voi^L à l'existence entière. De là l'importance des dispositions morales qui l'inspirent. Seule l'obéissance lui fraye la voie vers le ciel^; or le premier des commandements évangéliques est celui de l'amour. « Se représente*t-on que l'on s'approche du Dieu de paix, sans être soi-même un homme de paix, et que l'on demande la rémission des péchés avec un cœur plein de haine? Gomment le Père céleste qui condamne la colère, nous accueillera-t-il, s*il nous voit tout irrités contre nos frères? Ge n'est

1 Gyprien^ De orat, domin., c. 81.

> Tertnll., De orat.^ c i.

s « Dei omnipotentis et conspectam auditum snb tectis et in abditis. »

(W) * « Memoria pneceptoram viam orationibi» sternit ad cœlam. »

Tertoll., De orat.^ 10.

t84 LA PRIÈRE VRAI 8ACRIPIQE DU GHRËTKN.

pas senlement la colère que rame ehvétieiiiie ddt abjurer, mais encore tont ce qui peat troubler sa prière. EHe doit s^inspirer de sentiments qol soient en harmonie ayec Celai vers lequel elle monte. L^esprit qni est sainteté, joie et lil)erté, ne saurait accepter un esprit souillé, chagrin ou serrile. Les contrafifes ne se rencontrent pas ; sans sympathie, nulle «dation n^est possible ^ » Ca!n Terra toujours son oflBrande rejetée, tandis que celle d*Abel sera agréée. « Diea ne regarde point tant à Folfrande qu*au cœur de celui qui rapporte '. » (Test qu'en réalité o^est le cœur qu^il demande. La prière est le vrai sacrifice de la nouvelle alliance, toutes les fois qu*elle s*élève d*une ftine aimante et purifiée. « Voilà, s^écrie Tertullien, rhopda spirituelle qui a aboli les anciens sacrifices '. L'htttre est venue où Ton adore Dieu en esprit et en yérité, car il est esprit et veut des adorateurs semblables. Noos qui Tadorons en esprit et lui offrons la prière de sod choix qu*il a réclamée et déterminée^ nous sommes ses vrais adorateurs et ses Trais sacrificateurs. Cette prière où le cœur a mis toute sa ferveur, que la foi a nourrie, que la vérité a purifiée, s^élèTC innocente et chaste ; la charité la couronne, les bonnes œuvres Tescorient triomphalement vers Tautel de Dieu, sûre de tout obtenir *. » On ne peut mesurer sa puissance. C'est cette

^ « Nemo nisi comparem suum admittat. » (Tertull.^ De orûLy 10.)

- (( Neque munera, sed corda Deus intuebatur. » (Gyprien^ D« ord. rfofwifi., 24.)

' (c Hsec est enim hostia spiritalis^ qu8B pristina sacriûcia deleTiU > (Tertull., De orat,, «8.)

LA *?» CHRÉTTBKM! EST UNB PKt^KL ISS

ppièr64à qui a éteint le feu de la fotumaise dans laquelle les jmnea Hébreux avalent été jetés, elle a fermé la gueule des Uobs, servi à l'affiiné nn repas miracaleux, fiiit desoendre une pluie fertilisaiLte d*iiii ciel d^airain, gagné des batailles et surtout rendu le phrétien eapable de supporter tous les supplices pour le nom de sod Dieu. Bemplissant un olBce plus sublime encore, la prière désarme 1^ Juste courroux du Trôs->Haiit, et ooirrre comme d*^n beuolier les persécuteurs de TEglipe, car seule la prière peut vaincre IMeu^ Christ ne lui a donné aueun pouvoir pour le mal, mai^ il lui a donné la toutepuissance du bien | aussi elle ne sait que répandre la consolation et le salut, reppusser les tentations, raffer*mir les (aiblesi nourrir les pauvres, dompter les riches, relever le e)upétien tombé, arrêter ceux qui chancel*lent et maintenir cenx qui sont debout. <i La prière 6st le nrar de ]fL foi et l'armure du chrétien contre son adversaire acharné. Ne la déposons jamais, cette ar^ mure, et gardons le drapeau de notre général, sous les armes de la prière, attendant la trompette de Fange ^. » On voit combien TefScace de Feraison est en rapport exact avec la vie morale du chrétien. Elle en est Texpression solennelle sous peine de n^être plus qu*une cymbale retentissante. CeluiJà d*après Origène prie sans interruption, qui unit étrràtement les cduvres aux prières. Le seul moyen de comprendre le précepte apostolique : Priein sms eme^ est di^ nous rpprésentpr la vie du chrétien comme un grand acte de prière con»

1 « Sola est oratio qn» Deum tineit. n (Tertcdl., De crat^^ î4.)

S36 rORAISON DOMINICALE UN TYPE, NON UN FORMULAIRE.

tinue ^ . La prière, diaprés Clément d'Alexandrie, est en réalité la Tie avec Dieu. Qaand nous ne ferions que remuer les lèyres, ou même quand, sans les remuer^ notre silence seul parlerait à Dieu, il j aurait comme un cri de notre âme, qui monterait jusqu'à lui, car Dieu. entend ce qui est au fond de notre âme l(Nrsqa*elle est tournée vers lui '• La prière ainsi comprise n'est limitée à aucun temps, à aucun lien, il n'est pas même nécessaire qu'elle s'articule en paroles. En quelque endroit que se trouve le chrétien il prie, sans que la parole soit articulée ; soit qu'il se promène, soit qu'il s'entretienne ayec ses. frères, qu'il se repose ou qu'il lise ou trir Taille, il ne cesse pas de prier. Il suflSt qu'il se soit replié dans le sanctuaire de son Ame pour penser à Dieu et qu'il l'ait appelé par de secrets soupirs ; le Père est près de lui et il a devancé sa requête '.

Si la prière ainsi comprise est comme le grand accord de l'âme chrétienne, la note dominante de la vie religieuse, il n'en pas moins nécessaire qu'elle se formule en requêtes précises. L*oraison dominicale demeure à jamais son parfait modèle, car elle est l'abrégé de l'Evangile *. Aussi les grands théologiens de la prière se sont-ils plu à en donner un commentaire complet.

Ils y voient le cadre et le type de la prière quotidienne bien plutôt qn*un formulaire sacré à répéter

1 Orig., De orat,, M.

* "EÇeoTiv ouv jji.r)îk çcovy) t))v eù^^v TcapaicéiAxeiv, {jl5vov V Iv- SoOev. (Clément d'Alex., Strom., VII, 7, 48.) ''Eoriv o5v ûç cJicew ToXixif)p6T6pov b^Ckia %^h(; xbv ©ebv ^ eô^*^. (/rf., 39.)

» Clément d'Alex., Strom., VII, 7, 36.

* « Breviarium totins Evangelii. » (Tertull., De orat., 1.)

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