‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 106 sur 613 · CARACTÈRE PRATIQUE DE LA RELIGION ROMAINE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE PRATIQUE DE LA RELIGION ROMAINE

(le plus pauvre et de plus un que la mythologie romaine. Elle n'a aucun caractère idéal, c'est la plus prosaïque de toutes les religions. Elle ne cherche pas à inventer de poétiques légendes; elle ne se préoccupe point de glorifier les fondateurs de la race sous le nom de héros, mais se borne à diviniser la vie réelle, sans éprouver le besoin de la transformer. Essentiellement agricole, elle s'empare do tous les détails de la vie des champs pour les consacrer et les sanctifier. Les dieux sont de simples abstractions de la nature, sans analogie réelle avec l'homme; ils demeurent impersonnels comme les lois du monde physique. Aussi se multipliaient-ils à l'infini, bien que le culte de Jupiter Maximus maintînt à Rome une espèce de monothéisme. « Toute la mythologie romaine, dit très-bien Benjamin Constant, était nonseulement morale, mais historique. Chaque temple, chaque statue, chaque fête, rappelait aux Romains quelque danger dont les dieux avaient sauvé Rome. Chaque divinité prend une vertu sous sa protection : Jupiter inspire le courage, Vénus la fidélité conjugale, ÎVeptune prépare aux résolutions prudentes, Hercule aux inviolables serments * . » Junon Sospi ta était adorée parce qu'elle avait accordé aux Romains une victoire éclatante sur les Gaulois; Jupiter Stator avait arrêté leur fuite; Castor et Pollux avaient combattu pour eux; Jupiter Latial avait présidé à l'alliance de tous les peuples latins. Le sacerdoce romain était électif. Il n'était pas inféodé à des familles spéciales comme en Grèce et jouissait d'une

• Benjamin Constant, Du polythéisme romain, liv. I, ch. V. 1 13

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