INFLUENCE DE LA GRÈGE CONQUISE SUR ROME
La conquête de la Grèce, achevée 146 ans avant Jésus- Christ, hâta, plus qu'aucun autre événement, la décomposition de l'ancienne société. Le contact de deux civilisations si différentes leur fut également funeste, parce que chacune apportait à l'autre sa part de corruption. Le Romain avait gardé sa rudesse, mais sans y joindre son austérité primitive ; il éprouvait une âpre avidité de richesse et de jouissance. Transporté soudain au milieu des plus merveilleux trésors artistiques du monde, il fut comme enivré, et, sans en bien comprendre le prix, il chercha aussitôt à se les approprier. Mais la culture de la Grèce n'était pas aussi facile à conquérir que ses provinces. On pouvait transporter à Rome ses marbres précieux, mais non sa grâce délicate. Il était beaucoup plus aisé de lui emprunter ses vices et surtout les doctrines qui les justifiaient, comme l'épicuréisme et le scepticisme. La Grèce joua vis-à-vis de Rome le rôle d'une esclave intelligente qui cherche à dominer son maître en flattant ses passions. Elle se dégrada toujours davantage à ce honteux métier, sans parvenir jamais à élever jusqu'à elle sou redoutable disciple, qui était en même temps son tyran. Il avait une manière de redire la leçon apprise par lui qui en changeait complètement la nature. La poétique mythologie grecque, transportée à Rome, y perdit tout caractère idéal ; elle se matérialisa et subit ainsi une profonde altération. Nous verrons à quel degré d'abaissement descendit l'humanisme à la période suivante.
La littérature romaine copie la Grèce avec Ennius et