‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 110 sur 613 · INFLUENCE DE LA GRÈGE CONQUISE SUR ROME · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA GRÈGE CONQUISE SUR ROME

liberté. Rome était mûre pour l'empire des Césars et elle en était digne avant qu'il fût inauguré par Octave. Malgré l'éclat dont il s'entoure à ses débuts, augmenté de toute la splendeur d'une grande époque littéraire, malgré le repos qu'il procure quelque temps au monde, il n'eu inaugure pas moins, quoi qu'en dise Gibbon, l'universelle décadence qui devait démontrer l'impuissance radicale du paganisme à opérer l'œuvre de restauration. Heureusement pour l'humanité, cette impuissance est de plus en plus sentie, tous les yeux se tournent vers l'Orient ; quelques regards se portent plus haut. Le monde ancien qui s'affaisse sur lui-même frémit dans une mystérieuse attente. C'est cet état contradictoire que nous avons à peindre maintenant, recueillant avec soin tous les signes de la décadence et tous les soupirs vers la délivrance qui montent des cœurs. Nulle époque de l'histoire ne présente tant de contrastes, tant de sujets de tristesse et d'indignation et tant de motifs d'espoir. Tous les éléments bons et mauvais sont en fermentation. La grande préparation s'achève, et, si la nuit est sombre et épaisse, déjà l'horizon se dore de prophétiques clartés.

LE MOi>DE GRECO-ROMAIN

La décadence universelle et l universelle aspiration '.

Il peut sembler étrange que Ton parle d'une universelle décadence dans un temps où le monde ancien, réuni presque tout entier sous une domination unique, a toutes les apparences de la puissance et de la prospérité. Comprenant l'Espagne, la Gaule, la Bretagne, l'Italie, rilhrie, la Grèce, l'Asie Mineure, l'Egypte, l'Afrique et les îles de la Méditerranée, c'est-à-dire 600,000 lieues carrées des plus fertiles contrées, l'empire romain réalisait à peu près le rêve de tous les grands conquérants : c'était bien l'empire du monde. Il était défendu par une armée régulière de cinq cent

1 La fource principale est la littérature grecque et romaine sous l'empire. J'ai indiqué avec soin dans les notes les ouvrages des divers auteurs auxquels j'ai emprunté des citations. Je rappelle l'ouvrage de Dœliinger, déjà cité ; les pages si remarquables qui ouvrent l'Introduction de la grande Histoire de l'Eglise, de Néander. Pour l'état social du monde romain, je citerai ; De V influence du chiistianisrne sur le droit écrit des Romains, par M. Troplong. Paris, 1835. — Laboulaye, Recherclies sur la condition des femmes. — Augustin Thierry, Introduction à l'histoire des Gaulois sous lu domination romaine. — Essai historique sur la société civile dans le monde romain, par Schmidi. Strasbourg, 1853. — Les Césars, par Champagny. Voir aussi le morceau si remarquable de M. Villemain sur le stoïcisme et la décadence du paganisme, dans son Tableau de l'éloquence chrétienne au IV' siècle.

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