LE GRAND SIÈCLE CLASSIQUE
mille hommes, ranîiés dans les cadres de ces fameuses lép:ions, qui constituaient la plus savante organisation militaire connue. Le despotisme impérial, résultant de la concentration sur une seule personne de toutes les charges de la république, avait tout transformé dans l'ancienne constitution en paraissant tout conserver. On pouvait croire qu'il donnerait la paix au monde fatigué. Auguste mettait un peu d'ordre dans le chaos mythologique de Rome, et essayait par voie de décret une restauration religieuse. La littérature et les arts atteignaient leur apogée ; la langue, assouplie par Horace et Virgile, unissait la précision à l'élégance et revêtait cette beauté classique si fugitive dans les littératures, mais qui fixe les règles du beau véritable parce qu'elle en est le type le plus parfait. Toutefois, la restauration religieuse, comme la restauration littéraire, n'était qu'une halte dans la décadence, ou plutôt elle réussit à la déguiser un moment sans l'interrompre. La restauration religieuse est purement politique et ne parvient pas a dissimuler le mépris des dieux, qui est devenu général. Des deux grands poètes du siècle d'Auguste, l'un est un épicurien, et l'autre trouve sa meilleure inspiration dans une mélancolie étrange, qu'il exprime dans des vers comme on n'en a plus entendu. Virgile n'est pas le poëte d'une race jeune; c'est le poëte d'un temps de tristesse; il chante à cette heure du soir où, comme il a dit lui-même, les ombres descendent plus grandes des montagnes. Mais ce soir s'illumine pour lui de lueurs mystérieuses; il y a de radieux lointains dans cette poésie doucement attristée; il chante à sa manière la