ASSERVISSEMENT UNIVERSEL
des riches est obérée parle fisc et dévorée par les énormes dépenses d'un luxe insensé. La population diminue dans des proportions effrayantes. L'esprit de famille disparaît : on ne veut plus se marier. En vain Auguste promulgue la loi Pappia Poppœa, qui punit le célibat et accorde des récompenses aux nombreuses familles; on y échappe par le subterfuge des adoptions. L'Italie qui compte aujourd'hui dix-sept millions d'habitants n'en comptait alors que dix au plus. Ainsi, même au point de vue le plus extérieur, cette civilisation si admirée ne faisait que recouvrir d'un manteau brillant la décrépitude. On peut se représenter ce qu'elle était au point de vue politique et moral.
Les historiens qui, comme Gibbon, sont en admiration devant la grandeur de l'empire, oublient de quel prix elle était payée. Cette grandeur était la ruine de toutes les nobles espérances du monde antique. L'empire était la plus affreuse déception pour une société qui avait tout sacrifié à la vie publique. La servitude, relevée par la gloire et procurant la paix publique, comme sous Auguste, semblait déjà un irréparable malheur dont aucun grand citoyen n'eût voulu se consoler. Mais de la servitude à la bassesse il n'y a qu'un pas, et l'on sait combien il fut rapidement franchi. Il fallut se courber sous une domination ignominieuse, stupide et cruelle. Si, par une retraite digne et prudente, on évitait pour soi cette honte, on n'en devait pas moins assister en frémissant au hideux spectacle de l'asservissement de Rome et voir, comme le dit Tacite, consuls, sénateurs et chevaliers se précipiter dans la servitude avec une