Î04 ASSERVISSEMENT UNIVERSEL
émulation j)roportionnéc à la dignité de chacun *. Ou n'a qu'à lire l'implacable historien pour comprendre tout ce qui s'amassait d'indignation, de colère et de tristesse araère dans les cœurs que n'avait pas atteints l'universelle bassesse. Il n'a pas seulement buriné les traits hideux de la plupart des Césars : il a encore gravé l'image des générations avilies qui les ont supportés et qui étaient bien capables de les assassiner, mais non de frapper de mort l'institution représentée par eux. Il nous montre les Romains de cette époque pâles de terreur, se faisant délateurs et bourreaux pour n'être pas victimes, et trouvant une approbation et une flatterie pour chaque infamie du maître. Ce grand vengeur de la conscience humaine, tout en châtiant le passé, ne croit pas à l'avenir. Il a l'âme d'un Scipion dans la Rome de Néron et de Viiellius. S'il fait entendre une protestation immortelle contre la tyrannie, c'est avec le découragement d'un homme qui la saitinutile. N'oublions pas que cette tyrannie se faisait sentir sur tous les points de ce vaste empire, et que, là où l'empereur n'était pas, on trouvait le proconsul, d'autant plus arrogant dans les provinces qu'il rampait davantage à Rome.
L'état social valait l'état politique. Nous avons déjà parlé de la disparition des classes moyennes; elles étaient remplacées par une multitude oisive et avide de grossiers plaisirs, qui donnait à l'empereur, quel qu'il fût, autant de partisans qu'il nourrissait de parasites. Elle se recrutait incessamment dans les rangs des es-
1 « Romae ruere in servitium consules, patres, équités.» Tacite,i4nn., l, 7.