‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 12 sur 613 · DUALISME DES RELIGIONS DE LA NATL'HE · texte numérisé non relu

DUALISME DES RELIGIONS DE LA NATL'HE

et (le toute jouissance. Du l'autre côté, elle parait comme une puissance malfaisante et cruelle qui llctrit toute chose ; c'est la puissance de la mort et de la destruction ; ou lu rcconnait dans la sombre nuit et dans Thiver glacé ! Les religions de la nature sont ainsi enfermées dans le cercle d'un dualisme infraucliissable. Ces forces contraires sont des forces nécessaires, éternellement opposées; Tune n'est poiut destinée à céder a l'autre. Il n'}' a (juà se courber devant elles et a les adorer également. Il ne s'agit pas |)Our l'homme d'honorer la Divinité en pratiquant la justice. La meilleure manière pour lui d'houorer les dieux qu'il s'est donnés, c'est évidemment de leur ressembler; c'est donc, d'une part, de se livrer sans frein aux jouissances sensuelles pour glorifier la puissance bienfaisante de la nature, et, de l'autre, de se soumettre à de volontaires souffrances, a des rites sanguinaires pour glorifier ou pour apaiser la puissance malfaisante. Le culte des religions de la nature sera toujours un culte à la fois voluptueux et barbare, où d'infâmes plaisirs seront entremêlés d'infâmes cruautés. Plus nous nous rapprocherons de l'origine de ces religions, plus ce double caractère sera marqué. iNous les verrons plus tard se rapprocher du monde moral, y toucher presque par un symbolisme transparent; nous les verrons ailleurs donner des proportions infinies au dualisme, en assignant le monde réel tout entier à la puissance mauvaise. Arrivées là, les religions de la nature ont parcouru leur cycle et elles n'ont plus qu'à disparaître devant d'autres créations de la conscience, car elles ont frappé de mort leur propre principe, puis-

ii DUALISME DES RELIGIONS DE LA NATURE.

qu'elles ont posé comme leur dernière conclusion la destruction, l'anéantissement de la nature. C'est ce c} cle qu'il faut maintenant parcourir rapidement, en reconnaissant le fond commun de tous ces cultes, mais sans oublier jamais de signaler leurs différences. Ces différences ne tiennent pas seulement à l'évolution du sentiment religieux, mais encore à des circonstances extérieures. S'il est faux et injurieux pour l'homme de prétendre que ses croyances soient invariablement déterminées du dehors et qu'elles dépendent si complètement du climat et du sol qu'il habite, que ses idées religieuses ne seraient qu'une espèce de géographie symbolique, il n'en est pas moins vrai que les conditions où la Providence l'a placé influent fortement sur lui quaud il a volontairement accepté l'esclavage de la nature. Les forces de la nature, en effet, ne lui apparaissent pas d'une manière abstraite; elles revêtent un certain aspect dans chaque pays, et c'est cet aspect qu'il reproduit dans ses croyances. Celles-ci ne sont en définitive que le reflet des grands spectacles dont il est journellement le témoin. 3Iais s'il en est ainsi, c'est qu'il l'a bien voulu. 11 a forgé lui-même le joug qu'il porte, et il n'est soumis à ce point aux circonstances extérieures, aux accidents et aux phénomènes de la nature, que parce qu'il a refusé à Dieu cette libre obéissance qui devait assurer dans le monde le règne de l'esprit et de la liberté. 11 n'y a donc pas lieu de nous étonner si nous retrouvons dans chaque culte les traits distinctifs de la contrée où il a pris naissance ' .

> Nous ferons ici deux remarques préliminaires : la premicro, c'est que

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