DÉMORALISATION DES FEMMES
vrai que les désordres entraînés fatalement par Tesclavai;e relâchèrent en partie le lien conjugal. Néanmoins si Ton compare cette époque à la suivante, on est en droit d'affirmer que les mœurs étaient alors relativement pures. Le mariage fut la première institution atteinte par le débordement de corruption qui signala la fin de la république et qui dépassa toute borne sous l'empire. Constamment rompu par le divorce, il n'imposa plus aucune obligation ; le droit d'en briser les liens au premier caprice l'anéantit en réalité. Sénèque parle d'une femme qui comptait les années, non par les noms des consuls, mais par ceux de ses maris '. La femme, selon l'énergique expression de Martial , était légalement adultère -. La famille romaine en se corrompant n'en avait pas moins conservé son ancienne dureté. Le père avait toujours le droit d'exposer ses enfants, et il en usait largement.
Aucune couleur n'est assez forte pour peindre cette corruption. Nous ne l'essayerons pas, car il nous suffit d'indiquer ce qu'elle a de caractéristique. Ceux qui veulent étudier de près l'infamie de ces temps n'ont qu'à lire Juvénal, ce Tacite de la vie privée. La femme rivalise avec l'homme pour la licence''. La plupart du temps elle n'est qu'une courtisane éhontée dont on peut dire qu'elle a tout, excepté une âme pure *. Non contente d'avoir des amants de sa classe, la patricienne va en chercher dans la lie du peuple, parmi les esclaves et les
' Sénèque, De henef., III, 16.
"- « Adultéra lege est.» Martial, t. II, p. 107. (Eciil. Panckoucke.)
* u Virorum licentiani œquaverunt. » Séii., ép. XGXV.
■^ Tacite, Annales, XIII, 45.