CORRUPTION GENERALE. 2H
douuer même une idée. Les vices contre nature, cette plaie incurable du paganisme hellénique, s'étaient développés à Rome sans frein et sans mesure. Toutes les classes de la société en étaient infectées. La volupté amenant toujours avec elle la cruauté, on avait vu reparaître dans des proportions gigantesques l'association entre la débauche et le meurtre que nous avons signalée dans les religions de la nature. Tacite rapporte qu'un Romain de son temps termina une nuit d'orgie en assassinant la courtisane qui avait présidé au festin *. Ce mélange du plaisir et du sang, c'est toute l'époque impériale. De la vient la .popularité des jeux du cirque ; les courtisanes demeurent tout près de l'arène, dont le sable boit le sang des gladiateurs répandu par torrents. Les esclaves ne suffisent plus; on fait combattre des soldats et jusqu'à des centurions^. On se rend le matin au cirque ; on y reste à midi pendant l'intervalle des jeux ; l'aprèsmidi, des naumachies, ou combats nautiques livrés sur une mer improvisée, occasionnent la mort de centaines d'hommes '. Le plaisir suprême, c'est de voir mourir. Les écrivains du temps reconnaissent hautement l'influence corruptrice du cirque*. « On y trouve, ditSénèque, autant de vices que d'hommes. Tout est plein de crimes et de vices ; l'infamie circule au travers du peuple et gagne tellement le cœur de tous que l'innocence ne devient pas seulement rare , mais qu'elle est nulle *. » Il est un caractère dans la corruption de ces temps
» Tacite, Anîiales, Xn\, 44. — 2 Tacite, Annales, \, 75; IV, 14.
» Suétone, Claude, 34. — * Pline le Jeune, Episi., IV, 22.
* « Ut innocentia non rara, sed nulla sit. » Sénèque, De Ira, II, 8.