‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 124 sur 613 · JU LE BEL ESPRIT TRIOMPHE EN LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

JU LE BEL ESPRIT TRIOMPHE EN LITTÉRATURE

contribution la mer et la terre. Il cherche le remède dans l'exagération même du mal. Le crime seul est suffisant pour le désennuyer, et, comme le dit Tacite, la grandeur de l'infamie est la volupté par excellence *. Le même auteur rapporte un suicide motivé uniquement par le dégoût de vivre dans un temps pareil ^. Ce suicide d'un citoyen figurait le suicide moral de tout un monde. Rome, selon l'image d'un auteur inconnu, était semblable à un gladiateur qui, après avoir vaincu tous ses adversaires, finit par retourner son glaive contre luimême. Ainsi avait disparu cette sérénité, cette ataraxie du monde antique dont la Grèce était si fière. Inaugurée dans un poétique festin, au son des lyres inspirées, la vie païenne finissait par une orgie. On avait le sentiment d'être entré dans un âge de mollesse et de mort. Juvénal déclare que son siècle est pire que le siècle de fer, et il s'écrie avec l'accent d'une âme désespérée : « La terre ne nourrit plus que des hommes mauvais et lâches. Aussi le Dieu, quel qu'il soit, qui les contemple, se rit d'(ux et les hait '. »

La littérature, sous les empereurs qui suivirent Auguste, est la fidèle image de ce triste état social. Sénèque, dans sa lettre CXIV, se plaint avec éloquence de la corruption de la langue, fatalement amenée, d'après lui, par la corruption des mœurs. Si la littérature s'abaisse, ce n'est pas qu'elle soit discréditée, car jamais à s"s

' « Magnitudo infamiae novissimi voluptas. » Tacite, Annales, XI, 26. • Annales, VI, 26.

9 « Ergo Deus quicumque adspexit ridet et odet. » (Juvénal, satire XIV.)

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