‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 125 sur 613 · PLINE LE JEUNE · texte numérisé non relu

PLINE LE JEUNE

beaux jours elle n'éveilla un intérêt plus universel. " C'est le propre d'un temps futile et caduc, dit Pline le Jeune, d'accorder d'autant plus d'intérêt aux lettres qu'on se préoccupe moins d'agir, ^'ous trouvons notre joie et notre consolation dans les lettres '. » Ainsi le divorce s'accomplit toujours davantage entre la littérature et la vie nationale; la première ne sert plus qu'à amuser les loisirs des hommes d'esprit; elle n'est plus qu'un jeu de l'intelligence. On n'échappe aux afféteries du bel esprit ju'en réagissant énergiquement contre sou temps, comme Tacite et Juvénal. On n'y acquiert un vrai mérite littéraire qu'en en sortant en quelque sorte et en se mettant en opposition directe avec lui. Les grands écrivains de cette époque peuvent tous dire que l'indignation les a faits orateurs ou poètes. Mais, jusque dans cette indignation, ils subissent l'influence de leurs contemporains. La langue qu'ils parlent, quelque parti qu'ils en tirent, n'est plus la langue classique où tout est pondéré et nuancé. Lantithèse abonde et l'on sent à chaque ligne la recherche de l'effet. Toutefois un beau génie et un noble cœur élèvent Tacite à ce degré de distinction où un écrivain n'appartient plus simplement à un temps et a un pays, mais où il devient l'un des organes acceptés de l'humanité entière. Pline le Jeune, au contraire, est tout à fait un écrivain de son temps; c'est un homme distingué et spirituel, évitant tous les excès mais n'en censurant aucun, et sachant très-bien unir le philosophe au courtisan. Il n'est passionné que pour lalit-

' Œ Est gaudium et solatium ia liueris. » Pline le Jeune, Epist., VIII, 19.

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