‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 127 sur 613 · LA DÉCADENCE ET L'ASPIRATION DANS L'ART · texte numérisé non relu

LA DÉCADENCE ET L'ASPIRATION DANS L'ART

des nobles traditions du passé, cherchent à flatter les vices d'un temps corrompu '. Cependant si l'art reflète trop fidèlement les tristes côtés de la Rome impériale, il exprime aussi ses aspirations. C'est surtout les sarcopiiages qui révèlent cette inspiration plus haute. On V retrouve ce besoin de renouvellement et de palingénésie qui travaillait alors le monde. Les sujets qui y sont représentés sont empruntés de préférence aux mythes roulant sur Gérés et Bacchus. Le mythe d'Eros et Psyché est souvent traité d'une manière admirable : on voit que l'artiste a représenté la douleur de l'âme privée du véritable amour ^. L'élément oriental fait de plus en plus invasion dans l'art. Tout ce qui se rapporte au culte de Mithra est reproduit par lui avec une singulière prédilection. Un soufile panthéiste le domine; il s'abaisse jusqu'à demander des inspirations à 1 Inde et à l'Egypte. Quelquefois même, il se contente de fabriquer les amulettes que réclame la superstition populaire. Ainsi reparaissent dans l'art tous les contrastes de cet âge de transition.

On comprend ce que pouvait être la religion dans un pareil état social. L'abaissement profond que nous avons signalé à l'époque précédente est bien plus marqué, La rencontre de tous les dieux du monde dans le Panthéon romain les met tous en grand danger. S'ils avaient eu réellement l'intelligence que la superstition populaire leur prêtait, ils eussent eu plus de peine à se regarder sans rire que les augures, car le simple fait du rappro-

« Pétrone, Sa/ync, c. LXXXVIU, ' Otfried Mullor, Archceologie, p. 241.

2<8 DECADENCE DE LA lŒLlGION.

chement de taut de dieux suprêmes était, pour cliacun d'eux, uu irrémédiable écliec. Cette \oix mystérieuse qui, d'après la poétique légende rapportée par Plutarque, avait fait retentir la mer de ce cri sinistre : Le grand Pan est mort! s'élevait du fond des cœurs. C'était la voix d'un temps d'incrédulité qui proclamait la fin du paganisme '. Les oracles se taisaient : « Ils ne sont plus comme autrefois , dit tristement le même Plutarque. Partout dans les lieux sacrés sétendent le silence et la tristesse. » On se tromperait cependant si l'on attribuait uniquement au progrès philosophique cet abandon du paganisme hellénique; les progrès croissants du pagauisme oriental lui faisaient une redoutable concurrence. Un double courant entraînait les esprits : c'était, d'un côté, le courant de l'impiété, et, de l'autre, celui de la superstition. Tâchons de nous rendre compte de cet état religieux si complexe.

Remarquons d'abord que la religion officielle, nationale, ne satisfait plus personne; elle est tombée trop bas. L'humanisme aboutit à l'adoration de l'empereur. Le dieuoflSciel, « qui, d'un signe et d'un froncement de sourcils, gouverne la terre, la mer, la paix et la guerre *,» c'est l'empereur, c'est-à-dire le plus souvent un fou furieux, un histrion ou un monstre, ou tout cela à la fois. Le dieu c'est tantôt Caligula, « le plus cruel des maîtres après avoir été le plus soumis des esclaves ' ; » tantôt Néron, « qui, de tous les crimes, n'en avait négligé

* Plutarque, De oraculii, 17. — * Pline, Panégyrique, 197. ' « Dictum sit nec servum mitiorem, nec deteriorem dominum. » Suétone, Colig., 10.

Page 1