APOTHEOSE DES EMPEREURS
aucun '. >■ Aujourd'hui, c'est un vieillard imbécile comme Claude; demain, un bouffon sanguinaire comme Commode, dont on a pu dire qu'aucune flétrissure ne lui manquait '. Il n'est plus permis d'attendre la mort du dieu pour faire son apothéose. On avait au moins attendu qu'Auguste eût rendu le dernier soupir pour achever en son honneur le temple commencé pour Jupiter ^. Ses successeurs réclament des autels pendant leur vie. Caligula^ d'après Suétone, fit mutiler les plus belles statues de l'antiquité pour les surmonter de son buste, afin qu'au lieu de la tête des dieux on adorât la sienne *. Cette action sacrilège nous représente fidèlement la transformation de l'humanisme, qui, après avoir eu pour symbole le Jupiter olympien de Phidias, aboutit maintenant au busie hideux d'un Caligula. Les apothéoses par flatterie se multiplièrent à l'infini : les provinces déifiaient leurs proconsuls dans l'espoir d'être un peu moins volées et pressurées par eux ^. Adrien bâtissait des temples au bel Antinoiis, objet d'une infâme passion, et instituait partout son culte. De pareilles déifications rabaissaient toujours davantage l'idée de la Divinité; les anciens dieux, qui, dans la grande période de la Grèce, avaient revêtu une certaine majesté, étaient promptement descendus de cette hauteur d'un moment. On les avait rendus dignes des dieux nouveaux qui, en nombre croissant, prenaient place à côté d'eux. Les
* Tacite, Annales, XIV, 37.
* « Omni parte corporis pollutus. » Hid. Aug., V.
* Suétone, Auguste, 60.
* Suétone, Caligula, 22,
* «Tcmpla etiam proconsulibu? decerni. » Suétone, Aug., 52.