INFAMIE DES PRÊTRES
empereurs romains ne devaient pas se trouver déplacés dans cet Olympe dégradé. Le temple de Yénus, à Corinthe, était gardé par mille courtisanes, et on recommandait à la jeune fille qui voulait rester pure de fuir le temple de Jupiter. Rien ne montre mieux l'idée rabaissée que Ton se faisait de ces dieux que les prières qu'on leur adressait, prières par lesquelles, d'après le satiriste Perse, on essayait d'acheter leur faveur et de les séduire ' . On n'oserait répéter à haute voix ce qu'on leur dit tout bas, car on leur demande la satisfaction de coupables passions ou la possession de biens illégitimes. Aussi s'il y a une justice vénale sur la terre, elle n'est que l'imitation de la justice vénale des dieux -. Ceux-ci, bien loin de rendre l'homme meilleur, le rendent lâche et tremblant ^. Toutes les fois qu'un prince commet quelque forfait, on peut savoir d'avance qu'il rendra de solennelles actions de grâce aux dieux ^.La conduite des prêtres contribue encore à les discréditer. Leurs mœurs sont effroyables, et leurs fourberies commencent à être connues; on parle de leur trompeuse inspiration prophétique ^. Apulée a retracé en vives couleurs les infamies des prêtres de Cybèle, espèce de mendiants attitrés s' engraissant de la charité publique, spéculant sur la dévotion, et par-dessus tout effrontés voleurs ^
• « prece poscis emaci
Quod non seductis nequeas committere divis. »
(Perse. — Voir toute sa deuxième satire.) ï Apulée, Méf., II, 36.
^ Apu\ée, Met., II, 18.
* Tacite, Anna/es, XIV, 64.
* « Doloso vaticinandi furore. » Pétrone, Satyric, c. I.
* Muniticentia publica saginati. » Met., II, 163, 186.