‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 131 sur 613 · DÉBORDEMENT DE L'IMPIÉTÉ · texte numérisé non relu

DÉBORDEMENT DE L'IMPIÉTÉ

cienue mythologie, les dieux n'étaient plus que des hommes corrompus. Ils ne sont rien déplus pour Lucien. Mercure est un habile voleur, Hercule un grossier gladiateur qui menace Esculape du poids de son bras; Junon et Latone sont deux femmes aigrement jalouses, et Jupiter apparaît comme un roi débauché qui cherche à placer sur la terre les maîtresses dont il est las. Lucien n'a fait que recueillir dans ses écrits quelques-unes des railleries blasphématoires qui étaient en circulation avant lui. Cette incrédulité ne se limitait pas aux classes cultivées de la société, elle était descendue dans le peuple. Dès que quelque grande calamité éclatait, il renversait les temples et les autels, et quelquefois même on jetait sur la voie publique les dieux pénates *. Lors du désastre de Pompéia, on entendit des voix s'élever du sein de la foule des fugitifs qui déclaraient qu'il n'y avait point de dieux ^. Plutarque nous montre l'incrédule assistant avec un rire amer aux fêtes solennelles, et se moquant de tout ce qu'il voyait '.

Il est vrai qu'à ses côtés, ce même Plutarque nous montre le superstitieux arrivé au dernier degré du^ fanatisme, pâle de frayeur, parce qu'il se croit haï des dieux, se roulant dans la cendre et refusant toute consolation. La terreur veille jusque dans son sommeil troublé, et les fantômes de ses rêves le suivent alors qu'il est réveillé *. « La superstition, disait Cicéron,

1 « Subversae deorum arae, lares a quibusdam in pubiicum abjecti.» Suétone, Calig., V.

* « Plures nusquam jam deos ullos interpretabantur. » Pline le Jeune, VI, ép. XX.

» Plut., De superstition.. VII. — * Plut., De superstition., XXXIII.

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