DÉVELOPPEMENT DE LA SUPERSTITION. ARTS MAGIQUES
suit et presse sa victime, elle l'accompagne en tout lieu. Un prêtre rencontré, un oracle entendu, la \ue d'un sacrifice, un oiseau qui vole, un éclair, un roulement de tonnerre, tout la ranime '. La superstition prend souvent tous les caractères d'un fétichisme grossier. Un grand nombre d'hommes s'imaginaient qu'il était possible d'enfermer en quelque sorte les dieux dans leurs statues par certains sortilèges ^. On sait aussi combien les arts magiques s'étaient développés et avec quelle avidité tout ce faux merveilleux était accepté. Les magiciens et les goètes exploitaient à leur profit cette crédulité. Ils prétendaient avoir des charmes pour abaisser le ciel et élever la terre dans les nues, pour durcir l'eau des fontaines et évoquer les mânes des morts, pour vaincre le pouvoir des dieux, éteindre les astres et illuminer le Tartare ^. La Thessalie était le pays natal de la magie, mais de là elle se répandait sur le monde entier. Rien n'était plus naturel que cette préoccupation des arts magiques dans un temps de panthéisme, où Ton n'adorait plus sous des noms divers que les forces de la nature. Elle tenait aussi à ce besoin de salut et de délivrance qui tourmentait vaguement les cœurs. Tout ce qu'on avait adoré jusque-là était insuffisant. On n'espérait plus que dans l'inconnu, et tout d'abord, dans les forces cachées de cette Isis mystérieuse qui effaçait tous les autres dieux comme renfermant le principe de la vie universelle. C'était
' « Instatenim eturget. » Cicéron, De superstition., II. » Apulée, Me't,, \, p. 15.
» Id., I, 49.
22i INVASION DES CULTES ÉTRANGERS,
cette même aspiration vers rincoiinu qui inclinait les esprits aux superstitions étrangères. Les auteurs contemporains constatent sans cesse l'invasion de ces cultes bizarres, qui étaient d'autant plus recherchés qu'ils étaient plus étranges. Tacite, le représentant de l'ancien esprit romain, s'en plaint avec amertume'. Les femmes et les esclaves éprouvaient une attraction toute particulière pour les religions nouvelles -. Chose remarquable! c'est surtout vers l'Orient qu'on se tourne et vers l'antique Egypte. Les Juifs, jusqu'à ce moment abhorrés, recrutent des prosélytes en grand nombre, et les empereurs sont obligés de prendre des arrêtés contre eux. Claude interdit positivement les superstitions étrangères, et un décret de proscription est lancé contre les Juifs de Rome. Mais ces efforts de restauration religieuse sont impuissants à résister contre le courant.
Le culte de Sérapis et d'Isis, celui de Cybèle, la grande mère, et de l'Aphrodite asiatique, s'établissent partout et témoignent à la fois de la corruption de l'époque et do ses besoins religieux. Au culte de la grande mère, se rattachèrent les purifications solennelles, nommées Taurobolies, et qui consistaient a se faire asperger tout entier par le sang d'un taureau. Aucune expiation ne valait celle-là, et celui qui l'avait obtenue pouvait en verser les bénéfices sur ses proches, sur sa ville natale et môme sur la tête de l'empereur \
• « Externœ superstiliones valescunt. » Tacite, Annales, XI, 15.
* Plutarque, Conjug. prxcept., 19.
' Dœllinger, 627.