RELIGION ARABE
fleure de vie les amenaient à accorder la première place à la divinité terrible. Ils ne lui élevaient pas de temples ; ils l'adoraient sous l'image d'une épée nue, et ils lui immolaient par milliers les prisonniers qu'ils avaient faits dans les combats.
A l'autre extrémité de la zone, nous trouvons les tribus nomades de l'Arabie. Intrépides et guerrières, elles habitaient un jta}s plus favorisé, qui produisait la m\rrhe et les pierres précieuses; elles étaient en contact, par le commerce, avec les peuples de l'Asie; aussi n'avaient-elles point les instincts cruels des Scythes, sans s'abandonner à la sensualité effrénée des Bab} Ioniens et des Phéniciens. Eux aussi adoraient une double divinité : une divinité mâle, qui était le dieu du ciel, à la fois bienfaisant comme la lumière et terrible comme l'ouragan du désert, et une divinité féminine, symbole de la fécondité; ils l'assimilaient tantôt à la terre, tantôt à la lune. Les Arabes furent les premiers à adorer les étoiles à côté du soleil et de la lune : le ciel étoile brille en effet sur le désert avec un incomparable éclat; la fraîcheur vivifiante descend sur le sable brûlant au moment où les astres s'allument dans l'azur. Ils représentent pour le voyageur le côté bienfaisant de la nature, et il est amené à leur attribuer une grande puissance sur le sort de l'homme. L'Arabe adorait le dieu du ciel sur les hauteurs; la déesse de la fécondité lui paraissait résider dans les arbres verdoyants. Il attachait à certaines pierres une valeur toute particulière. Le Baal adoré sur les hauts lieux par les Madianites et les Amalécites était le dieu du ciel des Arabes.
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La religion babylouieunc ressemble, à bien des égards, à celle des Arabes du déserl; mais elle a été modiflée par le caractère sensuel du peuple qui la professe. Les Chaldéens, descendus des montagnes dans la plaine, ont été les civilisateurs de la contrée et ils ont formé la caste sacerdotale. Vivant, comme les Arabes, en face des plus pures magnificences du ciel étoile, entretenant des relations continuelles avec ces nomades conquérants, ils étaient pénétrés de la pensée (|ue les choses de la terre étaient réglées par les mouvements du ciel, et ils avaient été conduits ainsi à l'astrologie. Ils donnèrent le nom de Bel au dieu suprême, assimilé par eux soit au soleil soit à la pl;inète Saturne ; la déesse de la fécondité, représentée tantôt par la lune, tantôt par la planète A'^énus, recevait le nom de Mélitta. Le côté bienfaisant et le côté malfaisant de la nature étaient confondus dans ces deux grandes divinités dont les attributs divers donnaient lieu à d'innombrables personnifications qui à leur tour devenaient des divinités locales. Cependant la religion babylonienne attribuait à deux des sept planètes nnc influence funeste ; deux autres, au contraire, étaient considérées comme des astres propices, tandis que trois d'entre elles exerçaient une influence mixte, tantôt bonne, tantôt mauvaise. La course du soleil était divisée en douze stations, dont chacune portait un nom d'animal qui servait à désigner l'un des mois de l'année; les jours de la semaine portaient le nom des diverses planètes. Le culte se signalait par son caractère infâme. On sait quel rôle y jouait la prostitution. Chaque femme devait, au moins une fois
UELIGION PHENICIENNE. 27
dans sa vie, se livrer à uu étranger dans le temple de Mélitta'. Habitant nu sol fertile, possesseur d'une civilisation brillante et même raffinée, enrichi par de vastes conquêtes, le peuple babylonien était entraîné à développer le côté sensuel des rclii^ions de la nature.
C'est en Phénicie et en Syrie que ce dualisme primitif a trouvé sa forme la plus achevée. Ces contrées sont les plus riches de l'Asie occidentale. Nous n'avons plus la monotonie des plaines immenses de la Mésopotamie. Le pays est coupé de collines et de montagnes, bordé par la mer, et mis i)ar là en communication avec le monde. La civilisation y prit un essor extraordinaire; on sait jusqu'où les Phéniciens, inventeurs de l'écriture, ont porté leur culture, grâce au développement prodigieux de leur commerce. Ce n'était pas un peuple contemplatif comme les Babyloniens et les Arabes; ils ne se sont pas tant préoccupés du ciel et des étoiles que de la terre et de ses contrastes. Ils se sont attachés à peindre la lutte entre les forces opposées de la nature bien plus qu'à lire le sort de l'homme dans les astres. Les deux divinités fondamentales de toutes les religions asiatiques sont également à la base du culte phénicien. Le dieu du ciel, le principe mâle, actif, s'appelle chez eux Baal ou Dagon ; la déesse de la terre est adorée sous le nom de Baaltis. Mais l'élaboration mythologique est bien plus avancée. Les divers attributs de ces divi-
» H.îrodotc, 1; 199.
28 RELIGION PHÉNICIENNK.
nités Nagues et llottantes, qui se coDioiidaient souvent ailleurs dans une sorte d'hermaphrodisme, sont personnifiés et b) postasiés avec un grand art. Baal apparaît sous deux aspects nettement déterminés, tantôt comme force productrice, et alors il est Adonis ; tantôt comme force drstructrice, et alors il est Moloch. Quelquefois, par une distinction plus subtile, il apparaît sous le nom de Baal-67/ow en tant que puissance conservatrice; mais cet aspect rentre dans le premier. On le voit, le dualisme phénicien est nettement tranché'. La divinité féminine subit les mêmes transformations; elle prend les noms d'Ashéra ou d'Astarté, selon qu'elle apparaît sous son aspect voluptueux ou sous son aspect redoutable. Baal, sous le nom d'Adonis, représente le rayon bienfaisant du soleil dans la période heureuse où il répand la fécondité ; il figure le beau printemps ; Baal-Moloch personnifie au contraire son feu dévastateur et desséchant pendant l'été. Le mythe de la mort d'Adonis déchiré par le sanglier symbolise le passage du printemps aux ardeurs brûlantes et stériles; le soleil d'été est précisément ce sanglier de Mars qui dévore le beau jeune homme, gracieuse image de la nature dans sa Heur. Les cérémonies funèbres qui duraient sept jours, et pendant lesquelles les femmes poussaient des lamentations en se coupant les cheveux, étaient destinées à représenter ce deuil de la nature, comme aussi de joyeuses orgies célébraient plus tard sa résurrection -. Moloch, le dieu terrible, ré-
' Movers, Die Phœnicer, \, 180, 181.
2 Voir Ezéchiel Vlll, 14. Thammuz pleuré par les femmes n'est autre qu'Adonis.
CULTE DE MiLKARTH A TYK. 29
clamait des victimes humaines; on faisait consnmor, par la flamme de son autel, les petits enfants qu'on lui consacrait. Ainsi la volupté et la mort s'unissaient dans ces cultes si souvent signalés par les prophètes ' .
A Tyr, les deux côtés de la nature personnifiés dans Raal et dans Moîoch étaient réunis dans une seule divinité. L'Hercule tyrien ou Milkarth, est un Dieu à la fois créateur et destructeur; il a les attributs de Haai (^t de Moloch. Il est terrible et voluptueux, et sous le nom d'Hercule Sandon , revêtu de vêtements de femme, il pousse à l'orgie et y préside. S'il détruit, il tire la vie de la destruction même, comme le soleil. C'est un Dieu errant, fait à l'image de la nation voyageuse qui l'adore. La divinité féminine, sous son aspect cruel et sous son nom d'Astarté, préside aussi à la guerre et à la destruction ; elle demande le sacrifice de jeunes vierges et commande la chasteté à ses prêtres, qui doivent se mutiler à son honneur. Sous le nom de Didon, elle est l'épouse désirée du dieu Milkarth, qui la poursuit au loin. En Asie Mineure elle prend le nom de Ma; et les amazones, vierges guerrières, sont les prêtresses aimées de cette divinité sauvage. Dépouillant en partie son aspect terrible, elle s'appelle Vénus à Cytlière. C'est elle enfin qui fut plus tard la fameuse Diane d'Ephèse, la grande mère et la Cybèle phrygienne célébrée dans des fêtes où la mutilation se pratiquait dans l'orgie. Les fêtes d'Atys étaient en tout point semblables à celles d'Adonis. La divinité féminine, concentrant sur
1 Jénîmie \\\, 31 ; XIX, H.