‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 15 sur 613 · TEMPLE DE LA DÉESSE SYRIENNE · texte numérisé non relu

TEMPLE DE LA DÉESSE SYRIENNE

elle toutes les contradictions du dualisme, inspirant tour à tour la volupté et les mutilations sanglantes, devint peu à peu le grand symbole de la nature; aussi s'élevat-elle au rang de divinité principale dans l'Asie occidentale. Lucien, dans son curieux écrit sur la déesse syrienne, nous a représenté sous de vives couleurs ce culte infâme ' . Les temples étaient bâtis sur des hauteurs et divisés en deux parties; le sanctuaire, où Ton voyait la colonne figurative de lîaal et le signe impur des religions de la nature, ne s'ouvrait qu'aux prêtres. Ceux-ci avaient un pontife a leur tète, et sous eux on comptait une multitude de serviteurs du temple, donnés par les villes voisines. Les uns vaquaient au service de l'autel, les autres se répandaient dans la contrée pour mendier en faveur du dieu ou de la déesse. C'étaient ces fameux GalH que nous dépeint Apulée. Ils se livraient à des transports frénétiques, et réunissaient en eux l'infamie la plus repoussante et le plus sanglant ascétisme. Tandis qu'ils se mutilaient, les femmes vouées à la divinité se prostituaient; la mutilation et l'infamie étaient les conséquences naturelles de ce dualisme effréné. L'art ne parvient pas a donner une forme précise à des conceptions religieuses si incohérentes. Comment représenter avec quelque beauté une divinité confuse qui n'est que l'ensemble des forces de la nature? Des colonnes de bois ou d'airain, symboles du dieu des hauteurs; des idoles bizarres, dans lesquelles se mêlent les figures d'animaux divers; des édifices vastes et ornés de mé-

» Lucien, De Dea Syria.

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taux précieux : telles sont les productions de l'art religieux; il ne saurait s'élever plus haut. Aussi, tandis qu'une civilisation brillante s'épanouit a Tyr, et que la demeure de l'homme s'embellit tous les jours, on ne voit dans les temples qu'un assemblage du formes hideuses. Rien ne démontre plus clairement que l'homme vaut encore mieux que les dieux qu'il s'est donnés '.

Lart semble avoir atteint un degré bien supérieur à Babylone et à ]\inive. De récentes découvertes ont permis d'apprécier le degré de culture auquel étaient parvenus ces grands empires -. Les fouilles des Botta et des Layard ont démontré que cette culture avait été poussée très-loin. On connaissait déjà les fameux jardins suspendus de Babjlone, ses murailles immenses avec leurs portes d'airain, les palais magnifiques de ses rois et le temple gigantesque élevé au dieu Bel. iVous savons maintenant que Ninive ne le cédait pas en splendeur à sa rivale. Les palais retrouvés sous le sol sont aussi spacieux, aussi ornés que ceux de Babylone. On voit, par les sculptures qui y étaient prodiguées, a quel point le roi était vénéré dans ces anciennes monarchies. Il est le vrai représentant de la divinité; le glaive dans une main, le sceptre dans l'autre, assis sur son trône, il commande le respect à tous ses sujets. Les scènes de guerre et de chasse, vivement dépeintes sur les murailles des palais, révèlent une existence animée et brillante. Les figures symboliques des dieux sont empreintes d'une majesté imposante. Les artistes ont es-

' Otfried MuUer, Archxologie der Kunst, p. 301 .

* Botta et Flandin, Monuments de Ninive. — Ni'nive, par Layard.

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