LE PANTHÉISME STOÏCIEN CHEZ SÉNÈQUE
eu quelque sorte; il exerçait une influence indirecte qui allait bien plus loin que ses infatigables missionnaires.
Mais quel triste mélange arrêtait ces nobles élans qui élevaient le paganisme expirant au-dessus de lui-môme! Ce même Sénèque, qui semble parfois professer un christianisme anticipé, retombe sans cesse dans toutes les erreurs du panthéisme stoïcien. Il déclare que Dieu est inséparable de la nature. Il va jusqu'à diviniser le soleil*. L'art n'est pour lui qu'un composé d'éléments -, et la vertu n'est qu'une idée; le souverain bien réside dans l'intelligence, et le méchant et l'homme sans intelligence se confondent à ses yeux ^. La liberté morale n'existe à aucun degré. La philosophie n'a aucune puissance pour réformer notre caractère naturel *. Ce moraliste si fin, si élevé parfois, nous donne comme dernier idéal TindifiFérence absolue du sage, qui, des froides hauteurs de sa raison, abaisse un regard de pitié sur tous les êtres, à commencer par Jupiter, au-dessus duquel il n'hésite pas à se placer ^; car il n'admire que lui-même^. Certes, une philosophie qui renfermait de telles anomalies ne pouvait exercer d'influence salutaire, et l'on comprend, sans trop de difiicultés, que Sénèque ait eu Néron pour élè\e.
1 « Non Deussine natura. » De Oeneficus, l, 8.
* De ira, H, 18.
' « Summum bonum judicio. » Vita beat., 9.
* « Quaecumque altribuit conditio nascenti nihil adversus haec sapientia proficit. » Ep. XI.
* Clément ia, II, 16.
* « Mirator tanlum soi. » Vita beat., V.