ELECTION D'ISRAËL
plus humain et, supérieur au sacerdoce oriental, parce qu'il se fonda davantage sur la supériorité personnelle de ceux qui en étaient revêtus *. Toutes les graves erreurs du paganisme hellénique devaient néanmoins se retrouver dans ses institutions religieuses ; la passion esthétique de la Grèce exerça sur son culte la plus fâcheuse influence; il devint promptement frivole et extérieur, et plus semblable à un spectacle propre à amuser les yeux qu'à un rite religieux. Le voile des symboles était tissé d'une si belle pourpre et paré par ces grands artistes d'ornements si gracieux, que le peuple n'éprouvait presque jamais le besoin de le soulever et de chercher sous le signe la chose signifiée. Ainsi ni l'Occident ni l'Orient païen ne pouvaient conserver intact ce dépôt des sentiments sacrés de l'humanité, qui la rendent apteau salut. Il était donc nécessaire que Dieu lui-môme veillât sur eux et en confiât la garde à une nation préservée par lui de tout contact profane. Transplantés sur le sol du monothéisme, ces sentiments et les institutions qui leur correspondent ont eu un développement normal qui a hâté l'achèvement de l'œuvre de préparation.
Les quatre grandes institutions religieuses qui caractérisent la religion pendant l'économie préparatoire se rattachent étroitement, dans le judaïsme, à un fait qui les précède et qui les contient en germe : c'est l'élection du peuple d'Israël.
Nous retrouvons dans cette élection le fait général de la prêtrise, accepté du Ciel et recevant une application
1 Voir ]\Iaury, Histoire des religions de la Grèce antique, t. II. — Les Institutions relic/ieuses de la Grèce, p. 32, 82, 381.
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plus vaste daus la consécratiou d'une nation entière à Dieu. Mais comme le Dieu de l'Ancien Testament diffère profondément des divinités païennes, l'élection d'Israël a un caractère spécial. En effet, ce Dieu n'a aucune analogie avec la nature divinisée devant laquelle tout l'Orient se prosterne. T! n'est pas l'une des forces du monde organique; il n'est pas non plus, comme Brahma, le principe caché et universel du monde, lequel, comme un divin lotus, s'est épanoui dans le temps e dans l'espace. Il est en dehors do la nature, et par conséquent, affranchi de son pouvoir. Il l'a produite par une libre création. Il est le Dieu suprême, le Dieu unique. « Je suis, dit-il , celui qui suis. » Il n'admet point d'autre Dieu à côté de lui. Et pourtant il ne s'enferme pas dans sa majesté solitaire. Il intervient dans l'histoire de l'humanité : il manifeste sa volonté, il donne des lois à son peuple. C'est un père en même temps que le Dieu très-haut, un père qui sait unir la sévérité à la bonté ; jamais il ne fait de concession au mal ; il n'a pas la facile indulgence d'une divinité dont on croit acheter la faveur par des présents, mais il n'est pas non plus altéré de sang et de larmes comme Moloch. Avec lui nous sommes sur les sommités du monde moral. Il est le Dieu saint, dont les yeux sont trop purs pour voir le mal '. Ainsi le monothéisme judaïque est essentiellement
1 On connaît l'importance du nom de Jéhovah, très-distinct de celui (VEloliim. Tandis que le second désig'ne le Dieu dont la puissance éclate dans la nature et ne nous porte pas beaucoup au-dessus de la notion toute çrénérale de divinité, le second désigne le Dieu qui se révèle et qui se manifeste dans l'histoire religieuse de l'humanité par une intervention personnelle. Jéhovah est le Dieu d'Israël, car il se fait connaître
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moral ; dès son premier essor il atteint ces hauteurs que la Grèce , au point le plus élevé de son développement, n'a fait qu'entrevoir, sans parvenir à s'y maintenir et sans même secouer jamais tout à fait le joug du polythéisme. Il ne nous est pas possible de concevoir comment une pareille notion de la Divinité a pu se dégager par des voies naturelles du sein d'une petite tribu sémite dont on dit que, « comparée à la race indo-européenne, elle représente une combinaison inférieure de la nature humaine V » De tous les miracles consignés dans les livres de l'Ancien Testament, le plus étonnant nous paraît toujours le premier mot de la Genèse : « Au commencement. Dieu créa le ciel et la terre. » Le monde de l'esprit est ainsi conquis dès le début, et la redoutable fascination du dualisme est vaincue. Le problème demeuré insoluble dans les Védas comme dsmsVAvesta, pour l'Egypte sacerdotale comme pour la Grèce philosophique, est résolu souverainement pour la conscience. Comment douter que cette clarté si pure, qui jaillit au milieu de ces épaisses ténèbres, ne descende directement du ciel ! Il a bien fallu que Dieu dévoilât sa face pour que l'homme, qui n'avait que d'impures idoles sous les yeux, pût reproduire ses traits augustes comme il l'a fait dans l'Ancien Testament. Sans révélation, le monothéisme était impossible.
La consécration au Dieu saint implique la sainteté.
i son peuple comme le Dieu de la révélation (Ex. Ill^ 6). Cette différence des noms de Dieu a donné lieu pour le Pentateuque k l'un des problèmes de critique qui ont soulevé le plus d'orages. 1 Renan, Histoire des langues sémitiques, p. 4.