PÉRIODE PATRIARCALE
la nécessité de la séparation, la généralité de la corruption, en même temps qu'elle fait sentir jour à jour son impuissance morale à celui qui la prend au sérieux et cherche à se consacrer sans réserve à Dieu. Déjà aussi la promesse, bien que liée à des biens terrestres et inférieurs, console et relève le cœur abattu et gémissant. Ainsi la loi élémentaire, comme la prophétie élémentaire, parlent à la famille élue de condamnation et de pardon. La parole confuse, indistincte, enfermée dans le sacerdoce ancien, est articulée avec netteté, et le judaïsme, à son premier degré, se présente à nous comme le commentaire divin qui donne la raison profonde des institutions les plus caractérisques de l'ancien monde.
Nous passerons rapidement sur toute l'époque patriarcale. La destinée d'Israël s'y peint par avance. L'humble soumission des patriarches envers Dieu doit rappeler à leurs descendants que l'élection d'Israël repose sur la sainteté, et leur vie errante, qui n'est jamais fixée au sol, est l'image de l'espérance qui, pour mieux vivre dans l'avenir, ne replie jamais ses ailes et ne veut pas s'établir sur la terre. Il convenait que le peuple de la promesse eût pour ancêtres ces hommes de foi vivant sous des tentes et toujours en marche vers « la patrie meilleure. » La circoncision, seule institution positive du judaïsme, symbolisait à la fois la loi et la promesse. Elle rappelait le privilège de la famille élue, en même temps qu'elle figurait le dépouillement du cœur^
1 II est prouvé que la circoncision existait en Egypte, au moins parmi ies prêtres, dès la plus haute antiquité; mais elle n'était dans ces pays
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Le sacerdoce appartient de droit au père de famille; le sacrifice est oflert sur de simples autels de pierre. La révélation a un caractère extérieur et souvent matériel, qui correspond à un degré inférieur du développement de l'humanité. Dans l'histoire des patriarches, la Divinité manifeste sa puissance d'une manière tout à fait simple et élémentaire. Elle se révèle immédiatement par le miracle ou la prophétie , sans se servir de l'homme comme intermédiaire. Le prodige ou la prophétie viennent directement de Dieu. Plus tard, il n'en sera plus de même; la puissance divine s'assimilera l'homme et le prendra pour son organe; elle se communiquera à lui comme un don intérieur et spirituel. Dans cette période, elle agit en dehors de lui et à côté de lui. La forme de la révélation est surtout la vision ou le rêve , quelquefois aussi une manifestation sensible telle que l'apparition de l'ange de l'Eternel, dans lequel on a voulu voir, bien à tort, une sorte d'incarnation intermittente du Fils de Dieu ^ .
rs'ous distinguons, à partir de l'âge patriarcal, deux
iju'un rite des religions de la nature. Elle prend pour Israël un sens entièrement nouveau, de même que le sacrifice et le sacerdoce. (Voir Geschichte des ait. Bund., de Kurtz. Berlin, 1853, p. 182. L'ouvrag'e entier offre un grand intérêt.)
1 Kurtz démontre très-bien que l'ange de l'Eternel, dans la Genèse, est identique à l'ange de l'Eternel dans le Nouveau Testament (JMatth. I, 20 ; XXVIH, 2. Luc I, 11), qui est évidemment distinct du Verbe incarné. Dans Daniel (X, 13), l'ange de l'Eternel est désigné sous le nom de l'ange Michel, et dans le ch. IX, v. 21, sous le nom de Gabriel. Dans .\ctes VII, 38 et dans l'épître au.\ Hébreux, II, 2, il est dit que Dieu dans l'Ancien Testament a parlé par des anges. Au point de vue dogmatique, l'hypothèse d'incarnations fréquentes du Verbe dénature complètement la notion de l'incarnation évangélique et rappelle les incarnations de Vischnou. (Kurtz, t. I, p. 143-154.)