INSTITUTIONS MOSAÏQUES
grandes époques dans riiistoirc du judaïsme. 11 est déiiuitivement constitué dans la première; il reçoit de Dieu, par l'intermédiaire de Moïse, ses institutions. Dans la seconde, un cvcle de révélations sublimes, qui éclairent l'avenir de vives clartés, se déroule sous ses yeux. La première période est caractérisée par la prédominance de rélément légal, et la seconde par la prédominance de l'élément prophétiquC;, sans qu'aucun des deux soit jamais absent; car il fallait qu'ils se pénétrassent toujours l'un l'autre pour que le judaïsme répondît à sa vocation et continuât à développer simultanément chez l'homme le sentiment de la condamnation et l'espoir du salut'.
La famille d'xVbrahara était devenue un grand peuple en Egypte. On connaît ses épreuves, ses pénibles travaux sous le bâton de l'exacteur et sa merveilleuse délivrance. C'est dans le désert où Israël a trouvé un refuge contre ses persécuteurs et où il s'appartient enfin à lui-même, qu'il reçoit les principales révélations, qui marquent de leur emju'cinte toute sa vie nationale. Le Décalogue, qui ne contient pas seulement ia loi morale, comme on le prétend quelquefois, mais qui, dans rinstitution du sabbat, consacre aussi la loi cérémonielle, résume toute l'économie mosaïque. Elle repose, comme l'économie patriarcale, sur la révélation de la sainteté; mais cette sainteté est manifestée avec bien plus de clarté dans ces commandements précis qui défi-
' Ou peut voir dans le chapitre d'EwakI consacré dans son Histoire aux iourcesde l'histoire d'Israël, jus<iu'à qui.4 point il pousse l'arbitraire et fixe h priori la valeur et les diflorences des docuraenls (t. I, p. 15,256).
LE DECALOGUE. ELEMENTS PROPHETIQUES. i71
nisscut le mal et prescrivent le bien. Cette clarté est aussi beaucoup plus redoutable; elle u l'éclat de la foudre qui couronnait de ses éclairs la cime du Sinaï. Chaque commandement a pour sanction la condamnation, et l'Israélite peut lire en lettres de feu sur toutes les pages du livre do la loi : Maudit est quiconque ne fait pas ces choses. La loi commence ainsi à s'acquitter de ce ministère de mort si profondément compris par saint Paul, et qui consiste à poursuivre de retraite en retraite la frivolité humaine, a enfoncer un trait acéré dans la conscience, et à amener la créature déchue à l'aveu de sa misère par l'excès même de ses douleurs et de son effroi.
U convenait que la sévérité de la loi ne fût pas tout d'abord trop tempérée par les consolations de la prophétie. Elle devait frapper un grand coup sur la conscience humaine, et lui porter une blessure profonde dont elle ne put guérir (Ju'au pied de la croix. De là cette prédominance du caractère légal pendant la période mosaïque, qui n'empêchait pas pourtant la prophétie de couronner l'édifice et de pénétrer toutes les institutions. Toutes les promesses éparses jusqu'alors et livrées à la tradition sont recueillies; Israël n'en comprend pas toute la portée, mais il pressent de grandes destinées. La conquête du sol de Canaan n'épuise pas ses espérances; n'a-t-il pas reçu de ses pères cette mystérieuse promesse que toutes les nations de la terre seront bénies dans s;i postérité? il a d'ailleurs dans ses institutions une révélation effective d'autant plus puissante, qu'elle l'enserre de toute part, le suit en tout lieu, et