RAPPORT DE LA PROPHETIE ET DE L'HISTOIRE
tion universelle, a une importance toute spéciale dans Féconomie préparatoire. Cette économie, plus encore qu'aucune autre, a son but en dehors d'elle ; chacune de ses périodes n'a d'importance que dans la raesnre où elle hâte l'accomplissement des desseins de l'amour divin. On n'en a la vraie signification que quand on saisit sa relation avec l'avenir. 3Iontrer l'avenir dans le présent, et comme sous l'enveloppe des événements contemporains , c'est comprendre la grande loi de l'histoire, et surtout la loi du règne de Dieu. 11 n'y a donc rien d'arbitraire dans la méthode des prophètes. Ils dégagent le glorieux avenir d'Israël et de l'humanité des voiles du présent, mais ils ne le font que progressivement. Chaque événement agrandit leur horizon prophétique, parce qu'il tend lui-même à préparer effectivement la venue du Messie. Aussi la prophétie marche avec l'histoire ; elle fait un pas en avant à chaque période nouvelle '.
11 est notoire que les livres sacrés d'Israël renferment, dès leurs premières pages, une promesse de salut qui déborde de beaucoup les étroites limites des préjugés nationaux. A'ous y lisons que la postérité de la femme doit écraser la tète du serpent. On ne dépasse pas le symbolisme assez \ague de ces paroles en y reconnaissant la promesse générale d'un triomphe futur remporté par l'humanité sur la puissance du mal. La promesse faite à Abraham est plus précise; c'est de son sang que doit sortir le bienfaiteur mystérieux qui relèvera la race
* Voir Kurtz^ p. 10 ot 11.
m ÉVOLUTION DE LA PROPHÉTIE HÉBRAÏQUE.
entière : l'universalisme, dès le premier jour, plane au-dessus du judaïsme. Le thème de la prophétie est ainsi donné : il s'enrichit à chaque phase nouvelle de l'histoire du peuple élu. Le bienfaiteur mystérieux est attendu de génération en génération ; tous les grands héros religieux d'Israël contribuent pour leur part à préparer sa venue. Aussi la prophétie leur attribuet-elle le caractère du Messie ; ils sont ses précurseurs et par là même des types qui le préfigurent. Seulement ici le type est très-inférieur à la réalité. Aucun homme ne répond au portrait tracé du Messie. Aussi les espérances un instant rattachées à leur personne prennent de nouveau leur essor vers l'avenir ; l'idée du Sauveur devient de plus en plus spirituelle, elle se dégage de son enveloppe nationale. La royauté, illustrée par David et célébrée par lui dans d'admirables psaumes, d'où la grande espérance d'Israël débordait dans un lyrisme sublime, parut longtemps un type suffisant du Messie. On s'attendait à le voir monter comme un héritier de David sur le trône de Jérusalem ; mais aucun de ses successeurs, pas même Salomon, ne répond à cet idéal si grand et si pur. La prophétie tire son profit de cette décadence morale des rois de la nation élue ; le côté terrestre de l'espérance s'eiTace de plus en plus; le libérateur apparaît sous l'image du serviteur de l'Eternel, qui sera l'ami des débonnaires, le réparateur universel rassemblant toutes les nations sur une terre renouvelée. On sait jusqu'où s'élève cet idéal dans la seconde partie d'Esaïe. Peu importe sa date! Elle remonte en tout cas aux temps qui précèdent la déca-