INFLUENCE DE LA PROPHÉTIE
nous le croyons même fermement, bien qu'elles soient en moins grand nombre qu'on ne le pense quelquefois. Ce prophétisme vivant et organique qui, à chaque période de l'histoire, s'élève tout entier d'un degré sous l'inspiration de l'Esprit de Dieu, dans la conception spirituelle du Sauveur, a une valeur bien plus grande qu'une simple collection d'oracles épars dont l'unique but aurait été de faire reconnaître le Messie à son apparition sur la terre. Les prédictions ont leur prix, que nous ne contestons pas; mais il ne faut pas l'exagérer, au point de s'imaginer que le prophète eût pour principale mission de les prodiguer. La prophétie judaïque a préparé les voies au christianisme, non-seulement dans les esprits qu'elle éclairait, mais encore dans les cœurs qu'elle purifiait. Tour à tour sévère comme la grande voix du Sinaï fulminant contre le péché et miséricordieuse comme un Evangile anticipé, elle éveillait dans toute son intensité le désir du salut; elle l'entretenait avec un soin vigilant, comme les prêtresses du feu sacré à Rome; elle l'empêchait de s'éteindre sous le boisseau des vaines observances. Elle introduisait sans cesse l'esprit dans le corps du judaïsme; elle ramenait à leur vrai sens ses institutions et savait, quand il le fallait, dénoncer le péché sous les apparences les plus pieuses, dans la splendeur du culte aux jours solennels, dans la multiplicité des sacrifices, dans l'humilité affectée d'un jeûne hypocrite. Armée du glaive à deux tranchants de la parole divine, elle en transperce le cœur impénitent; mais c'est pour verser sur cette blessure saignante le