LES DIEUX DE L'EGVPÏK
Les Egyptiens essayèrent d'exprimer les diverses forces de la nature par cette mullipliciLé de dieux, qu'il est facile de ramener à la dualité originelle du paganisme oriental. On consacrait à ciiaque divinité une espèce d'animaux particuliers, qui devait être comme son symbole vivant. Les dieux étaient représentés sous la forme de ces animaux sacrés. Ainsi le scarabée représentait Ptali ; on donnait à la déesse Pacht une tête de lion ou de chat, et une tête de bélier à Kneph; le taureau appartenait à Ptah comme à Ra. On choisissait un taureau particulier reconnaissable à certains signes et auquel on donnait le nom d'Apis ; il passait pour avoir été enfanté d'une vache et d'un rayon céleste; nourri dans le temple, vénéré par-dessus tous les autres animaux, sa mort était l'objet dun deuil universel.
Après que l'Egypte fut devenue une vaste monarchie, il > eut une fusion entre les mythologies locales, bien que la terminologie continuât à varier de Thèbes a Memphis. 11 y eut d'abord sept grands dieux accompagnés de leurs déesses. Toutes ces divinités figurent, par leurs aspects variés, le principe mâle et le principe féminin de la nature ; Ptah, Ammon, Ra, 3Ia, Osiris, représentent toujours le principe actif, fécondant; tandis que Tefaut, Nuptve et Isis représentent le principe réceptif et passif; Typhon symbolise le côté sombre et fatal. Audessous de ces grands dieux, les prêtres en comptaient douze autres petits, puis trente demi-dieux ou génies. Il se peut que plus tard des idées philosophiques aient été rattachées aux noms des grands dieux et qu'on ait cherché après coup à élaborer une théogonie métaphy-
36 MYTHE DOSiRIS.
siquc ; mais il est peu probable que la religion égyptienne, comme on l'a prétendu, ait débuté par ces vues profondes '. Elle fut, comme les religions voisines, une religion de la nature, toute empreinte de dualisme. Déjà, dans l'ancien culte de Meraphis il y a trace de la lutte entre le principe bon et le principe mauvais; le second était ligure sous la forme d'un serpent, symbole de la nuit qui veut éteindre le soleil -. Mais la lutte de la puissance bienfaisante et de la puissance malfaisante de la nature a été représentée d'une manière très-dramatique dans le mythe d'Isis et d'Osiris, qu'Hérodote et Plularque nous ont fait connaître en détail ■\ Osiris, époux d'Isis et enfant comme elle des divinités du ciel, rencontre, dans un voyage au travers de l'Egypte, le méchant Typhon qui, assisté de soixante-douze compagnons de crime, le met à mort et dépose son cadavre dans un coffre abandonné au cours du Nil. Isis, en proie à une violente douleur, cherche en tous lieux le corps de son époux; elle le retrouve enfin à Byblos. Osiris ressuscité va régner dans le séjour des morts, tandis qu'Horos, son fils, immole Typhon à sa juste vengeance. Ce mythe est l'équivalent des mythes d'Adonis et d'Athys. Isis est la terre; Osiris est le principe fécondant de l'Egypte, c'est-à-dire le fleuve sacré et bienfaisant; Typhon qui le tue avec ses soixante-douze compagnons est l'image du soleil brûlant qui, pendant soixante-
' Voir le chapitre si intéressant du livre de Bunsen sur la reliorion égyptienne. JEgypten,i. I, p. 511.
» Duiiker, t. I, p. 57.
* H-rorote, II, 40.