HYPOTHÈSE DE STRAUSS
révolutions religieuses de riiumanité. Voilà encore un prodige propre à confondre la raison! Quoi! une physionomie morale si caractérisée, un être si parfait et si humain à la fois, aux pieds duquel tant de générations se sont assises pour l'écouter; quoi! cette personne vivante serait un composé des creuses abstractions de la philosophie ancienne à son déclin. 11 en serait du Christ de l'Evangile, de l'ami de saint Jean, du Maître compatissant qui pleure au tombeau de Lazare, comme de ces Christs du gnosticisrae, espèces de fantômes métaphysiques qui errent entre le ciel et la terre, insaisissables et muets, produits hybrides de cerveaux malades, qui ne parviennent jamais à sortir de la région nuageuse des rêves pour prendre une forme arrêtée. Celui qui ne sent pas que nous avons dans le Christ de l'Evangile un type absolument différent de ces pâles créations qui n'ont jamais vécu, n'a aucun sens de la réalité.
Est-on plus heureux quand on prétend faire sortir le Christ, non plus de la poussière des écoles philosophiques, mais de l'imagination populaire échauffée et travaillant spontanément à la formation d'une mythologie compliquée? On sait toute la science et tout le talent dépensés par Strauss pour justifier cette hypothèse*. D'après lui, chacun des faits racontés par les évangiles est comme le résultat d'une habile combinaison de plusieurs mythes de l'Ancien Testament. Ainsi les fils innombrables qui ont concouru à former ce tissu admirable
» Strauss, LebenJesu, 4' édit. (Voir aussi la traduction de cet ouvrage, par M. Littré.)