LA LOI NOUVELLE LOI DE LIBERTÉ
un seul sacrifice cHait proclamé acceptable et suffisant. Le nouveau peuple de Dieu était tout entier un peuple (le rois et de sacrificateurs, appelé à s'immoler luimême et à ratifier par cette immolation spirituelle et volontaire le sacrifice rédempteur. Ajoutons que le dur régime de la loi était également abrogé; l'impulsion féconde de l'amour remplaçait la terreur. Aux commandements multiples succédait le commandement ancien et nouveau, celui de la charité, du sacrifice complet de soi-même, commandement tout-puissant qui donnait ce qu'il ordonnait, parce qu'il communiquait au cœur une vertu divine. Le rituel compliqué était abrogé; la loi cérémonielle tombait; la loi mosaïque, dans sa partie la plus élevée, était modifiée, agrandie, spiritualisée. La rédemption avait rapproché l'homme de Dieu ; elle avait rendu possible la communion avec lui : aussi l'autorité divine, sans être diminuée, devait changer de caractère, perdre ce qu'elle avait d'extérieur, de légal, pour devenir plus spirituelle, plus intérieure, substituant l'amour et la persuasion à la contrainte et le joug léger au joug de fer. Une sanction redoutable était pourtant laissée à cette loi renouvelée, loi de liberté et d'amour : tout ce qui était en faveur du chrétien devait se retourner contre celui qui méprisait un si grand salut. Sa condamnation se mesurait au prix des biens offerts à l'homme en Jésus-Christ.
On le voit, c'était bien une nouvelle alliance qu'il était venu fonder. On le nie parfois, sous prétexte qu'il n'a pas formellement abrogé l'ancienne économie et qu'il s'est soumis à toutes les observances légales. Mais
L'ANCIENNt: ALLIANCE NON FORMELLEMENT ABOLIE. 33;»
c'est oublier la nature de la réforme qu'il a voulu opérer. Il a employé des moyens conformes au but qu'il poursuivait : ce but, c'était l'affranchissement du joug de la loi. 11 na pas voulu que l'affranchissement luimême eût un caractère légal. Voilà pourquoi il ne la pas proclamé solennellement sous la forme d'un décret. Il l'a inspiré bien plus qu'institué. 11 l'a préparé dans lc8 cœurs, ce qui valait mieux que de l'ordonner. D'ailleurs, avant l'achèvement de son œuvre, l'abrogation de l'ancienne alliance eût été prématurée; cette abrogation découlait de la rédemption comme une conséquence découle de son principe. Il lui suffisait de poser le principe; il savait que la conséquence y était implicitement renfermée et qu'elle s'en dégagerait à son heure. 11 a voulu que le vin nouveau fût répandu dans des vaisseaux renouvelés ; de là cette éducation lente à laquelle il a soumis ses disciples et qui devait être complétée par les leçons de l'expérience. Il leur a fait prévoir, par des paroles significatives comme celles prononcées dans l'entretien avec la femme de Sicliem, les transformations qui seraient apportées à l'ancienne économie. Mais il ne leur a rien imposé; il était trop puissant sur les âmes pour vouloir les violenter. Les coups d'autorité, dans le monde moral, sont des marques de faiblesse ; on ne recourt au despotisme religieux que quand ou désespère de régner par la persuasion. Ce despotisme était utile sous l'ancienne alliance; sous la nouvelle, il ne serait plus qu'un anachronisme, et ce que celle-ci semble perdre en autorité extérieure et légale, elle le gagne eu vraie puissance, en domi-