‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 20 sur 613 · L'ART ÉGYPTIEN · texte numérisé non relu

L'ART ÉGYPTIEN

« grâce devant le grand dieu; ils habitent dans les « domaines de la gloire, où l'on vit d'une vie céleste; X les corps qu'ils ont laissés reposeront toujours dans « leurs tombeaux tandis qu'ils se réjouiront dans la vie « du dieu suprême ' . >• On voit par ces derniers mots qu'on attachait une grande importance à la conservation des corps. Les Egyptiens pensaient, en effet, qu'elle était une condition de l'immortalité de l'âme; ils admettaient aussi la résurrection au sens strict; aussi se croyaientils obligés de pratiquer l'embaumement avec un soin religieux etd'éleverd'indestructihles tombeaux^. Peuple de la tradition, voué à l'immobilité, ils n'avaient de passion que pour conserver le souvenir du pnssé. Ils écrivaient leur histoire avec celle de leurs rois sur ces tombeaux par le moyen des hiéroglyphes, écriture symbolique et mystérieuse qui était destinée à donner à ces chroniques nationales la stabilité et l'éternité de la pierre. On y retrouve les premiers éléments de l'écriture qui, ne pouvant encore se servir de signes abrégés, tantôt peint les sujets eux-mêmes, tantôt les représente par des signes convenus. Rien ne prouve mieux l'immobilité pesante de ce peuple que sa persévérance à conserver ces rudiments pendant des siècles sans les développer.

Le caractère national s'est reproduit avec une grande fidélité dans l'art égyptien. Ce n'est pas la fécondité qui lui manque, car ses œuvres sont innombrables. Les pyramides et les obélisques couvraient le sol du pays ;

« Dunker, t. I, p. 72. — ^ Hérodote. II, 86, 123.

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le labyrinthe et son enfilade de palais; les palais de Thèbes; celui de Sésostris, qui est immense; les temples, également magnifiques; les vastes tombeaux, creusés dans le roc; toutes ces constructions qui saisissent par leur air de grandeur et de majesté, dénotent des facultés artistiques très - développées. Mais rarcliitecture écrase complètement la sculpture et la peinture, parce que ces arts réclament, pour fleurir à part, un certain développement de Tindividualité humaine. L'art égvptien, sauf dans sa première époque, est un art essentiellement sacerdotal ; il manque de liberté, de souffle ; il est le serviteur docile, ou, pour mieux dire, l'esclave de la tradition. Les temples et les palais ne forment pas une unité, un tout harmonique comme les temples grecs. C'est une série de portiques aux innombrables colonnes, qui pourrait se prolonger sans fin. La sculpture s'en tient à des t} pes consacrés ; les formes sont plutôt géométriques qu'organiques. La figure humaine n'a aucune beauté, aucune individualité; elle est frappée de T immobilité solennelle qui caractérise la nation elle-même. Les dieux sont représentés par de bizarres assemblages d'animaux, parmi lesquels le sphinx joue le premier rôle. On voit, comme le fait très-bien remarquer Ottfried Muller, que l'art égyptien n'est pas destiné, comme l'art grec, à exprimer des idées vraiment esthétiques. Il n'a pas d'autre but que de conserver des souvenirs ; il relate des faits. Bien loin d'être voué à lidéal, c'est une sorte d'écriture monumentale, un simple développement des hiéroglyphes, destiné comme eux à perpétuer l'histoire et a rappeler les actions des dieux pour les nécessités du

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oultc'. l/urtistc, méprisé comme îipjiartriiaiit a une caste inférieure, n'a aucune indépendance; c'est un ou- \nc\' iuibile au service du prêtre-. Les productions de son ciseau portent nécessairement l'empreinte de sa sujétion, ou plutôt de l'universelle sujétion ; celle de toutes qui est la plus remarquable, le sphinx, est la personniticatioii fidèle du ijénie triste, immobile et pourtant grandiose de lEiivpte. » Tel est eu résumé, dit Dunker •*, ce pa}s merveilleux, cette antique Egypte, dont la culture richement développée nous reporte au seuil des temps historiques. Favorisés par la nature, j)lacés sur un sol fécond, ses habitants ont reporté dans leur vie nationale et leur civilisation le caractère à la fois sérieux etsplendidc de leur ciel. Leur esprit conservateur a créé une organisation immuable dans laquelle les fils vivent de la vie des pères. Les puissances bienfaisantes de la nature, le mvslère de la vie, le cours régulier de l'année, la résurrection incessante de la terre, ses forces et ses lois, sont l'objet de leur culte, et ils retrouvent dans la vie régulière des animaux le reflet de la vie immuable de leurs dieux. La vie du peuple lui-même se soumet à une règle sacerdotale, afin de participer, autant iju'il est possible, a l'immutabilité des lois de la nature '. »

lieligion persane.

Certes, de Phénicie en Egypte, l'idée religieuse a

' Ottfrifd Muller, Archéologie, 257. — "- Raoul Rochette, Leçon sur rarchéologte. II. — * Dunker, t. I, p. 103.

lŒLIGION DE I/IKAN. il

accompli iiu notable progrès. Il n'y a plus seulement le contraste entre la vie et la mort, entre le sang et la volupté; la distinction entre le bien et le mal est entrevue, quelques lueurs sont projetées sur l;i vie future, par le dogme d'un jugement des âmes. Quoique enfermée dans le dualisme, la conscience humaine a parlé. Elle parle plus haut encore dans la religion de lancienne Iran. sans franchir cependant le cercle fatal des religions de la nature. Trois grandes familles de peuples sont sorties de ce vaste plateau borné par l'Indus à l'est, par lEuphrate à l'ouest, par l'Océan au sud et par la mer Caspienne au nord. En effet, les Persans, les IMèdes et les Bactriens d'une part, les Grecs et les habitants de l'Inde de l'autre, ont une souche commune, comme l'établit l'analogie profonde des langues qu'ils parlent. Elle se retrouve comme un fondement solide et indestructible sous les élaborations de leur génie national. De là aussi un même fond d'idées religieuses qu'il est facile de découvrir à la base de leur mythologie, bien que chacun de ces peuples l'ait développé dans une direction trèsdifférente.

Si l'Asie occidentale est un j)ays de contrastes, l'Iran l'est encore plus \ D'immenses steppes viennent aboutir a des contrées admirablement fertiles. Un soleil de feu consume le sol, et au même moment les glaces de l'hiver engourdissent les contrées voisines. • L'hiver, dit le « livre sacré, enveloppe les troupeaux pour les tuer ; il « glace les eaux, les arbres, les champs et jusqu'au cœur

• Dunker, t. 11, p. 335-355.

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