‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 207 sur 613 · S2 PÉRIODE DE L'AGE APOSTOLIQUE · texte numérisé non relu

S2 PÉRIODE DE L'AGE APOSTOLIQUE

>riiis partagerons son histoire en trois périodes; ciiacunc est désignée par le nom de l'ajjôtre qui y exerce une influence prépondérante : nous avons ain^i la période de saint Pierre, celle de saint Paul et celle de saint Jean. Dans la première, l'élément divin prédomine d'une manière presque exclusive; l'élément humain est effacé et réduit à une >orte de passivité. C'est la période du surnaturel pur; elle suit la première effusion du Saint-Esprit, et précède les grands débats intérieurs de l'Eglise. Dans la seconde et la troisième, l'élément humain est plus apparent, quoique toujours dominé et épuré par l'élément divin ; de grandes questions se posent et s'agitent, l'Eglise s'organise, la doctrine se précise, et si les miracles sont encore nombreux ils se prodiguent moins qu'aux commencements de l'Eglise. Bien loin qu'il y ait dans ce dernier fait quelque infériorité pour la dernière période du siècle apostolique, nous y voyons une supériorité réelle. En effet, quand l'élément surnaturel est tel emcnt mêlé à la nature humaine qu'il l'anime comme l'âme anime le corps, on peut dire que l'union entre Dieu et l'homme est pleinement réalisée, et c'est là le résultat le plus glorieux de la rédemption.

^ l. — Fondation définitive de l'Eglise le jour de la Pentecôte. — Sa première mission et sa première persécution.

Cinquante jours après la résurrection de Jésus-Christ, tandis qu'on célébrait a Jérusalem la fête de la Pentecôte

qui était la fête de !a clôture des moissons ' , le Saint-Esprit descendit sur les apôtres et les disciples, réunis au nombre de cent vingt dans une chambre haute. Quelques représentants de la tendance sacerdotale, toujours disposée à enfermer l'Esprit de Dieu dans ses sanctuaires, ont prétendu que ce lieu consacré par un si grand souvenir faisait partie des vastes dépendances du temple de Jérusalem ^. Mais c'est une hypothèse entièrement gratuite, dont le texte ne porte pas trace. Le Saint-Esprit souflQe où il veut ; il ne se laisse enchaîner par aucune institution religieuse. Le miracle de la Pentecôte inaugurait d'abord l'ère glorieuse, annoncée par Jésus-Christ, où l'adoration ne serait plus liée à des édifices consacrés, et où la terre entière redeviendrait le temple de Dieu. Il faut distinguer dans ce miracle le fait religieux des circonstances qui l'entourent et des symboles qui le figurent. Lèvent impétueux, les langues» comme de feu «qui descendent sur les apôtres, sont des types sublimes du miracle intérieur; le vent symbolise l'action invisible et la liberté souveraine de l'Esprit divin ^; le feu sa vertu purifiante '; et la forme sous laquelle ce feu apparut rappelle le mode principal de son action dans le monde moral. La grâce en effet est, comme on l'a très-bien dit, une divine éloquence qui persuade la liberté humaine. La parole est l'intermédiaire le plus noble entre le Créateur et la créature, comme entre les créatures elles-

' La Pentecôte était désigner", du temps de Josè[>he, comme la fête du j:rand mssomblempnt (/!«/., III , 10, 6). D'après la tradition juive, la Peiitecùie était l'anniversaire de la pron ulgation de la loi judaïque.

* Thinrsch, Die Kirche im apostolischen Zeitalter, p. 66.

» Jean 111, 8. - * Esaîe VI, 6.

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mêmes; c'est |»ar elle que l'Evangile doit combattre et vaincre. Nous admettons pleinement le caractère merveilleux, de la scène qui se passa dans la chambre haute de Jérusalem. Le Dieu souverain qui domine dans le monde de la nature, comme dans le monde de l'esprit et de la grâce, u certes le droit d'emprunter au premier des symboles effectifs pour peindre aux yeux, les grands événements du second. « 11 fait du vent ses anges, et des ilammes de feu ses ministres ' . » Toutefois il faut se hâter de remonter du signe à la chose signifiée. Ici comme toujours, le miracle essentiel appartient au monde moral et invisible. Il s'accomplit dans le cœur des disciples qui, selon le témoignage de l'Histoire sacrée, « furent tous remplis du Saint-Esprit". » Ils l'avaient déjà reçu dans une certaine mesure, mais ils n'en furent entièrement pénétrés qu'alors. Toutes les barrières entre le ciel et la terre étaient abaissées ; Dieu tout entier pouvait remplir l'âme humaine; le Saint-Esprit habitait désormais dans ce sanctuaire vivant, et la promesse du retour spirituel du Christ était pleinement réaliste. Jusqu'alors on aurait pu comparer ia jeune Eglise à un navire, prêt au départ, dont la voile est tendue au vent. Le souffle I-

d'en haut est maintenant descendu sur lui ; ce n'est plus une masse inerte, c'est un corps animé ; il va voler sur les mers, et, qu'elles soient calmes ou orageuses, il avancera toujours vers le but qui lui est assigné. Cette première effusion de l'Esprit de Dieu ne fut point exclusivement réservée aux apôtres, car Técrivain sacré

1 Hébreux 1, 7. — * Actes II, 4.

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déclare que tous ceux qui étaient dans la ciiambre haute eu furent remplis. Ce ne fut pas non plus une • simple illumination de rintelligcnce ; le Saint-Esprit fut tout d'abord répandu dans le cœur des premiers chrétiens; il pénétra au centre même de leur vie religieuse et morale pour s'assimiler, Tune après l'autre, toutes leurs facultés. Mais cette assimilation ne se réalisa pas tout d'un coup. Ils n'acquirent pas en un rapide instant la toute-science; ce qu'ils savaient déjà fut vivifié en attendant que l'Esprit enrichît leur pensée jour à jour et les « conduisît dans toute la vérité '. ..

Tl marqua sa présence au milieu d'eux par un miracle plus extraordinaire que ceux qui l'avaient précédé. Les disciples se mirent à parler « en langues étrangères. » Ce prodige, qui s'est reproduit plusieurs fois avec certaines modifications dans le siècle apostolique, était en harmonie avec le caractère essentiel de cette période que nous avons nommée la période du surnaturel pur. L'élément divin, à son premier contact avec l'élément humain, semble l'effacer et l'écraser. L'Esprit de Dieu, en descendant du ciel, trouve dans la parole humaine un vase trop étroit pour le contenir. Les formes ordinaires du langage sont brisées; un langage qui est en dehors de toutes les formes connues se substitue à la parole ordinaire. C'est le langage brûlant et mystérieux de l'extase. Nous y reconnaissons ces langues étrangères dont il est fait mention dans les Eglises du premier

«Jean XVI, 13.

siècle. Parler les langues étrangères, c'était parler celte langue ineffable qui ne ressemble à aucune autre. Le miracle de la Pentecôte eut un caractère spécial qui le distingue des miracles analogues ; c'est que les disciples furent compris de tous ceux qui accoururent à la première nouvelle du prodige accompli dans la chambre haute. Y avait-il dans ce langage exceptionnel une puissance extraordinaire allant de l'âme a l'âme et triomphant des diversités d'idiomes, ou bien ces Juifs qui étaient venus à Jérusalem de tous les points du monde y retrouvaient-ils leurs dialectes multiples? Le problème est insoluble. Il est certain toutefois que le miracle, du moins sous cette forme particulière, n'eut rien de permanent. Irénée et Tertullien ont prétendu à tort que les premiers chrétiens avaient conservé l'usage du don des langues et s'en étaient servis pour porter l'Evangile aux diverses nations du monde * . Le stjle des écrivains sacrés montre clairement qu'ils ont appris la langue grecque et qu'ils ne la possèdent pas de droit divin et par inspiration, car ils l'écrivent sans correction, en la surchargeant de locutions hébraïques. On sait aussi que Pierre, à Rome, avait un interprète ^. Saint Paul semble n'avoir pas compris la langue des habitants de Lystre et de Derbe, qui voulaient lui sacrifier comme à un dieu '.

Le miracle de la Pentecôte annonçait prophétique-

i Irénée, Adv. hxres., liv. V, c. VI. — Tertullien, Contra Marc, liv, V, c. VIII.

* D'après le témoignage de Papias dans Eusèbe, liv. VII, ch. XXXIX. 3 Actes XIV, 11-14.

ment los temps heureux où toutes les diversités créées par le mal disparaîtraient dans l'unité de l'amour. Cette prophétie ne se réalise-t-elle pas tous les jours par la conquête successive des diverses langues humaines que le christianisme s'assimile tour à tour pour leur faire exprimer ses immortelles vérités? «< L'humilité de l'Egliso, a dit éloquemment Bèdo le Yénérable, reforme l'unité du langage brisée jadis par l'orgueil ^ »

On sait avec quel succès Pierre répondit aux railleries des quelques Juifs incrédules qui s'étaient mêlés à la foule des assistants. Trois mille personnes furent gagnées à l'Eglise par cette première prédication apostolique. Ce rapide accroissement devait amener bientôt une rupture ouverte entre la jeune Eglise et le judaïsme. Ce fut le parti sadducéen qui prit l'initiative de la persécution. On a prétendu qu'il était peu probable que les pharisiens, qui s'étaient montrés les ennemis les plus acharnés de Jésus-Christ, se fussent laissé devancer par leurs rivaux-. Mais il ne faut pas oublier qu'à celte époque l'Eglise n'avait pas encore compris toutes les conséquences de la doctrine de Jésus-Christ. Elle n'avait pas rompu le lien extérieur qui l'unissait au judaïsme. Le point sur lequel elle insistait le plus était la résurrection des morts ; or, ce dogme était tout particulièrement odieux aux sadducéens. Anne et Caïphe, qui présidaient le conseil devant lequel comparurent

' « Unitatem linguarum quam suporbia Babylonis disperserai humilitas Ecclesiae recollig-it. » (Voir, sur le miraclp de la Pente'^ùte, la note D, à 1.1 fin du volume.)

' Baar, /VJ«/«^, p. 3i. 35.

m CARACTÈRE ET ROLE DE SAINT PIERRE.

les fipôtres, étaient les chefs bien connus du parti romain ou sadducéen ^ Le seul juge qui se montra impartial à l'égard de l'Eglise fut le pharisien Gamaliel.

Pendant tous ces premiers temps l'apôtre Pierre exerce une influence prépondérante. On a vu dans le rôle qu'il joue alors une preuve de sa primauté. Mais à y regarder de près on reconnaît qu'il n'a fait que déployer ses dons naturels purifiés et agrandis par l'Esprit divin. Pierre était le fils d'un pêcheur nommé Jona, du bourg de Bethsaïde, en Galilée -. Il se rangea parmi les disciples de Jean Baptiste, et fut ainsi préparé à répondre favorablement à l'appel de Jésus-Christ. Il reçut bientôt la vocation d'apôtre. Son caractère était vif et ardent, mais son ardeur était mêlée de présomption et d'orgneil. Rapproché sans cesse du Maître comme l'un des trois disciples qui furent le plus favorisés de son intimité, il conçut pour lui une vive affection ; sa nature véhémente était cependant bien loin d'être domptée. Il a des mouvements admirables comme l'élan qui le poussa à rendre un si beau témoignage au Sauveur : « Tu es le Christ de Dieu ^. » Mais il a aussi des mouvements tout humains, qui lui attirent de sévères reproches. Tantôt sous l'influence de ses préjugés juifs, il repousse avec indignation l'idée de la mort humiliante de Jésus-Christ. Tantôt il j)rétend surpasser en courage tous les autres apôtres ; tantôt enfin, cédant à son impétuosité naturelle, il tire le glaive pour défendre celui qui déclare < que son royaume n'est pas de ce monde. « Il était

1 Actes V, 17. — î Matlh. XVI, 17. Jean I, 45. - 3 Matth. XVI, 16.

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