‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 212 sur 613 · PREMIÈRE APOLOGIE DU CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE APOLOGIE DU CHRISTIANISME

(le la raison pour les faits qui sont de sa compétence. Ainsi Pierre répond à l'absurde accusation d'ivresse lancée contre les disciples, en rappelant que l'on n'est pas encore à la troisième heure du jour, c'est-à-dire à l'heure de la première prière, avant laquelle les Juifs n'osaient prendre aucune nourriture '. Mais les représentants du christianisme ne s'attardent pas longtemps à cet ordre de preuves. Ils ont une argumentation qui leur appartient en propre.

Tl est à remarquer que les miracles donnent plutôt lieu à l'apologétique qu'ils ne la fondent. Pierre ne dit pas : Croyez-nous à cause de ce don des langues qui vous étonne ou de ces guérisons extraordinaires. Il dit au contraire : Croyez à la réalité, à la divinité des miracles pour les raisons scripturaires et morales qui en démontrent la nécessité et en établissent la légitimité. Ces miracles ont certainement contribué à la rapide propagation de la foi nouvelle par l'impression qu'ils produisirent sur le peuple ; mais ils sont si peu le pivot de l'apologétique des apôtres qu'ils sont non pas la preuve , mais plutôt l'objet de la preuve. Nous faisons exception pour un seul miracle, qui est le miracle essentiel du christianisme. La résurrection du Christ n'est pas simplement un prodige; c'est encore un grand fait religieux; c'est l'achèvement glorieux de la rédemption. Aussi occupe-t-elle la première place dans la prédication des apôtres. Pierre l'invoque sans cesse devant le peuple comme devant le sanhédrin '\ Les

« Actes II, 15. - « Actes II, 32; 111, 15; IV, 10; V, 30.

370 PREUVE SCRIPTURAIRE.

apôtres se considèrent avant tout comme les témoins delà résurrection. Rien, en effet, ne donnait une base plus solide à la religion nouvelle que ce triomphe éclatant de Jésus-Christ sur la mort. C'était la preuve de sa mission divine et de celle de l'Eglise, et le sceau apposé par la main de Dieu sur son enseignement. « Entre vous et nous, semblent dire les apôtres, Dieu a décidé ; en ressuscitant Jésus Christ, il a démontré souverainement qu'il était bien le Christ, le Seigneur. »

Après la preuve tirée de la résurrection du Seigneur, celle qui occupe le plus de place dans les discours de Pierre est la preuve scripturaire. Il s'attache à démontrer l'accord des faits qui s'accomplissent, avec la prophétie juive. La première apologétique de l'Eglise ne pouvait se placer sur un autre terrain. Adressée à des Juifs par des chrétiens sortis du judaïsme, elle devait en appeler au tribunal reconnu par tous, et qui n'était autre que l'Ecriture sainte. Si les apôtres à Jérusalem parvenaient à démontrer que les faits dont ils étaient les témoins avaient été annoncés par l'Ecriture , ils avaient gagné leur cause auprès de tout Juif sincère. L'apologétique chrétienne dans cette première période ne s'est pas élevée sur les hauteurs où la portèrent saint Jean et saint Paul. Elle est tout entière inspirée du poiut de vue qui prédomine dans le premier Evangile.

Ainsi, Pierre commence par établir que le miracle de la Pentecôte est la réalisation de la prophétie de Joël qui annonçait, pour l'époque de l'apparition du Messie,

APPEI, A LA CONSCIENXE, 371

Teffusion de l'esprit prophétique '. Il rappelle que la résurrection de Jésus-Christ avait été prédite par le psaume XVI, qui ne pouvait se rapporter à David, puisque le tombeau de ce roi se voyait encore à Jérusalem ^. Dans son deuxième discours, comme dans sa défense devant le sanhédrin, Pierre démontre que le côté qui repoussait le plus en Jésus-Christ, celui des souffrances et de la mort, était prophétisé dans l'Ancien Testament. « Il est cette pierre de l'angle rejetée par ceux qui bâtissent'. » Du reste, l'apôtre, de même que saint Mcitthieu, cite l'Ancien Testament avec une grande liberté. Pénétré du principe si vrai en soi que l'idée du Messie circule partout au travers. des oracles sacrés, il transforme souvent en prophétie positive des déclarations scripturaircs qui ne se rapportent qu'indirectement aux faits évaugéliques.

Les appels à la conscience sont nombreux dans cette première apologie du christianisme. J^a conclusion des discours de Pierre est toujours une invitation à la repentance, et cette invitation, il la motive en rappelant courageusement le grand crime commis par le peuple juif. Il ne se lasse pas de répéter aux mei.rtriers de Jésus-Christ : Vous avez crucifié le Seigneur de gloire! Il lance citte parole courageuse comme un dard acéré dans les cœurs. Il atteint ainsi ses auditeurs au point vulnérable. Il transperce leur conscience, et c'est à la suite de cette accusation terrible que les conversions se multiplient. Ainsi, l'apologie de la primitive Eglise

' Actes II, 17, 20. - » Actes II, 25,34. - » Actes IIl, 18; IV, 11, 12.

37i DOCTRINE DE LÉGLISE PRIMITIVE.

uest pas seulement défensive; elle sait prendre l'offensive et porter l'attaque dans le cœur de ses adversaires avec l'autorité de la vérité et l'ardeur de la charité ! Les apôtres comprirent, dit Calvin, que l'Evangile est aussi jeu et glaive.

Quant à l'enseignement doctrinal des apôtres à cette période, il faut éviter également d'augmenter ou de diminuer la part d'idées nouvelles qui était à la base de leurs croyances. S'il est certain pour nous qu'ils proclamaient la vérité chrétienne dans tout ce qu'elle a d'essentiel, il ne l'est pas moins qu'ils l'enveloppaient encore de formes juives.

Toutefois, rien ne serait plus injuste que de confondre l'Eglise primitive avec telle ou telle secte judaïque. Elle se rattachait surtout au côté prophétique de l'Ancien Testament, c'est-à-dire aux éléments qui lui étaient le plus harmoniques dans le livre sacré. Nulle transition n'a été plus admirablement ménagée que celle de l'ancienne alliance à la nouvelle, par la raison bien simple que la seconde plongeait dans la première par toutes ses racines, A l'époque qui suivit immédiatement la Pentecôte, l'Eglise primitive ne fut pas appelée à rompre le lien qui la rattachait au temple. Elle célèbre encore le culte lévitique; l'assiduité des apôtres dans le lieu saint est remarquée, et ils pratiquent scrupuleusement la loi cérémonielle, (jui subsiste intégralement à leurs yeux. S'ils admettent que toutes les nations de la terre doivent être bénies dans la postérité d'Abraham, ils n'ont pas compris qu'en Jésus-Christ toutes les barrières des nationalités s'abaissent, et que les privi-

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