DUALISME PERSAN
mythes s'étaient formés sur une terre de contrastes tranchés. Ils en devaient porter l'empreinte et rappeler ia lutte entre la force bior.faisanteet la force malfaisante et destructrice de la nature.
Tl est très-diflicile de discerner avec exactitude ce qui appartient aux anciens mythes et ce qui appartient en propre à Zoroastre, dont la figure elle-même e-t ornée et obscurcie à la fois par l'auréole mythologique. Il n'est pas moins difficile de retrouver le premier noyau des livres sacrés qui lui sont attribués, sous les additions nombreuses qui ont dû le recouvrir lors de leur réunion sous les Sassanidcs. Toutefois, en laissant de côté tout ce qui porte la trace évidente d'une élaboration métaphysique ou dinfluences étrangères, on parvient dans une certaine mesure, grâce aux travaux de la critique moderne, à reconstruire l'ancienne religion bactrienne et persane'.
On a prétendu, en se fondant sur quelques textes controversés, que le dualisme n'était pas le dogme fondamental de cette religion , mais qu'elle admettait un principe premier, absolument bon, nommé le temps sans bornes. Mais on ne peut concilier cette idée subtile qui appartient à Tàge de la spéculation, avec la conception religieuse si naïve, qui ressort des livres sacrés des Perses, et surtout avec la manière dont ils parlent d'Ormuz; car ils en font l'être par excellence, le créateur, l'ordonnateur bienfaisant du monde.
> A part les livres déjà mentionnés, nous citerons la traduction du Zendavesta par Anquetil Duperron, et surtout le commentaire sur VYacno, d'Eugène Burnouf, chef-d'œuvre de philologie et de haute critique.
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Ornuiz, c'est cucorc le dieu de la lumière, le Baal de la Plicnicie, le Ptali de l'Egypte, mais transfiguré et épuré. Eu cilVt, la lumière ne représente plus simplement la puissance fécondante de la nature, mais aussi tout ce qui est bon, salutaire, et même tout ce qui est bien ; car ridée morale fait une première apparition dans cette mvthologie, quoiqu'elle ne soit pas encore nettement dégagée de la nature. « J'invoque, lisons-nous dans la prière par excellence des Perses, et je célèbre le Créateur, Ahava Mazda (Ormuz, le maître qui donne la science), lumineux, resplendissant, très-grand et trèsbon, très-parfait, très-énergique, très-intelligent et trèsbeau, éminent en pureté, qui possède la bonne science, source de plaisirs, lui qui nous a créés, qui nous a formés, qui nous a nourris, lui le plus accompli des êtres intelligents '. » En face d'Ormuz est Ahriraan ou le méchant génie, représentant les ténèbres et la mort. Semblable à une couleuvre immense, il entoure de ses replis le monde entier et verse son poison dans tous les êtres. « Il a dit : Je gâterai, en les regardant d'un œil mauvais, les troupeaux, le soleil. Je ferai que les pâturages seront sans eaux. L'ancien serpent infernal se mêle à tous les êtres ^. » Ahriman n'a pas produit des êtres mauvais, mais il dépose le germe du mal dans les créatures d'Ormuz. Sous Ormuz, comme sous Ahriman, se rangent une multitude d'esprits qui soutiennent en leur nom la grande lutte entre la lumière et les ténèbres. La plus haute catégorie de ces esprits est celle des Amschas-
' Burnouf, Yacna, p. 1. — » Anquetil, p. 172, 305.
LES AMSGHASPANDS. 46
pands (les vénérables). Ils sont la personnification des plus pures vertus et des meilleurs biens. « J'invoque et je célèbre la bienveillance, la pureté excellente, la vie désirable, celle qui est suinte et soumise, et celle qui produit tout et donne la vie '. » Les six amschaspands unis à Ormuz régnent sur les sept parties du monde ; après eux viennent les esprits militants, qui prennent une part active à la lutte contre Ahriman. Le premier parmi eux est Mithra, élevé, immortel, pur, dieu du soleil, coursier rapide, œil d'Ormuz. « iMithra le victorieux s'asseoit, après le lever de l'aurore, ceint d'une pure lumière, sur la cime des monts ^. » C'est lui qui dissipe les ténèbres et le mensonge, qui donne la patience et la santé. D'autres esprits lumineux, les étoiles, la lune qui renferme la puissance fécondante ou le germe du taureau, surtout Behram ou le porteur de la lumière d'Ormuz, sont proposés a l'adoration. Un héros divin qui lutte contre les esprits de ténèbres, Serosch, le saint combattant et le serviteur d'Ormuz, leur est associé. Du reste, le Persan adore tout ce qui exerce une action bienfaisante et fécondante, et avant tout le feu, le plus rapide des immortels, puis l'eau fertilisante et les arbres verdoyants et élancés. « J'invoque et je célèbre, lisonsnous dans VYactia, la santé, le bien. J'invoque et célèbre, et les paires de bestiaux, et les maisons, et les lieux où se gardent les grains, et les eaux, et les terres, et les arbres, et les grains. J'adore cette terre et ce ciel, et le vent pur, et les astres, la lune, le soleil, Ju-
» Burnouf, Facna, p. 174. — » Vendid., IX, 91.
Ki LKS FEROUEllS.
iniores qui sont sans comiuenceraeut, incréées, cl toutes les créations de l'être saint et céleste. J'invoque, je célèbre les montagnes dépositaires de l'intelligence donnée par Oriniiz, brillantes de pureté, et toutes les montagnes brillantes de pureté, parfaitement brillantes, et la splendeur des rois donnée d'Ormuz, et leur éclat non emprunté. J'invoque ceux qui sont saints et qui sont purs '. L'adoration des hommes purs est donc commandée ; leurs esprits étaient adorés sous le nom de Férouers : « J'invoque, je célèbre les puissants férouers des hommes purs; les férouers des hommes de l'ancienne loi, les férouers des hommes uouyeaux, mes |)arents, le férouer de mon àme -. » Le férouer ou l'esprit de Zoroastre , le maître de sainteté , est naturellement l'objet d'une adoration toute spéciale. Ces citations démontrent que la création entière est considérée comme l'émanation d'Ormuz, et que tout ce qui est \ivant, fécond, lumineux, brillant, depuis le soleil jusqu'au roi, est divin au même titre. Les esprits qui président aux divisions du temps, les Gahandars ou maîtres des six divisions de l'année, les esprits des mois et des jours sont également l'objet du culte. L'année est ainsi tout entière divinisée; elle se subdivise en six périodes correspondant aux six périodes de la création d'Ormuz, et elle se termine par une fête solennelle appelée la Fêle de toutes les âmes, parce qu'on prétend qu'alors les âmes des morts reviennent visiter leur famille, et que par leurs prières
' Burnouf, Yacna, p. 559. — ^ Id., p. 454-571 .
LES i)i;\ AS. n
et leurs expiations elles obtiennent le pardon des coupables.
En opposition à Ormuz et à ses lumineuses légions, Ahiinian rassemble sur les lieux de sépulture la sombre armée des esprits malfaisants ou les Devas. Parmi eux on voit l'esprit de l'hiver, Agis^ le meurtrier, qui cherche à éteindre le feu, le génie du lourd sommeil et de l'oisiveté, et enfin le génie du mensonge. Los animaux sont partagés entre les deux adversaires; Ahriman a réussi à pervertir et à s'approprier un grand nombre de créatures d'Orrauz, entre autres le serpent « qui est plein de mort. >• Les animaux féroces, tous ceux « qui nuisent aux champs, » lui appartiennent également. Au contraire le coq qui annonce l'aurore, le chien ennemi des bêtes fauves, de même que tous les animaux utiles, sont les serviteurs d'Ormuz.
Une pareille religion ne pousse pas à l'ascétisme. Bien au contraire, elle commande de développer richement la vie et de combattre partout la mort. « 0 homme, dit le livre sacré, donne des enfants à la femme qui n'en a pas encore engendré. Mange en homme bien instruit la graisse des animaux '. » Le premier commandement de YAvesta est de labourer les champs, de planter des arbres, et de préparer ainsi la nourriture de l'homme. « Avec les fruits des champs croît la loi d'Ormuz, et avec eux elle s'étend mille et mille fois. La terre est heureuse quand un homme > bâtit sa maison, quand les troupeaux abondent, quand, entouré de sa femme
1 Vendid., 1, 18.
4S LE PAUSISME CONTRAIRE A L'ASCETISME.
et de ses enfants, il fait croître l'herbe et les épis et plante des arbres fruitiers en grand nombre ' . » On sait que le peuple médique et le peuple persan ont puisé dans leur religion un esprit énergique et conquérant. ils ont fondé de grands empires; Cyrus et Darius ont porté au plus haut point la civilisation et la gloire de leur race. Il s'agit en effet, pour le Persan, de vivre el non de mourir, et plus son existence est activo et brillante, mieux aussi il glorifie Ormuz et confond Ahriman, l'éternel envieux de la création. Mais il ne sullit pas de développer tous les éléments de la vie avec richesse, de cultiver la terre et de la couvrir de moissons fertiles, de parer la demeure de l'homme et de répandre un vif éclat sur l'existence humaine, il faut encore célébrer le culte d'Ormuz. Le Persan n'a pas d'idoles, car son dieu lumineux serait profané par ces représentations grossières. Il a rempli tous ses devoirs religieux quand il a entretenu le feu sacré, seule image du dieu très-haut et dieu lui-même, et quand il a fait ses invocations, conformément au rituel qui lui est présenté. La parole sainte joue un rôle considérable dans la religion persane. Elle est le moyen souverain de chasser les mauvais esprits et d'attirer la faveur d'Ormuz, car elle est son émanation : elle aussi est divine. " J'invoque, doit dire l'adorateur du dieu de la lumière, j'invoque la parole excellente, agissante, donnée contre les dovas par l'entremise de Zoroastre, la longue étude, la bonne loi des adorateurs d'Ormuz -. »
> Vendid., III, 85, 86; III, 1, 20. - 2 Yacna, p. 314.