SAUL DE TARSE TÉMOIN DE CE MARTYRE
l'un de ces aiguillons auxquels il ne put longtemps résister. Le souvenir de ce jour ne s'effaça plus de sa mémoire. Le redoublement de ses fureurs révèle le trouble de son âme. Nous nous en convaincrons plus tard quand nous retracerons l'histoire de sa conversion. « Si Etienne n'avait pas prié, dit admirablement saint Augustin, l'Eglise n'eût pas eu saint Paul '. »
La persécution dont Saul de Tarse fut l'instigateur est un indice du revirement opéré dans les dispositions des pharisiens à l'égard de l'Eglise. Cette secte, d'abord favorablement disposée, s'était effacée dans la première persécution; aujourd'hui elle prend l'initiative des mesures violentes, et elle surpasse bientôt en cruauté les sadducéeus. Eu effet, les partis religieux qui mettent leurs crimes sur le compte de Dieu et prétendent venger la cause du ciel sont les plus dangereux de tous, parce qu'ils ne se croient tenus à aucune modération dans leurs emportements. Le premier résultat de cette seconde persécution fut la dispersion des chrétiens. Ils devaient recevoir plus d'un enseignement de cet exil. De salutaires expériences allaient confirmer la prédication d'Etienne, et les succès remportés par l'Eglise sur une terre étrangère devaient l'élever au-dessus de l'étroitesse judaïque.
* « Si Stephanus non orasset, Ecclesia Panlum non haboret. » (S. August.j Sermo XCIV.)
392 PHILIPPE A SAMAtllE.
§ IL — La dispersion des chrétiens^ L'Evangile dans la Samarie. Sitnon le Magicien. Philippe et l'eunuque.
La persécution, en dispersant les chrétiens, étendit à la fois le champ de leur activité missionnaire et la sphère de leurs idées. Ils allaient rencontrer pour la première fois le paganisme, ce paganisme éclectique d'alors qui unissait dans ses vagues croyances l'Orient à l'Occident. Ce nouvel adversaire les attendait dans une ville de la Samarie, où quelques-uns d'entre eux avaient porté leurs pas. Ce n'est pas que la Samarie fût positivement un pays païen. Ses habitants étaient issus de cette population mêlée, formée des débris des dix tribus et d'une colonie d'étrangers transplantés par l'ordre de Salmanasar *. Quand les Juifs revinrent de Babylone, les Samaritains essayèrent de prendre part à la reconstruction du temple -. Ils furent repoussés avec indignation. Ils se décidèrent alors à élever un temple à Jéhovah sur la montagne de Garizim ^ . Les Samaritains subirent, comme les Juifs, le contre-coup des révolutions de l'Asie Mineure. Leur temple fut détruit par Jean Hyrcan '', mais la montagne de Garizim n'en demeura pas moins un lieu saint pour eux ^. Ils tombèrent en définitive sous la domination romaine, et passèrent par les mêmes fluctuations politiques que leurs voisins. Plusieurs causes entretenaient la haine entre les deux peuples. D'abord
1 2 Rois XVII, 24. Josèphe^ Antiq., liv. XI, c. viii, 6. — ^ Esdras IV, 1. — 3 Josèphe, Antiq,, XH, c. t, 1. — * Josèphe, Antiq., XIII, c. ix. — s Josèphe. Antiq., Xlil, c. xiv, 1.