CONSÉQUENCES DE LA MISSION EN SAMARIE
multipliées dont il fut l'objet révèlent l'effroi qu'il inspira '.
La fondation d'une Eglise chrétienne en Samarie eut une très-heureuse iufluenc ■ sur le développement et l'élargissement de la pensée chrétienne. Non-seulement les Juifs éprouvaient pour les Samaritains la plus vive antipathie, mais encore ils avaient élevé entre eux et ces voisins détestés la barrière de prescriptions légales d'une sévérité outrée. Les évangiles nous en donnent des preuves nombreuses. Le nom le plus injurieux que les ennemis de Jésus-Christ pensent pouvoir lui donner est celui de Samaritain ^. La femme de Sichem s'étonne de ce qu'un Juif ose s'entretenir avec elle. Jean dé lare positivement que les Samaritains n'ont aucune communication avec les Juifs ^ Le Talmud porte qu'il est défendu à un Israélite de rompre le pain avec un Samaritain. « Celui qui prend le pain d'un Samaritain est semblable à celui qui mange de la viande de po; c. Aucun Israélite ne doit admettre un Samaritain comme prosélyte ; ce peuple maudit n'aura aucune part à la résurrection des morts \ » Ainsi les apôtres, pour annoncer l'Evangile en Samarie, ont dû fouler aux pieds l'un des préjugés les plus invétérés de leur nation. C'était un grand pas vers l'universalisme chrétien. La prédication
* Dans les Acfa Pauli et Pétri, Simon meurt victime d'un imprudent défi. II avait promis de s'élever au ciel. Saint Pierre, d'un mot, le fit tomber écrasé sous les yeux de Néron [Acta Pauli et Pétri, 33, édit. Tischcndorf). D'après les Philusophoumena, il se fil enfermer dans un tombeau à Rome, en assurant qu'il ressusciterait le troisième jour. « Mais, ajoute Hippolyte, il y est resté jusqu'à présent » {Pliilosoph., p. 176).
« Jean Vlil, 48. — ^ Jean IV, 9. — * Grimm, Die Samariler, lc9, lit .
i02 CONVERSION DE L'EUNUQUE ÉTHIOPIEN.
adressée aux Samaritains devait les conduire par une transition ménagée par le Sauveur lui-même, à porter rEvangile au monde entier. L'Eglise primitive entrait ainsi dans la voie frayée par Etienne, et son martyre portait ses premiers fruits.
Pierre et Jean retournent à Jérusalem, tandis que le diacre Pliilippe est appelé par une nouvelle manifestation de la volonté de Dieu à élargir encore le champ de la mission chrétienne. Ce n'est plus un Samaritain, c'est un païen qu'il instruit dans la vérité. En traversant le désert qui conduit à Gaza, ville des Philistins, il rencontre un étranger qui, tout en voyageant, lisait sur son char une portion des Ecritures; c'était un eunuque éthiopien, un grand dignitaire de la cour de Méroé, le trésorier de la reine ' , Cet homme, païen de naissance ^, avait entrepris un long voyage pour adorer le vrai Dieu dans le temple de Jérusalem. Quel qu'eût été son développement religieux, il n'aurait jamais pu en sa qualité d'eunuque, dépasser le premier degré de l'incorporation au peuple de Dieu \ 11 n'était donc que prosélyte de la porte. Mais son àme, pleine de saintes aspirations, était ouverte d'avance à l'Evangile. Il lisait ce sublime chapitre LUI du prophète Esaïe, où les souffrances du Messie sont peintes en traits si touchants et si vrais. Philippe, en quelques mots d'explication, lève tous ses
1 D'après Plino, Hisl. nat., VI, 35, le nom de Candace était un nom dy- 1 astique.
* Eusèbe, H. E. \\, 1. Le fait qu'il lit les Ecritures ne saurait prouver, c imme le prétend Oishausen, qu'il fût Juif, car il pouvait très-bien \e^ Ire dans la version grecque, si répandue alors.
5 Deuléronome XXIII, 1 .