‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 243 sur 613 · PIERRE ET CORNEILLE · texte numérisé non relu

PIERRE ET CORNEILLE

prit son nom véritable. Il lui fut sans doute donné par la multitude, témoin de ses développements et de ses progrès. Ce nom de Chrétiens montrait que l'on commençait à comprendre que l'Eglise n'était pas simplement une secte juive. Personne à Jérusalem, en voyant les disciples dans le temple, n'avait pensé à chercher pour les désigner une dénomination nouvelle. Ce nom nouveau révélait la grandeur de la révolution qui venait de s'accomplir. Il est important de constater que c'est la première Eglise née au sein du paganisme qui Ta porté. C'est aussi d'Antioche , comme nous le verrons, que Paul partit pour ses voyages missionnaires. Antioche fut en quelque sorte la Jérusalem de la gentilité.

Dans le même temps l'apôtre Pierre fut amené par une merveilleuse dispensation de Dieu à secouer le joug de l'exclusivisme juif. Malgré les succès de sa mission à Samarie, il n'avait pas abjuré ses anciennes idées; il pensait encore que toutes les observations de la loi mosaïque devaient être maintenues. Il était de la plus haute importance que l'apôtre le plus actif et le plus influent pendant cette période fût gagné à l'universalisme chrétien. Dieu l'y amena de la manière la plus admirable, unissant pour lui les clartés d'une révélation à celles de l'expérience personnelle. A cette époque vivait dans la ville de Césarée un centenier romain nommé Corneille, faisant partie de la cohorte italique qui maintenait dans ces contrées l'autorité de Rome. Païen de naissance, mais travaillé de besoins religieux comme un grand nombre de ses contemporains, Corneille, dès son premier contact avec la synagogue,

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avait abandonné le culte des faux dieux et embrassé la religion juive *. Mais il n'y avait pas trouvé l'apaisenient de son cœur. Cette âme droite et pieuse pressentait et réclamait une satisfaction plus complète de ses désirs. Il est possible que Corneille eût entendu parler auparavant de la religion nouvelle et de saint Pierre, car l'aDj^^e qui lui apparaît se borne à mentionner le nom de l'apôtre et Corneille le comprend sans autre explication. Cette rumeur vague du christianisme qui était -parvenue jusqu'à lui avait peut-être rendu ses prières plus ferventes. Quoi qu'il en soit, comme il était en prière, il eut une vision soudaine. Un ange de Bien lui annonça que ses prières étaient exaucées, et qu'il n'avait qu'à mander auprès de lui l'apôtre Pierre -. Au même moment Pierre, dans la ville de Joppe, était honoré d'une révélation qui devait le disposer à répondre favorablement au désir de Corneille.

Cette révélation semble, au premier abord, se rapporter uniquement à la distinction des aniaiaux purs et impurs ^. Mais tout, dans les institutions judaïques, était étroitement lié. La distinction entre les animaux reposait sur le même principe que celle entre les jours, entre les lieux et entre les hoi.mcs. Tant que la rédemi)tion n'avait pas été accomplie, la tache originelle infectait toute chose dans un monde maudit. Ce n'était que par exception que certains hommes, certains jours, certains fruits de la terre, certains animaux, échappaient en quelque mesure à Tuniverselle souillure.

' Actes X, 1. — "* Actes X, 3-8.-3 Actes X, 10-17.

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Le |iOiiple juif était lu seule fraction de rimmanité qui ne fût pas profane ; la distinction entre les animaux purs et impurs symbolisait donc une distinction plus importante : celle entre les hommes. Quand Pierre dit : « Je n'ai jamais mangé rien d'impur et de souillé, » il parle en Juif; il se place au point de vue des distinctions légales entre les hommes et les choses. La réponse qui lui est faite le place au point de vue de la nouvelle alliance. Dieu, en effet, par le sang de la rédemption, a purifié tout ce qui était souillé. La distinction entre un peuple saint et une humanité profane est abrogée comme celle entre les animaux purs et impurs, et ainsi Pierre a le droit et le devoir d'aller prêcher l'Evangile au paï. n Corneille.

On sait quel fut le succès de cette prédication. Le miracle de la Pentecôte se renouvela ; our ces prémices du paganisme, et Pierre s'écria : « Quelqu'un pourrait-il empêcher qu'on ne baptise ceux qui ont reçu le Saint- Esprit aussi bien que nous ' ? » Cette parole proclamait hardiment l'universalisme chrétien. La mort d'Etienne portait ses fruits, et la carrière s'ouvrait aussi vaste que le monde aux missions apostoliques. Paul n'avait plus qu'à s'} élancer! Ainsi l'Eglise avançait pas à pas dans son chemin lumineux sous l'impulsion de l'Esprit et grâce aux leçons de l'expérience. La révélation descendait du Ciel et semblait en même temps surgir des cœurs; tant il est vrai que lEsprit de Dieu, toujours certain d'arri\cr à ses fins sans procédés magiques, ne

> Actes X, 47.

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