DISCUSSION ENTRE EUX ET PIERRE
ration absolue avec les étrangers. » Pierre répondit à l'accusation par le récit de la conversion de Coroeille et des révélations qui l'avaient précédée, employant pour ses frères la même démonstration effective dont Dieu s'était servi pour le convaincre, et qui est la logique souveraine de Celui dont la parole se traduit en faits éclatants et en irrécusables miracles. Il n'y avait rien à répondre à une telle argumentation, vivement résumée par ces mots : « Puis donc que Dieu a donné aux. païens le même don qu'à nous, qui avons cru au Seigneur Jésus-Christ, qu'étais-je, moi, pour m'opposer a Dieu*?" Les chrétiens de Jérusalem furent conNaincus. Il ne faut pas croire cependant que la question fut définitivement tranchée et tout dissentiment rendu impossible. jN'oublions jamais la mobilité de la nature humaine, ses défaillances et ses contradictions. Une première impression s'efface rapidement; elle est remplacée promptement par d'autres. Le récit sacré, en gardant la trace de ces fluctuations d'opinion au sein de l'Eglise primitive, nous fournit une preuve nouvelle de sa fidélité historique. Remarquons eu outre qu'admettre les païens dans l'Eglise n'était pas encore reconnaître l'abrogation complète des distinctions de nationalité devant la loi nouvelle. Il s'agissait de savoir si la circoncision serait ou non obligatoire pour tous les nouveaux convertis. Là était le nœud de la question. Elle ne devait être résolue que plus tard; il fallait pour cela le tranchant acéré de la dialectique de Paul, les
» Actes XI, 17.
i!2 CREATION DE LA CHARGE DES ANCIENS.
discussions approfondies du concile de Jérusalem et rardeiite polémique de la période suivante.
Le mécani.-me si simple de l'organisation de l'Eglise primitive venait de se compléter à Jérusalem. Une charge nouvelle avait été créée, celle des anciens*. Il est pour nous d'une haute importance de déterminer exactement son origine et ses attributions; c'est le seul moven de juger équitablement les prétentions des divers systèmes ecclésiastiques. La charge d'ancien n'était pas sans précédents. Nous la retrouvons dans ces nombreuses synagogues où les Juifs, éloignés du temple de Jérusalem, se réunissaient le jour du sabi'at pour lire les saintes Ecritures. Nous avons retracé la constitution simple et démocratique des synagogues. Chacune d'elle était régie par une sorte de sénat ou de conseil qui rappelait les juges établis dans chaque ville lors de la conquête de la terre promise ". Les attributions de ce conseil étaient nettement définies. Il réglait souverainement tout ce qui se rapportait au culte, sans se restreindre aux mesures administratives. La lecture et l'explication des livres saints appartenaient de droit à ses membres. Ceux-ci s'appelaient Zakanim ou anciens. Cette appellation , d'après des textes positifs, ne désignait pas tant un âge avancé que la maturité de la sagesse et le mérite intellectuel ^ Le conseil de la synagogue avait un président nommé chef de la synagogue, ou maître et docteur; son
« Actes XI, 30.
' Deuléronorne XVI, 18.
' «Nullus est senex ri'si qui sibi acqu'sivit sapieutiam. » Vitrinja, De Synag.j III, c. i,p. 616.