‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 25 sur 613 · CARACTÈRE LAÏQUE DU PARSISME · texte numérisé non relu

CARACTÈRE LAÏQUE DU PARSISME

le même rang que le contact involontaire avec uu cadavre; la présomplion se guérit comme la fièvre. La lumière n'est pas simplement un symbole de la sainteté 5 elle fait partie de celle-ci au même titre que la chasteté et la droiture ; l'obscurité de la nuit et le froid de l'hiver sont des manifestations du mal, tout autant que l'impudicité ou le vol. La loi religieuse des Persans est un mélange de prescriptions matérielles et d'ordonnances morales; l'ablution du corps se confond avec la sanctification de l'âme, et un beau champ de blé réjouit tout autant Ormuz qu'un cœur purifié. La conscience n'a pas encore conquis sou domaine propre, mais elle s'en rapproche, car du culte de Baal au culte d'Ormuz, la distance est grande et le progrès réel.

Religion indienne * .

A l'ouest de l'Euphrate et du Tigre, au sud du grand plateau asiatique, se dresse vers le ciel la plus haute montagne de l'ancien monde, l'Himalaya. Au delà commence le pays merveilleux qui fascinait l'imagination des Grecs, cette Inde lointaine où l'or abonde, où crois-

1 A part les livres déjà mentionnés, nous indiquerons, comme ouvrages généraux sur l'Inde, Indische Alterthumikunde , von Chr. Lassen. Leipzig, 1843-1857. En particulier le 1" vol., de la page 735 à 792. — Allgemeine Encyclopxdie , von Ersch und Gruber. Zweite Section. H.-N. Indien, Indo-China. Leipzig, 1840. — Le Rig-Véda, traduit par Langlois-— Commentaire sur le Bouddhisme, par Eug. Burnouf. — Lois de Manou. — Fragments de Mahabarata, traduits en français par Th. Pavie. Paris, 1855. — Ramaijana, poëme sanscrit de Valmiki, mis en français par Hippolyte Fauche. 3prem. tom. 1854-1857.

NATURALISME NAÏF DES VÉDAS. ^'i

sent des arbres immenses à l'ombre desquels vivent des animaux gigantesques. L'Himalaya, couronné de neiges éternelles, renferme les sources des plus grands fleuves de l'Asie, qui sont l'Indus et le Gange. C'est dans la contrée baignée par ses eaux, souvent torrentueuses, que s'établirent un certain nombre de petites peuplades parties des plateaux de l'Iran, et appartenant, par conséquent, à la même famille de peuples que les Bactriens, les Mèdes et les Perses. Ils refoulèrent sur les côtes les premiers habitants du pays, reconnaissables encore à leurs longs cheveux et à leurs traits bronzés. Cette migration doit être très-ancienne et s'être effectuée avant Tan 1300 ^ Le Jlig-Véda^ recueil d'hymnes sacrées par lequel s'ouvrent les Yédas, contient une brillante peinture de l'état social et religieux de ces tribus aryennes pendant la période qui précéda leur invasion dans les plaines fertiles qu'arrose le Gange -. On reconnaît dans ces chants les croyances qui sont à la base de la religion de Zoroastrc. Le dieu de la lumière est adoré sous le nom d'Indra. C'est lui « qui fait jaillir l'éclair et qui « lance la lumière, » et, comme 3Iithra, il a pour symbole le taureau puissant. « Il porte la foudre victorieuse; « il est pour nous comme un père pour son enfant. 0 dieu « tonnant, que ton bras nous donne le bonheur M » Des divinités malfaisantes luttent contre Indra : ce sont les nuages qui assombrissent le ciel et qui marchent sous

1 Duuker, t. II, p. 17.

* Rig-Véda, sect. VII, lect. I, hymne 4. (Nous citons d'après la traduction de M. Langlois). — Voir aussi Lassen, t. I, p. 753-766. ■>■ Riq-Véda, VU, 7, I0-I8.

la conduite de Vritra (celui qui obscurcit). Les vents rapides qui chassent les nues sont les auxiliaires d'Indra. Les deuv premiers rayons du matin étaient adorés sous le nom d' Ai-vins, frères jumeaux qui traversent le ciel sur un cliar rapide et répandent partout sur leur passage la fécondité et la vie. Les Aryens de llnde, comme ceux de l'Iran, adorent tout ce qui tend à accroître, à animer et embellir la vie. On sent respirer dans leurs hymnes un panthéisme naïf et joyeux. Le feu, l'eau, la terre, le ciel, l'aurore, les plantes, les fleuves, les libations saintes, tout est divinisé et célébré dans une poésie à la fois monotone et éclatante, mais singidièrement expressive et pleine de fraîcheur. Le feu est adoré sous le nom d'Agni « cet être ailé qui brille sur le foyer. Les « prières caressent ce nourrisson qui frémit, cet oiseau « doré qui repose sur la terre. Le jeune Agni, dans les « divers foyers où il est né, s'élève sur le bois, au sein « des libations éternelles. C'est un souverain qui a « la fumée pour étendard; ses flammes éblouissantes « s'élargissent; elles éclatent avec un bruit sonore, " et, de ses traits aigus, allongés, rayonnants, qui « semblent se jouer avec puissance, il va toucher le « ciel \ »

L'eau n'est pas glorifiée avec moins d'enthousiasme; mais c'est surtout le breuvage des libations, le Sôma, symbole de l'élément liquide, qui est célébré sur tous les tons. « 0 Sùma pur et chéri, c'est à toi que nous •< devons notre opulente renommée. Les prières et

1 Rig-Véda, VII, 7, 15-18.

LES AUYENS AU BOlU) DU (iANGK. 55

« i'IiA unie ct'lcbreiit cel uiiii (jui circule dans nos coupes " et (jui tient sa place à nos l'êtes, cet immortel (lui, pour «< mériter nos louanges, nous donne sa douce rosée. 11 » suit mille et mille voies; il tombe dans les coupes, il « eu sort. 11 fait entendre sa \oix et brille au milieu des « fécondes aurores '. LMiymnc et le chant sont les roues « du char sacré des sacrifices-. » Cette poésie éclatante ne parvient pas à dissimuler tout ce (piont d'élémentaire et même de grossier les idées des premiers Indiens sur leurs dieux. Ces divinités appartiennent complètement au domaine de la nature; les offrandes sont destinées à réparer leurs forces, et les libations à les désaltérer. Les prêtres qui préparent ces breu\ âges tiennent les dieux dans leur dépendance et agissent magiquement sur eux. IXéanmoins, déjà dans cette période, on discerne chez les Ary-ens de l'Indusd'éminentes facultés poétiques, et en particulier le don de traduire en symboles leurs impressions naïves. Une transformation profonde allait bientôt s'opérer dans les idées religieuses et la vie sociale des Aryens.

Race conquérante et militante au bord de llndus, ils devinrent une race pacifique et sacerdotale au bord du Gange. Ils avaient échangé la vie nomade qu'ils avaient menée sur les pentes de l'Himalaya contre un établissement paisible au milieu dune magnifique contrée, où la végétation avait un luxe inouï de croissance et de couleur, où la nature révélait sa puissance dans de grands spectacles accablants pour la faiblesse humaine.

« Rig-Védn, Vil, 2, 4. - « [iùj-Véda, VIII, 6, 9.

r>6 TRANSFORMATION RELIGIEUSE.

Ils n'étaient plus seulement en présence de la joyeuse lumière du malin, du soleil brillant sur la montagne, ou de la nuée rapide qui obscurcit le ciel. L'unité de la nature se révélait à eux dans sa majesté, et ils se croyaient dans son temple, quand ils entraient dans ces forêts immenses où les arbres se rejoignent par le sommet, et, entrelaçant les lierres qui les enveloppent, forment un dôme épais et comme une obscurité sacrée. Déjà sous sa première forme, leur religion avait porté l'empreinte du panthéisme, mais d'un panthéisme naïf et vague comme l'enfance; ils avaient divinisé tout ce qu'ils admiraient ou redoutaient, mais ces personnifications avaient toujours eu quelque chose de flottant et d'indécis. Elles n'étaient que de transparents symboles pour peindre les divers aspects des contrées qu'ils traversaient. Aussi longtemps qu'à leurs yeux la diversité l'emporta sur l'unité dans la nature, leur mythologie fut un polythéisme guerrier, une lutte constante entre des divinités rivales; mais du moment où l'unité l'emporta sur la diversité, ils furent conduits à diviniser non plus les forces contraires de la nature, mais la nature elle-même prise dans son ensemble. Indra, le dieu de la lumière, ne put garder le rang suprême; la lumière n'est, en effet, que l'un des aspects de cette vie naturelle dont on voulait symboliser la totalité. Aussi fut-il peu à peu relégué au second rang. Il fut détrôné par un dieu qui, jusqu'alors, avait occupé une place très-secondaire, mais qui avait l'avantage d'avoir un caractère éminemment sacerdotal. Brahma ou Brahmanaspaii, dont le nom signifie le seigneur de la prière, devait grandir en même temps

BRAHMAN'ISME. 57

que la caste des prêtres, dont il était le protecteur naturel '. Les prêtres, pendant les jours de la conquête, avaient obtenu une grande influence, car le succès des armes était attribué à la célébration exacte des cérémonies sacrées. Agissant directement sur les dieux par les libations et les sacrifices, ils jouaient, dans la guerre, un rôle non moins important que les guerriers, et, après la conquête, ils devaient nécessairement l'emporter sur eux. Aussi, quand la révolution religieuse qui conduisait les Indiens au panthéisme le plus conséquent fut opérée, le nom du dieu vainqueur fut celui du dieu sacerdotal ou de Hrahma"-. Indra, le dieu guerrier, lui fut subordonné, ainsi que tous les autres dieux, qui, n'étant que des manifestations particulières de la nature, étaient bien inférieurs à la divinité qui la remplissait tout entière. Mais les prêtres ne se contentèrent pas de ce triomphe. Doués au plus h&ut degré du génie spéculatif, ils élaborèrent un système subtil et compliqué par lequel ils essayaient d'expliquer l'origine du monde. Ils arrivèrent ainsi aux idées les plus opposées à la religion de leur berceau. Tandis que, d'après le Jiig-Véda, la nature renferme un élément bon, l'élément de la vie, de la lumière, que l'homme doit faire prédominer sur l'élément mauvais, qui est l'élément de la mort et des ténèbres, la nature fut frappée tout entière d'interdit par les prêtres indiens. En effet, d'après eux, elle est sortie de Brahma par voie d'émanation; Brahma en est l'âme, le génie caché, la source profonde épanchant incessamment le flot de la

• Lasserij t. I, p. 766. — 2 Dunker. t. I, p. 65.

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