‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 252 sur 613 · ROLE DE JACQUES, FRÈRE DU SEIGNEUR · texte numérisé non relu

ROLE DE JACQUES, FRÈRE DU SEIGNEUR

Jacques, sa piété, la forme même qu'elle avait revêtue, tout contribuait à grandir son influence à Jérusalem. Profondément attaché à la religion de ses pères, il n'avait pas vu sans effroi les premières luttes entre Jésus- Christ et les représentants de l'ancien culte. Il n'avait été éclairé que par degrés; la résurrection du Sauveur paraît avoir triomphé de ses dernières résistances; mais ces résistances ne tenaient pas à l'orgueil ou à la révolte, c'étaient les scrupules d'une piété vive mais non éclairée, qui s'épouvantait de tout changement apporté dans l'ordre établi de Dieu. Le témoignage d'un ancien historien de l'Eglise sur Jacques nous fera comprendre son rôle. « Jacques, frère du Seigneur, lisons-nous dans Eusèbe citant Hégésippe, surnommé partout le Juste, partagea avec les apôtres la direction de l'Eglise \ 11 était saint depuis le ventre de sa mère. 11 ne buvait ni vin ni cervoise et s'abstenait de toute viande... Seul il pouvait entrer dans le sanctuaire^. Ses vêtements n'étaient que de lin. Il avait la coutume d'entrer dans le temple seul. On l'y trouvait prosterné et demandant grâce pour les péchés du peuple. Ses genoux étaient usés comme ceux d'un chameau, à force de se plier devant Dieu pour intercéder en faveur du peuple. L'excellence de sa justice l'avait fait surnommer le Juste, ÏOblias^, ce qui signifie le rempart du peuple et sa justice. >> Ceux qui prétendent que le christianisme, à ses origines, ne se distinguait pas

1 Aiaoéx-'^^' '^'V' £y.*>^^^''ltJÎav. Eusèbe, Hist. Eccl.,l\, 23.

2 Tc'JTW iJ.5va) £^f,v s?; xà ayia zb'.ivxi. M.

3 A'.à xr,v u7:spêoAr,v rr^; oty.a'.o:;jvr,ç aù-roj èxaXeîto Aixaioç xal 'Û6Àia;. Eusèbe, Hist. eccL, II, 23.

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du judaïsme, tirent un grand parti de ce passage ^ Ils oublient qu'Hégésippe déroule sous nos yeux toute la vie de Jacques, depuis son enfance jusqu'à sa mort. Consacré au Nazaréat dès ses jeunes années, il en suivit la pratique avec un soin scrupuleux. Mais rien dans le récit d'Hégésippe n'empêche d'admettre qu'il ait usé d'une liberté plus grande depuis sa conversion, quoiqu'il ait continué à pratiquer les observances légales avec toute l'Eglise d'origine hébraïque. Sa conduite au concile de Jérusalem et son épître prouvent surabondamment que chez lui le chrétien ne fut pas en tout point semblable au nazaréen. Il est certain néanmoins qu'il resta attaché de cœur au judaïsme, et que la religion nouvelle fut avant tout, à ses yeux, un accomplissement de la prophétie. Son patriotisme était en opposition directe avec le pharisaïsme orgueilleux de son temps, car il se révélait surtout par ses ardentes prières pour Jérusalem et ses larmes sur les péchés de son peuple. Nul n'était plus ennemi que lui du faux judaïsme. C'était un véritable enfant d'Abraham, un de ceux qui soupiraient après le divin Isaac. Nul n'a prêché la repeutance avec plus de force que lui. Jacques était en quelque sorte le Jean-Baptiste de l'âge apostolique, un nouveau précurseur qui frayait les voies à la loi de liberté. C'était un Juif selon le cœur de Dieu, acceptant avec bonheur la réalisation de ses promesses et ménageant ainsi la transition entre le judaïsme et le christianisme. Il nous présente, en effet, le type le plus pur du juste Israélite; il

* Schwegler, Nachapost. Zeitalt., I, 137.

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