‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 267 sur 613 · SAUL A ANTIOCHE · texte numérisé non relu

SAUL A ANTIOCHE

d'annoncer l'Evangile à Jérusalem; il brûlait, comme à Damas, de confesser le divin Crucifié dans les lieux mêmes où il lavait outragé et persécuté. 11 s'adressa à ces mêmes hellénistes avec lesquels Etienne avait lutté, repreuant ainsi au point où il l'avait laissée l'œuvre de celui dont il avait demandé la mort avec rage. Contraste admirable, bien propre à apprendre à l'Eglise la fécondité du martyre, et a relever à ses yeux la puissance de la grâce, qui du meurtrier d'Etienne avait fait son successeur ! Saul rencontra la même inimitié qu'il avait soulevée autrefois contre son courageux devancier, et il dut fuir encore pour échapper à une mort prématurée. Il se rendit à Césarée, puis dans sa ville natale, où Barnabas vint le chercher pour le conduire à Antioche, au sein de la première Eglise recrutée parmi les païens. Saul s'y trouva dans le milieu le plus favorable à son développement; il y prêcha l'Evangile avec zèle pendant une année et contribua à ce beau mouvement que nous avons dépeint, si important pour l'Eglise, puisque, pour la première fois, celle-ci se distingua par son nom du judaïsme. Saul fit encore un rapide voyage à Jérusalem pour y porteries offrandes que l'Eglise d'Antioche y envoyait en perspective de la famine annoncée par Agabus, et qui éclata sous Claude. Au retour de ce voyage Saul et Rarnabas reçurent de l'Eglise d'Antioche, par suite d'une révélation directe du Saint-Esprit, avec l'imposition des mains, la mission de porter l'Evangile aux païens. C'est de ce moment que date à vrai dire l'apostolat de saint Paul. 11 importe, avant daller plus loin, d'en saisir exactement le caractère.

On sait combien Paul a fréquemment insisté sur sa qualité d'apôtre, et avec quelle force il a repoussé toute infériorité vis-à-vis de ses collègues dans l'apostolat. « Ke suis-je pas apôtre? dit-il dans sa première lettre aux Corinthiens* ; » ajoutant dans la seconde : « J'estime que je n'ai été en rien inférieur aux autres apôtres ^. » D'un autre côté, nous savons que cette égalité était contestée à Paul par ses adversaires du parti judaïsant. Ou peut déjà conclure de cette opposition que son apostolat n'était pas tout à fait de la même nature que l'apostolat primitif. Cherchons par quel côté il lui ressemblait, et par quel côté il le dépassait.

Nous avons vu que l'apostolat était, non pas un sacerdoce nouveau, mais la représentation idéale de l'Eglise. L'apôtre était le chrétien d'oflSce de la primitive Eglise, appelé à élever la vocation chrétienne à sa plus haute puissance ; il était par là même le témoin de Jésus-Christ par excellence ; car la mission spéciale de cette première génération de chrétiens était de conserver au monde le souvenir vivant du Rédempteur. Saint Paul, à cet égard, ne fait pas exception ; il est, comme les douze, l'un des témoins accrédités du grand fait du salut; seulement la manière dont il est accrédité a un caractère particulier. Tandis que la condition essentielle pour prendre rang parmi les douze premiers apôtres était « d'avoir été avec Jésus-Christ depuis sou baptême jusqu'à sa résurrection % >• Paul ne peut invoquer aucune relation extérieure avec le Sauveur pendant les jours de

» 1 Cor. IX, 1. - 2 2 Cor. X, 5. Comp. Rom. XV, 15, 16. Gai. 1 et U. 3 Actes I, 21, 22.

sa cliair; il n'a pas vu le Christ historique, si Ton peut ainsi parler, il n'a vu que le Christ glorifié, le Christ éternel. Cette vue n'a pas été une simple vision; elle a été miraculeuse, positive : elle confère à saint Paul une autorité égale à celle des douze apôtres. Mais il n'en est pas moins vrai qu'il représente plus directement par là les nombreuses générations de chrétiens qui n'ont pas entretenu des rapports extérieurs avec le Sauveur au temps de son incarnation. En outre, il ne se rattache en rien à ce nombre symbolique de douze, qui rappelait lancien Israël. Il est l'apôtre de l'Eglise, en tant qu'elle déborde le cadre du judaïsme, l'apôtre de l'humanité bien plus que celui d'un peuple. Enfin, il n'a point reçu sîi charge par transmission; c'est Ananias, un simple fidèle, qui lui a imposé les mains. Son apostolat lui a été conféré par une révélation directe; il ne se rapporte à aucune institution positive, mais il se démontre par ses glorieux résultats. Paul représente essentiellement le côté réformateur dans l'Eglise. Il inaugure l'apostolat « de la démonstration d'esprit et de puissance, » celui duquel procèdent en définitive la plupart des charges, celui qui, quand il' le faut, brise les cadres ecclésiastiques imparfaits, et qui ne procédant pas des institutions ne leur est point asservi. N'oublions pas que saint Paul, tout en étant le représentant de l'Eglise dans son libre développement , puisait une autorité spéciale dans la mission directe que Dieu lui avait conférée par révélation ',

' M. SchL'rer, dans un article sur l'apostolat en général et sur celui de

11 reste une question préliminaire à élucider. Paul déclare, dans son épître aux Galates, que TEvangile qu'il annonce ne vient d'aucun homme : « Je ne l'ai reçu ni appris d'aucun homme, dit-il, mais je l'ai reçu par la révélation de Jésus-Christ'.» Devons-nous conclure de ces paroles que Paul a reçu par révélation directe toute la divine histoire du salut? Nous ne le pensons pas. Jamais Dieu ne fait de miracles inutiles. Il ne communique pas magiquement ce qui peut être acquis par les voies naturelles. Rien ne nous empêche d'admettre que saint Paul ait obtenu la connaissance du fond de l'Evangile par ses entretiens avec Ananias et les autres disciples de Damas. Il est probable aussi qu'il aura puisé par lui-même aux sources les plus riches. Peut-être a-t-il eu entre les mains l'une de ces relations écrites dont parle saint Luc, et qui circulèrent de bonne heure dans les Eglises. Quand Paul parle de son Evangile, il désigne par là sa manière de présenter la vérité, et surtout ses vues profondes sur l'ancienne et la nouvelle alliance, sur la loi et la justification par la foi. Il ne reçut d'aucun homme ces grandes vérités : le Saint-Esprit les lui donna. Nous voyons en effet que la révélation qu'il reçut dans le temple de Jérusalem portait précisément sur sa mission au milieu des païens ^; elle impliquait par

saint Paul {Revue de théologie, t. III, 6« livraison), attribue à une fausse idée de l'Apôtre sur l'apostolat en général tout ce qu'il dit en faveur de son autorité. Il nous semble qu'il eût pu facilement éviter C'tte extrémité en admettant cet élargissement de l'apostolat primitif, qui devait conduire à la vraie succession apostolique qui appartient à l'Eglise chrétienne prise dans son ensemble.

1 Gai. I, 11, 13. — 2 Actes XXII, 21.

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