TROUBLES DANS L'ÉGLISE D'ANTIOCHE
sionnaire. Plusieurs d'entre eux se rendirent à Antioche * pour épier la conduite de leur adversaire, combattre ses vues et saisir sur le fait, en quelque sorte, la pratique libérale qui s'était introduite dans les Eglises formées sons son influence. Ils s'attaquèrent à la fois à la personne et aux principes de l'Apôtre, contestant son autorité et défendant à outrance la permanence de la circoncision *. Il était impossible, à Paul et à ses partisans , de ne pas résister énergiquement à de telles prétentions, et probablement, d'après ses conseils, l'Eglise d'Antioche décida de porter la question devant l'Eglise de Jérusalem. N'oublions pas cette circonstance; elle est importante, car elle prouve que l'Eglise de Jérusalem était complètement en dehors delà discussion, que ceux qui l'avaient soulevée n'avaient aucun droit de parler en son nom, et qu'au contraire les chrétiens d'Antioche avaient toute confiance en elle. Saint Paul lui-même distingue entre la conférence intime et la conférence publique. « J'exposais, dit-il aux fidèles ^, et en particulier à ceux qui sont les plus considérés*, l'Evangile que je prêche parmi les Gentils. » Ce moment était solennel pour l'Apôtre ; c'était une crise décisive de laquelle son autorité devait ressortir ou gravement compromise ou sanctionnée devant l'Eglise. Il s'agissait pour lui, comme il le dit lui-même, de savoir s'il avait couru en vain^; en d'au-
1 Actes XV, 1. Gai. II, 4. — « Actes XV, 1.
3 Ceci concerne la conférence publique.
^ KaT' io(av. Gai. II, 2. Ce trait se rapporte à la conférenoe privée.
» Gai. II, 2.
LA CONFÉRENCE PARTICULIÈRE. 4tj1
très termes, si ou reconnaîtrait ou non son apostolat. Paul posa la question dans des termes qui n'admettaient pas l'équivoque; il avait amené avec lui un jeune Grec converti, nommé Tite, qui n'avait point été circoncis. En le conduisant à Jérusalem, il rompait ouvertement avec le parti judaïsant; il affirmait son droit et s'emparait de la liberté qui lui était contestée.
11 nous est facile de nous représenter quels furent les points débattus dans les conférences particulières. La polémique ultérieure de saint Paul nous fournit deprécieux renseignements à cet égard, car ses adversaires lui lancèrent toujours les mêmes accusations. La grande objection contre son apostolat était tirée de la différence qui existait entre lui et les apôtres primitifs. Il n'avait pas, comme eux, vécu avec Jésus Christ, car il était encore un violent persécuteur de l'Eglise quand ses devanciers la gouvernaient avec autorité. Paul répondait à cette objection en déclarant que « Dieu n'a point acception de personnes \ » et qu'on n'a pas à rechercher ce qu'ont été autrefois ses instruments.
A ceux qui exigeaient que Paul etit reçu son apostolat par voie de transmission directe des mains des douze apôtres primitifs, il répondait avec autant de franchise que de force : « Ils ne m'ont rien communiqué -. » Il n'a donc demandé aucune autorisation à ses devanciers pour marcher dans sa voie. Bientôt la question s'élargit; de personnelle, elle devient générale. Paul l'élève à la hauteur des grands principes qui inspiraient
1 GaL IF, 6.
î Ojoev TrpoTavéôsv-o, Gai. IIj 6.