DÉCISIONS DE LA CONFERENCE
judaïsme à sa plus faible puissance; on en réclamait l'obser^vation de la part des prosélytes de la porte. On comprend donc que Jacques y ait trouvé le moyen terme, qui devait éviter toute rupture.
On a prétendu que Jacques ne faisait aucune concession réelle par cette proposition, et qu'en réalité, il ménageait le triomphe du parti judaïsant. 3Iais n'était-ce donc rien que d'assimiler les chrétiens sortis du paganisme, et qui n'avaient rempli que les conditions exigées des prosélytes de la porte, aux prosélytes de la justice et aux Juifs de naissance? N'était-ce rien que de consentir à admettre des incirconcis dans l'Eglise? Qu'on se rappelle l'origine du débat, qui portait précisément sur la question de la circoncision, et l'on reconnaîtra que la solution proposée par Jacques donnait pleinement gain de cause à Paul et à Barnabas, tout en accordant une satisfaction légitime aux chrétiens juifs. La conférence se rangea tout entière du côté de Jacques, et on décida l'envoi de délégués à Antioche, munis d'une lettre circulaire renfermant la décision prise en commun à Jérusalem. Cette lettre est un modèle de largeur chrétienne. Elle n'est point accompagnée d'anathèmes; elle n'a pas même le ton du commandement : ce n'est point la promulgation d'un décret. Après avoir exposé l'origine des contestations, elle se borne à mander aux Eglises qu'elles feront bien de se conformer aux résolutions prises à Jérusalem '. La lettre reconnaît que tous les assistants du concile ont participé à l'inspiration divine-.
^ Actes XV, -29.
» Il a scmbl.:- bon hu Saint-Esprit et « nous.
470 LA r.ONFERENCE SAHKETE A UN COMPhOMlS.
Or, c'est à la suite d'uuc délibération prolongée que l'assemblée est arrivée au résultat qu'elle attribue au Saint-Esprit. Les premiers chrétiens ne se trompaient pas ; ils avaient senti cet esprit au milieu d'eux. La manière calme et fraternelle dont ils avaient pu délibérer avait révélé sa présence, et comme ils avaient cherché loyalement la lumière, elle avait jailli de leurs discussions aussi pure et aussi éclatante que si elle était descendue du ciel par une révélation directe. Rien ne ressemble donc moins aux canons d'un concile du quatrième siècle que les arrêtés du concile de Jérusalem. Pris dans la liberté, ils s'adressent à la liberté chrétienne. On se tromperait gravement, si l'on s'imaginait que la question du rapport des deux alliances eût été définitivement tranchée dans ces conférences. L'obligation d'observer la loi était encore imposée aux chrétiens d'origine juive. Les concessions faites aux païens convertis ne devaient pas suffire longtemps. Aussi l'opinion qui attribue une valeur permanente au décret de Jérusalem, ne peut se soutenir un moment. Ce décret était un compromis momentané dans l'intérêt de la paix de l'Eglise '. Plus tard, saint Paul n'a aucun scrupule de discuter librement l'un des points discutés, celui qui concerne les viandes sacrifiées aux idoles. Il déclare, dans sa première lettre aux Corinthiens, que la liberté évangélique bien comprise bannit les craintes d'une conscience timorée, et que le chrétien a le droit de manger de tout ce qui lui est présenté*. Il reconnaît cependaul
' Baurngarlen, t. TI, p. 141. Lange, t. H. p. 184. Néander^ t. 1, p. 206. 5 1 Cor. X, 27.