DEGRÉS DE LA VIE DD BRAHMANE
Mais c'est dans les quatre livres concernant les brahmanes que le vrai caractère du brahmanisme nous est révélé. Le brahmane doit passer par quatre degrés. 11 doit être tour à tour novice, père de famille, anachorète, ascèle. Le noviciat consiste à célébrer les cérémonies de purification, et d'abord celles qui sont destinées à laver l'opprobre de la naissance, à étudier les livres sacrés... « Ce ne sont pas les années et les cheveux blancs, ni les parents, ni la richesse qui constituent la grandeur. Les saints ont établi cette loi : celui qui connaît les saints livres est grand parmi nous. Taudis que la naissance naturelle est purement humaine, la naissance communiquée au novice par l'instituteur sacré est la véritable ; il n'est point assujetti à la vieillesse et à la mort '. » Déjà l'ascétisme commence à percer : « Qu'un brahmane, est-il dit, craigne constamment tout honneur mondain, et qu'il désire toujours le mépris à l'égal de l'ambroisie -. »
Le troisième livre nous montre le novice devenu père de famille. Acceptant franchement cette étape dans la vie du brahmane, les lois de Manon relèvent très-haut la famille, et par là même la femme. iVous y lisons cette belle parole : « Partout où les femmes sont honorées, les divinités sont satisfaites. Dans toute famille où le mari se plaît avec sa femme et la femme avec son mari, le bonheur est assuré ^. « La sujétion de l'épouse vis-à vis de l'époux est absolue. « Une femme, est-il dit, ne doit jamais se gouverner à sa guise. La femme qui a
1 Lois de Manuu, W, 147. - * /(/., Il, 162. — ^ Id., III, 55, 60.
6» ASCETISME ABSOLU.
perdu son mari no doit plus prononcer le nom d'un autre homme '. • l.a vie de famille dans la maison du brahmane doit ôtre essentiellement religieuse : « Que le maître de la maison soit toujours exact à lire l'Ecriture sacrée, et à faire l'oflVande aux dieux. Un brahmane qui n'a |)as étudié la sainte Ecriture s'éteint comme un feu d'herbes sèches '. »
Mais le plus haut degré de perfection pour le brahmane n'est pas la vie de famille : c'est au contraire la mj-ture de tous ces liens naturels. Il s'y prépare par la vie d'anachorète dans les profondeurs des forêts. « Exempt de tout penchant aux plaisirs sensuels, chaste comme un novice, ayant pour lit la terre, il se couche aux pieds des arbres, se livrant à toute espèce de purifications et se dégageant de son corps ^. >- » Sortant de sa maison, toujours seul, sans feu ni domicile, il marche en silence ; il fixe son esprit sur lêtre divin. Qu'il ne désire point la mort, qu'il ne désire point la vie, qu'il attende le moment fixé pour lui comme un serviteur attend ses gages. En maîtrisant ses organes, il se prépare à l'immortalité '. » Enfin, après avoir abandonné toute espèce de pratique pieuse, dirigeant son esprit vers l'unique objet de ses pensées, exempt de tout désir, viyant expié ses fautes par la dévotion, il atteint « le but suprême, " c'est-à-dire l'ascétisme absolu, image et préparation de la mort ^ Des rites innombrables de purification sont prescrits par les brahmanes. Tout le système est couronné par le dogme de la métemj>sy-
« Lois de Manon, V, 147-157.— 2 /r/., III., 75, 168. - » /rf., VI, 26,32.- • /cf., VI, 40-45. — »W., VI, 96.